‹ Contes BretonsChapitre 8 sur 10 · GG · texte numérisé non relu

GG

gant-han, neuze a vije marw ; met bete neuze n'hen dije ket ezoïnm da gaoul more hed gant-han. —

Mont a ra en hent, gant he varc'h hag he gi. Baie a ra kement ha ker-bihun, ma ligwez îwe en ur vali gwez-dero braz, ur vali hirr-hirr. Monl a la beteg ar penn, hag a wel ur c hastell kaer. Skei a ra war ann or. Digoret eo d*ehan. Goulenn a ra ha na euz ezomm a vewel a-bed. Kommerret eo da baotr marcbosi. Dre ma oa ur paotr stummet mad, akuit en he labour, hag ur paolr koant iwe, a plije kaer d'ann Olro ; hag he varc'h hag he gi a blijed'ehan iwe*. Met mui a plije c'hoaz da verc'h ann Olro, un dimezgH iaouank ar c*hoanla. Kement a reaz o plijout d ehi, ma oent dimét hag eureujel a-benn ur bloaz.

Ann daou bried iaouank a vewe evuruz, o vale bemde dre ar jardino hag ar c'hoajo, en-dro d'ar c'hastell. Un dez a tolas-ewez mab ar Pesket.>ër penoz en un tu ar c hastell ann orojo hag ar prennestro a vije serret bepred, hag a c'houlennas digant he e vroeg petra a oa kiriek da-ze.

— Ato, emezhi, euz ann tu-se ar c'hastell a zo ur porz leûn a loened benimuz, aered, sourded, touseged hag a bep-seurt amprefaned.

Setu diwar neuze na ree nemel sonja er pôrz-sc, hag hen defoa ur c hoant vraz da vont da welet heuran ha gwir a oa laret d'ehan. Un de pa oa o vàle en tu-se ar c hastell, gant e varc h hag he gi, (he vroeg na oa ket gant-han ann dro-se), — o tremen a-

vait dans le jardia ; quand il en sortirait du sang» alors il serait mort ; mais jusqu'alors, il n'aurait pas à être inquiet sur son sort. —

Il partit , emmenant son cheval et son chien. Il marcha tant et tant qu'il arriva, un jour, dans une longue avenue de vieux chênes. Il suivit celle avenue et, à l'extrémité, il se trouva devant uq beau château. Il frappa à la porte : on lui ouvrit, et il demanda au portier si l'on n^avait pas besoin d*ua domestique dans le château. On le prit comme valet d'écurie. Comme il était laborieux, adroit, et un beau garçon aussi, il plut, vile, au seigneur ; et son cheval et son chien lui plaisaient aussi. Mais s'il plaisait au seigneur, il plaisait davantage encore à sa fille, une jeune demoiselle d'une grande beauté. Enfin, il lui plut si bien, qu'ils se marièrent ensemble, au bout d'un an.

Les deux jeunes époux vivaient heureux, se promenanl tous les jours dans les jardins et les bois qui entouraient le château. Un jour, le fils du pêcheur remarqua que les fenêtres et les portes d'un côté du château étaient toujours fermées. Il en demanda la raison à sa femme.

— C'est que, répondit-elle, il y a de ce côté du château une cour qui est remplie de bêtes venimeuses» couleuvres, crapauds, salamandes et autres reptiles.—

 partir de ce moment, il ne fiiisait que songer à cette cour, et il avait une grande envie d'aller voir si ce qu'on lui en avait dit était vrai. Un jour, qu'il sa promenait de ce côté du château, avec son cheval et soa chien (sa femme ne l'accompagnait pas ce jour^à),--^

biou ann or, a laras : — Rèd eo d'in gweled petra a aze. —

Skei a ra war ann or. Dîgorret eo kerkent gant ur vroac'hig koz, pini a làr d'ehaii : —

— De-mad d'id, ma mabig ; deut oud d'am gwelet eta?

— De-mad d'ac'h, mammig koz.

— Hast buhan dont ebars, ma tiskouezînn d'id ann treo kaer a zo ama. Sell aze diou chadenn da staga da varc'h ha da gî.

