‹ Contes biographiques: Par Mme. Eugénie Foa. Avec vocabulaireChapitre 7 sur 21 · LE PETIT sobcieb · texte numérisé non relu

LE PETIT sobcieb

— Si nous prions Diea, ma sœur, peut-être nous en:yerrait-il une idée, dit Wolfgang.

— ^Tu as raison, mon frère, prions... Mettons-nons i genoux sous cet arbre... On aperçoit le ciel & travers le feuillage... Dieu nous verra peut-être*

— ^Et il nous entendra aussi; maman m'a dit quH entendait toujours les enfants qui priaient pour leurs parents. ^

— Oh ! alors, U nous exaucera," dit Frederika en joignant les mains.

Wolfgang s'agenouilla â côté de sa sœur, et, posant son pain à terre pour mieux joindre les mains : ^^Ma sœur, faut-il nous adresser à Notre-Dame de Lorette, ou au grand sdnt Jean Népomucène?

— ^D'abord au grand saint Jean Népomucène.

— ^Alors commence, ma sœur, je te suivrai.''

La petite fille se mit à dire tout haut une prière adressée au saint de la Bohême; le petit garçon la répéta après elle, et tous deux prièrent de si bon cœur, avec tant d'attention, qu'ils n'aperçurent pas un homme déjà âgé, d'un extérieur noble et distingué, qui se tenait & quelque distance de l'arbre au pied duquel ils étaient agenouillés.

ou, àisklfklt WOU^AHO' MOZART. 78

l7t!SYOTk DB SAINT JEÂK NâPOMUCàNX*

^^Bon saint Jean Népomucène, donnez â Frederika et ft moi les moyens d'être utiles à nos parents, se mit à dire le petit garçon, après que sa sœur se fht relevée.

— Voilà notre prière faite, mon frère.

— ^Et le moyen trouvé I dit Wolfgang, se relevant i son tour.

—Déjà?

— Cela m'est venu pendant que tu priais*

— Saint Jean Népomucène te Ta donc Soufflé dans l'oreille?

-—Je ne sais si c'est saint Jean Népomucène ou le bon Dieu, mais voici le moyen qui m'est venu à la pensée : J'ai un assez joli talent sur le piano, et je pourrais même dire, si maman ne m'avait souvent recommandé d'être modeste, que je ne compose pas mal ; toi Federika, tu n'es pas de ma force sur le piano, mais enûn, pour ton fige, tu ne t'en ty^es pas trop mal.

— Voyez-vous ee «morveux !... interrompît Federika.

— ^Ne m'interromps pas, ma bonne Federika ; autrement tu me ferais perdre mon idée. Or... mais j'oubliais

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encore ; nous sommes d'une assez joHe figure tons les deux... surtout toi, ma sœur... Or, nous^artons un beau matin, en nous donnant la main comme tout à l'heure ; ^nous nous en allons bien loin, bien loin... Toutes les fois qu'il*^ se trouve sur notre route un ch&teau, nous y entrons ; toi, Frederika, tu te mets à chanter, on vient..» Oh! les jolis enfants! ce sont les habitants du château qui disent cela» On nous fait entrer ; on nous offire de nous reposer... mais moi Je vais au piano...

— S'il y en a un, interrompit la petite fille.

— Comme s'il n'y avait pas des pianos partout aujourd'hui! Mais tu m'impatientes avec tes intemq^tions... Je disais donc, je vais au piano, je monte sur le tabouret, et je joue, je joue... dame! que tout le monde en reste dans l'enchantement! Alors on nous embrasse, on veut nous donner des bonbons, des joujoux... à toi, l'on t'ofire des colliers, des rubans... Mais nous ne pre* nous rien, et moi je dis : 'Tayez-nous, je vous prie, afin que je porte cet argent à papa et à maman..."

— ^Tu as, de l'esprit comme un petit démen! dit Frederika en sautant avec transport au cou de son firère* Il faut que je t'embrasse. .

. — ^£t puis ça n'est pas tout, répliqua Wolfgang en se laissant complaisamment embrasser : je t'en prie, laissemoi t'achever mon conte. Le roi entend parler de nous : il nous envoie chercher. Je mets mes plus beaux habits, toi, ta plus belle robe, et nous allons au palais du roi. Là, on nous fait entrer dans un salon où il y a des dames belles... belles!... qu'on n'en a jamais vu de plus belles ; des messieurs tout brodés, des meubles tout dorés... et

ou, ÀUÈÙ&B WOLVOANa HOZABT. 9S

un pianoL.. Qael piana!... le bols est en or par, les pédales sont en argent, les touches en perles fines, il y a des diamants partout... Nous jouons, la cour est dans le nravissement... On nous entoure, on nous caresse ; le roi me demande ce que je veux : je lui réponds : "Ce que TouB voudrez, roi.'' H me donne un obâteau, je mets ^ dedans papa et maman. . ."

