POU CI NET
ncr que quiconque ne réussira point à abattre le chêne, ou à creuser le
puits, aura les oreilles coupées sur 1 ' heure même , pour lui apprendre à se connaître lui-même, ce qui est la première leçon de la sagesse. »
Et afin que tout le monde pût profiter de ce conseil prudent, on avait cloué autour de la pancarte une trentaine d'oreilles toutes sanglantes, à l'adresse de ceux qui manqueraient un peu de modestie.
Quand Pierre eut lu l'affiche, il se mit à rire, retroussa ses moustaches, regarda ses bras où les veines gonflées marquaient comme autant de cordes bleues; puis il tourna deux fois sa cognée autour de sa tête, et d'un coup il abattit une des grosses branches de l'arbre maudit.
Mais tout aussitôt il en repoussa deux, chacune plus grande et plus forte que la première; si bien que les gardes du roi saisirent le malheureux bûcheron,
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et, séance tenante, lui coupèrent les deux oreilles.
— Tu n'es qu'un maladroit, dit Paul à son frère. Il prit à son tour sa cognée, tourna lentement au-.
tour de l'arbre, et, voyant une racine qui sortait du sol, il la trancha d'un seul coup. Au même instant deux énormes racines firent sauter la terre, et de chacune d'elles s'élança un jet vigoureux tout chargé de feuillage.
— Saisissez ce misérable ! s'écria le roi furieux; et puisque l'exemple de son frère ne lui a pas servi, coupez-lui les deux oreilles au ras de la joue.
Sitôt dit, sitôt fait; mais ce double malheur de famille ne parut pas effrayer Poucinet ; il avança résolument pour tenter la fortune.
— Chassez-moi cet avorton! cria le roi; et s'il résiste, coupez-lui de suite les oreilles; il y gagnera une leçon et nous épargnera sa sottise.
— Pardon, Majesté! dit Poucinet, un roi n'a que sa parole; j'ai le droit d'essayer; il sera toujours temps de me couper les oreilles quand je n'aurai pas réussi.
— Va donc, dit le roi en soupirant; mais prends garde que je ne te fasse couper le nez par-dessus le marché.
Du fond de son grand sac de cuir Poucinet tira la