Hag a tennas diou vlewenn euz he fenn, hag a roas anhe d'ehan. Ha kerkent a oent iroet en diou chadenn, hag a stagas gant-he he varc'h hag he gi euz daou beul-men a oa eno en daou du d'ann or. Ar marc'h hag ar c'hi, pa weljont, a em lakaas da lampad, da c*hourignal, da iudal ; met na dalvee ket, stag mad a oant, rèd a oa chomm.

— Deuss ganen brema, mabig, ma tiskouezînn d'id ma c'hasteli ; deuss da welet ann hoU dreo-kaer am euz me ; biskoaz na t'euz gwelet kement-all« Eomp da genta da welet ar vilinn-aotenno.

Pa oent e kichenn ar rod vraz, goloët holl a aotenno : —

. — Sell, mabig, kaera da dra ! Laka da benn dre aze, em bleg un tammig, ewit gwelet gwelloc'h.

Pa oa 0 sellet en touU, hep sonja en drouk, ann Biaoules koz a voûtas anehan war ar rod, hag a koueas d'ann traon draillet ba malet evel brenn-hesk«nn ! —

en passant devant la porte, il se dit : • — Il faut absolument que je voie ce qu'il y a là ! —

11 frappa à la porte ; elle lui fut ouverte par une vieille petite femme qui lui parla de la sorte :

— Bonjour, mon fils ; tu viens donc me voir, enfin ?

— Bonjour, grand' mère. —

— Entre, vit^, et viens que je te fasse voir les belles choses que j'ai ici. Tiens, voilà deux chaînes, pour attacher ton cheval et ton chien.

Et elle s'arracha deux cheveux de la tête et les lui présenta. Et aussitôt les deux cheveux se changèrent en deux chaînes, avec lesquelles il attacha son cheval et son chien à deux poteaux de pierre qui étaient là, un de chaque côté de la porte. Le cheval et le chien, en voyant cela, se mirent à se démener, pour s'en défendre, à hennir et à hurler ; mais ce fut en vain, ils furent attachés et il leur fallut rester là.

— Suis-moi, à présent, mon fils, que je te fasse voir mon château, — reprit la vieille femme ; viens voir toutes les belles choses que j'ai ici ; jamais tu n'as rien vu de pareil. Allons d'abord voir le moulin de rasoirs.

Quand ils furent devant la grande roue, toute garnie de rasoirs :

— Vois, mon fils, quelle merveille ! Maïs baisse toi un peu, penche-toi par ici, tu verras mieux.

Et comme il se penchait sur l'abîme, sans songer à mal, la vieille diablesse le poussa, et il tomba sur la roue et fut haché menu et moulu, comme de la sciure de bois ! —

He vreur, a oa chommet er gèr, ac'h ee bemde da gontella troad al loreenn, hag evel na deue ket a wad ganl-han, a làre bep-tro : —

Doue ra vo meulet, beo eo c'hoaz ma breurig »

Met allas 1 ar beure-se, kerkent hag hen doe roët he dol-konleli, a tilampas ur bouill gwad : — .

Marw eo ma breur kez , siouas I a laras kerkent.

Hag hea raktal da gavoud he dad, o oela, ha da laret d'ehan : —

— Allas 1 ma zad, marw eo ma breur paour !

— Ha penoz a oozoud te se ? —

— Laret hen defoa dMn, a-rok mont kuît, mont bep-beure da skei un tol-kontell en troad al lorenn a' zo et jardinn, ha pa deuje gwad ganen, nenze a vije marw. Allas ! ar beure-ma, kerkent hag am euz skoët al loreenn, a zo dilampet ur bouill-gwad ! Ma breurig paour a zo marw ! Rèd eo d'in mont brema d'hen klask, ha na baouezinn a vale, nag en uoz nag en de, ken am bô kavet anehan ! —

Kaer ho defoe he dad hag he vamm goela hag hen pedi da chomra er ger gant-he, en ho c'hozni, na dalvee ket ; mont a ra en hent, gant he varc*h hag he gî, evel egîle. Baie a ra, baie a ra, kement ha ken bihan ma tigwez iwe er memeuz bali gwez-dero evel he vreur. Skei a ra war dor ar c'haslell, ha kerkent ez eo dîgorret d'ehan. Pa hen gwell o tont er porz groeg he vreur, a tiskenn buhan-ha^buhan euz he c'hambr.