Un éclat de rire interrompît, au beau milieu de son récit, rintrépide joueur de piano. Wolfgang effîrayé regarde sa s<Bur, se retourne, et aperçoit l'étranger. Caché derrière un arbre, tout près de nos deux enfants, U n'avait pas perdu une parole de leur conversation. Se voyant découvert, il s'approche d'eux, et, réprimant à peine la gaieté qu'avait provoquée le babil de Wolfgang:

"N'ayez pas peur, enfants, je ne veux que votre bonheur; c'est le grand rNépomuoène qui m'envoie vers vous."

A ces mots lé firère et la sœur échangèrent un regard, qu'ils reportèrent ensuite sur le prétendu envoyé du saint de la Bohème. Cet eitamen sans doute fut en sa fkveur, car le petit garçon, s'élançant vers lui, lui prit la main, et avec une charmante familiarité :

"Eh bieni tant mieux! tu vas faire alors ce que je veux.

-—Non, non... pas tout de suite," répondit l'étranger. S'asseyant alors sur le tronc noueux d'un arbre de la forêt, et faisant placer Wolfgang devant lui, tandis que la sœur, plus âgée et plus méfiante, se tenait à l'écart : *^Je t'accorderai ce que tu désires, reprit-U, ft condition

76 LB FBTiT bobcosr;

qae ta me diras la Térité, toate la Vérité, snr les questions qae je vais te faire..* Je saurai si ta mens, je t'en avertis...

— ^Monsieur, apprenez que je n'ai jamais menli de ma vie, entendez-vous?... répliqua Wolfgang un peu piqué.

— C'est ce que nous allons voir* Comment se nomme ton père?

^-Léopold Mozart.

—Que fait-U?

— H est maître de chapelle ; il joue du violon et du piano, mais mieux du violon*

— ^Ta mère vit encore?

— Oui, monsieur.

— Combien êtes-vous d'enfknts?^

Comme le petit garçon restait muet, la petite fille prit la parole:

«(Nous étions sept, monsieur ; nous ne sommes plus que deux, mon frère et moi.

— ^Et votre père est bien pauvre^ ma chère enfimt? dit retraiter à la petite fille.

-—Oh ! oui, bien pauvre, monsieur. Voyez, dit-elle en montrant le morceau de pain auquel ils n'avaient touché ni l'un ni l'autre, c'est là tout ce qu'il y a de pain au logis. Papa et maman n'en ont pas gardé pour eux. Chaque fois que maman nous donne à déjeuner, elle nous dit : ('Allez manger dans les champs, mes chers enfants.'' C'est pour que nous ne nous apercevions pas qu'ils se privent de déjeuner.

— Pauvres enfants I dit l'étranger vivement ému. Où demeurent vos parents?

ou, AMÉDBE WOLEGAKG MOZART. 77

•—Là-haut, sur la colline, monsieur ; dans cette petite maison dont vons pouvez voir d'ici le toit, répondit Wolfgang. ^

-^N'est-ce point une maison qui a appartenu à Dusseck? demanda l'étranger.

' — ^Un musicien aussi, comme mon père... oui, monsieur, dit la petite fille.

— ^Pauvres enfants I répéta l'étranger en essuyant une larme. Pites-moi, quand je vous ai vus tous les deux ^priant le grand Népomucène, que lui-demandiez-vous ?

— Moi, monsieur, dit la petite fille, je lui demandais de me faire trouver un moyen de gagner de l'argent pour en donner à mes parents... afin que mon frère et moi ne soyons pas, chaque jour, les «euls à déjeuner. Wolfgang m'a dit qu'il l'avait trouvé ce moyen ; mais je crains bien...

— Si ce que dit Wolfgang est vrai, qu'il soit très-fort sur le piano et toi aussi, son idée peut s'exécuter, et je me fais fort de vous aider.

— Mon frère est si fort et si bon musicien, que nonseulement il joue à la première vue tout ce qu'on lui présente, mais il compose encore de très-jolis morceaux, à ce que dit papa.

— Quel âge a votre frère?

— ^Six ans, monsieur, et moi huit.

— ^Et cet enfant compose déjà! s'écria le prétendu envoyé de saint Jean Népomucène.

-—Cela vous étonne, dit Wolfgang en riant, eh bien, venez chez nous, monsieur, et vous verrez."

7d us psTii aobgixr;

L'étranger tira sa montre, réfléchit nn moment, et dit d'un ton moitié sérieux, moitié badin :

'^Mes chers enfants, le grand Népomucène, ce saint révéré de la Bohème, m'ordonne de tous dire de retourner chez vos parents; tous y resterez toute la journée, et, avant la nuit, vous aurez' de mes nouvdks..* Allez.**

L'étranger se retirait, Wol^gang l'arrêta par le pan de son habit.

^'Encore un mot, monsieur : avant de retourner au ciel, où sans doute vous demeurez, puisque vous êtes l'ami de Népomucène...

— Que vas-tu demander, mon frère?** interrompit Frederika voulant empêcher son frère de continuer. Celui-ci lui ayant dit quelques mots à l'oreille : ^^Non, non, Wolfgang, s'écria-t-elle, c'est indiscret ; non, je ne veux pas.

— Qu'est-ce, chère petite? demanda l'étranger.

— ^Elle ne veut pas que je vous dise de prier le grand Népomucène d'envoyer à dîner à maman, répondit si vite Wolfgang,. que Frederika n'eut pas le temps de l'arrêter... 11 le peut, n'est-ce pas, monsieur?