— Tison frère, qui était resté à la maison, allait chaque malin, en se levant, donner un coup de couteau jdans le lionc du laurier du jardin, et, comme il n'amenait pas de sang, il ne s'inquiétait de rien et il se disait ;

— Dieu soit loué ! il est toujours en vie, mon frère chéri ?

— Mais hélas / ce matin-là, dès qu'il eut donné son coup de couteau, comme à l'ordinaire, le sang jaillit du tronc du laurier.

— 0 malheur 1 mon pauvre frère est mort ! s'écrial-ll au3silôt.

Et le voilà d'aller trouver son père, les larmes aux yeux, et de lui dire : —

— Hélas ! mon père, mon pauvre frère est mort !

— Comment peux-tu savoir cela ?

— Il m'avait recommandé, avant départir, d'aller tous les malins, en me levant, donner un coup de couteau dans le tronc du laurier de notre jaidin, me disant que lorsque j'amènerais du sang, il serait mort. Hélas ! ce matin, le sang a jailli du tronc du laurier : mon pauvre frère est mort 1 Mais je veux aller à sa recherche, et je ne cesserai de marcher, ni la nuit ni le jour, que quand je l'aurai retrouvé.

Son père et sa mère eurent beau le supplier, en pleurant, de ne pas les abandonner dans leur vieillesse, il ne les écoutait, et il partit, emmenant aussi son cheval et son chien, comme son frère. A force de marcher, nuit et jour, sans jamais s'arrêter, il arriva dans la même, avenue de chênes que son frère. Il frappa aussi à la porte du château, et on lui ouvrit aussitôt. La femme de son frère, en le voyant entrer dans la

hag a teu da lampad en he gerc'henn, o laret : —

— Arru 'oud eta, ma fried kez ! Jezuz ! vel am euz bet nec'hamant ganid ! Aoun am boa a vijes et er porz a-dre ar c'haslell, rag a-c'hane na retorn den.

Hemaii a welas prest a oa kommerret wit he vreur, hag a laras :

Em gollet a oann er c^hoad , na ouzon penoz ; met n'am euz bet droug a-bed.

Setu joa vraz er c'hastell, a greiz ma oa glac'haret anû holl.

Pa oa deut ar c'houlz , a koanjont asambles, ha goude a pîgnjont ho daou da ho c'hambr, ewit mont da gousket. Met a-rok mont er gwele, heman a lakaas he gleze noaz etre-z-he ho daou.

— Daoust petra a zo kaoz d'ehan da ober se ? a lare en-hi ic'h-unan ar vroeg, souezet.

Mab ar pesketaër hen defoa aoun braz da vca anaveet hag a laras a oa skuiz hag hen defoa c'hoant kouskel. Met ar vroeg na baouez ket a brezeg, ha da c'houlenn digant-han he doare a-boe ma oa et euz ar gèr, ha kalz a dreo-alL Heman oa nec*het braz, ha na wie petra laret. Ma c houlennasiwe, perag ma oa serret kioz hoU orojo ha preunestro un tu ar c'hasiell.

— Perag ? met laret am euz d'id c'hoaz ; na t'euz ket a sonj eta ? —

— Nann sur ; ankouet am euz. .

cour, le prit pour son mari, et, descendanl rescalier au plus vite, elle vint se jeter dans ses bras, en criant :

Te voilà donc, mon pauvre époux ! Dieu, que lu m'as causé du chagrin ! Je craignais que tu ne tusses allé dans la cour de derrière du cbàleau, car de là personne ne revient ! —

Celui-ci vit bien qu'on le prenait pour son frère, et il dit :

— Je m'étais égaré dans le bois, je ne sais comment ; mais je n'ai pas éprouvé de mal.

Et la joie de renaître dans le château, au milieu de la plus grande affliction ! —

Quand l'heure du repas fût venue ils mangèrent à la même table, puis, ils montèrent ensemble à leur chambre à coucher. Avant de se mettre au lit, le jeune homme plaça son épée nue entre la femme de son frère et lui.

— Pourquoi donc fait-il cela ? — se disait en ellemême la jeune femme, étonnée.

Le fils du pécheur, qui tremblait d'être reconnu, dit qu'il était accablé de fatigue et qu'il voulait dormir. Mais la jeune femme ne cessait de llinterroger, lui demandant comment il avait passé son temps, depuis son absance, et beaucoup d'autres choses. — Il était bien embarrassé, vous le pensez bien, et ne savait que répondre, le plus souvent. 11 demanda aussi pourquoi toutes les portes et les fenêtres étaient closes dans tout un côté du château.