— ^Mais sans doute, que ta mère y compte.

— Que désires-tu encore? Parle... ne crains rien!

— ^Un habit pour papafqui depuis quelques jours ne peut plus aller donner ses leçons : le sien est si usé 1

— ^Etpuis?

— Et puis? Une belle robe pour maman: cela lui va si bien I

— ^Est-ce tout?

on, am|>i>to woLFaAHa uozabt. 7^

— ^Âssez, mon frère, dit Frederika avec la délicate susceptibilité d'une enfant bien née.

— ^Laisse donc, ma sœur... je yeux encore demander quelque chose pour toi.

— Je ne veux rien pour mol ; tu abuses des bontés de monsieur.

— ^Bien que je sois touché de la délicatesse de ta sœur, dit l'étranger, je t'autorise, au nom du grand Népomucène, à me faire connaître tous tes désirs..

— ^Eh bien, ce que je veux encore, c'est un grand palais, et des domestiques, pour que ma mère ne se fatigue pas à faire le ménage ; puis... c'est tout, je crois.

— ^Tu ne m'as rien demandé pour toi.

— Oh I c'est inutile, monsieur ; donnez à papa tout ce qu'H lui faut, moi je n'aurai besoin de rien.

— Channant et adorable enfant!... Adieu... i bientôt."

■En disant ces mots, l'étranger s'éloigna ; il disparut si vite dernère les arbres épais de la forêt, que les enfants en restèrent tout surpris.

^'Est-ce que tu penses, Wol^ang, qu'il nous enveiTa i, dîner? demanda Frederika entreprenant avec son firère le chemin de la maison.

— Qui en doute? dit Wolfgang d'un ton plein d'assurance.

•^Four moi, je pense que ce monsieur s'est moqué de nous.

— C'est ce que nous allons voir," répondit le petit Mozart.

60 us FBTIT SCMEtOUUftt

LES PROMESSES DE l'eMYOTÂ DU OfiâND NâPOUUCftaX.

Dès que nos deux enfants furent arrivés chez eux, nne femme jeune encore et proprement ^mise leur dit avec tristesse: ^ "Eh quoi I vous n'avez touché à votre pain ni Tunni l'autre?

— ^Nous n'avions pas faim, maman, se hâta de répondre Frederika.

— ^Qu'est-ce qui vous a donc fait perdre l'appétit?

— ^Imagine-toi, maman, que ma sœur et moi, nous avons vu l'envoyé du grand Népomucène, ce saint dont papa m'a si souvent raconté l'histoire.

— Contez-nous donc ça, maître Wolfgang," dit en entrant un nouveau personnage dont la figure était pleine de bonhomie. Les deux enfants le saluèrent du nom de "bon petit papa."

"Figurez-vous, bon petit papa, un grand bel homme, continua Wolfgang, une belle figure, Vsâx d'un roi, enfin!

— ^Et â quoi as-tu vu que c'était l'envoyé du grand Népomucène? demanda le maître de chapelle.

on, AMÉsùisa wotFaAKa hozabt. 81

— n mé ra dit.

— ^Et quelles preuves t*en a-t-îl données?

-^-Quelles preuves ! . . . vous allez les voii*, les preuves ! . . . A vous, il va vous envoyer un habit ; une robe â maman, quelque chose pour ma sœur... et un bon dîner pour nous tous. «.''

M. Mozart ne put s'empêcher de rire & cet excès de naïveté de son fils*

^'Et tu crois cela, cher enfant?

— ^L'ami de saint Jean Népomucène me Ta dit, bon .petit papa.

— H s'est moqué de toi.

— ^Moqué de moi?... pourquoi, papa?... Oh! non... si vous l'aviez vu, vous ne parleriez pas ainsi. Sa figure est si bonne! Que dîrez-vous donc aussi, lorsqu'à la place de cette pauvre petite maison nous aurons un palais? Oh! depuis que je sais ça, cette sombre et triste chambre me dépMt..."

En disant ces derniers mots, le petit Mozart jeta autour de lui un regard de dédain ; en effet, la chambre où il se trouvait servait à la fois de cuisine, de si^e & manger et de salon ; d'un côté était une haute et large cheminée avec des casseroles accrochées dans l'intérieur de l'âtre ; de l'autre on piano au-dessus duquel on voyait un violon graspendu à la muraille ; au milieu une table en boi» noir ; et autour quelques chaises de paille.

"Âh! nous aurons aussi un palais ! dit M* Mozart avec une naïve bonhomie.

— Oui, papa, un palais, avec tout plein de valets pour nous servir... Eh bien, que fais-tu donc, maman?

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demanda Tenfaiit à madame Mozart, qui disposait ce qu'il fallait pour le dîner.

— ^Tu le vois, en attendant les valets, je prépare le dîner.

— ^Le dîner I... le dîner I... quand je dis qu'on va te l'apporter tout cuit... entends-tu, maman, tout cuit, et cuit à point encore..."

Le père et la mère allaient éclater de rire, lorsqu'ils entendirent frapper â la porte.

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