— Mais je te l'ai déjà dit ; lu ne te le rappelles donc pas î —

— Non sûrement ; je l'ai oublié. —

— Ma I me a laro did c'hoaz : — En tu-sear c*haslell a zo nr porz leun a aered, soiirded, rouseged, holl am|M*efai»ed beiiiimiz, ha loened-all falloc'h c hoaz» hag aiiii liiiii a afe eno, (»a zisirofe bikenn.

Ma soiijas kerkent penoz a oa et he vreor eno. Anii dewarlerc'h ar heure, goude dijiini, ec'h a da vale en tu-se ar c*hastell, gant he varc h hag he gi :

— Aze, — a lare en-ban be-unan, a renk bea ma breur, ha na euz forz petra a c*hoarveo, red eo dMn mont da welet.

Skei a ra war ann or. Dont a ra ar vroac'h koz da digorri : Anaveout a ra kerkent marc'h ha ki he vreur, ewii-he da vea ireut ka prest da verwet gant ann naoun.

— Demad d'id, mabîg ! a lar d'ehan ar vroac'h, deut ont iwe d'am gwelet? deiiss ebars buhan, ma tiskoueziiin d'id ann holl dreo-kaeram euz ama. Kommer ann diou ehadenn-se, da staga da varc h ha da gi aze en toul ann or, ken a zistroï.

Hag a lennas diou viewen euz he fenn, hag a astennas he dorf\ wii ho rei d^ehan. Met heman a c houezas war-n-he, hag a kouezjont d*ann douar, troët en diou aer-wiber.

— Ma? mar na foll ket d'id staga da vare'h ha da gi, ho lôsk aze, ha deuss ganen bepred da welet ma c'haslell

Mont a ra gant-hi. Arru e-kichenn ar vilinn aotenno :

— Sell, mabig, bout da benn en toull-se, hag a weli ur burzud ar c haera.

— Eh 1 bien, je vais te le dire à nouveau : de ce côté du château il y a une cour totite pleine de reptiles venimeux, et de hétes plus méi:bantes encore, et celui qui s*avenlu rerail là, uen reviendrait jamais.

Il pensa aussitôt que son frère était allé là.

Le lendemain malin, après déjeuner, il alla se promener de ce côté du château, avec son cheval et son chien.

— Mon frère doit être là, — se disait-il en lut-méme, et, arrive que pourra, il faut que j*aille voir.

Et il frappa à la porte. La vieille vint lui ouvrir. II entra, et reconnut aussitôt le cheval et le chien de son frère, bien qu*ils fussent si maigres qu*ils paraissaient prêts de mourir de faim.

— Bonjour, mon fils, — lui dit la vieille femme ; tu es donc aussi venu me voir ? entre, vite, que je te fasse voir toutes les belles choses que j*ai ici. Mais prends d*abord ces deux ehaines, pour attacher ton cheval et ton chien, là, auprès de la porte, jusqu'à ton retour.

El elle s'arracha deux cheveux de la tête et les lui présenta. Mais lui sonfQa dessus, et ils tombèrent à terre et se changèrent aussiiôl en deux vipères.

— Eh ! — reprit la vieille, en voyanl cela, si tu ne veux pas attacher ton cheval et ton chien, laisseles là en liberté, dans la cour, et viens toujours avec moi, pour visiter mon chàlenu.

Et il la suivit. Quand ils furent arrivés au moulin de rasoirs : — >

Regarde, mon fils, mets la tête à ce trou-là, et tu verras quelque chose de merveilleux.

— Diskouezit d'ia péadz ober, mariïra-goz, ewit gwelet. —

— Sell, evelhenn, mabîg.

Hag a voûtas lie fenn en toull. Met kerkent mab ar Pesketaer a grogas en he zreid, hag hi zanfoellras war ar rod goloël holl a aoeteno.

llag a koueas d'ann traoo, draillet raunud evel brenn-heskenu.

Neuze ec h a da vale dre ar c'hastell, da welet ha na gavo ket he vreur. Ma tigwez ganL-han ul Louarnes, pehini a lar d'ehan : —

— Penoz ocMi cuz c'hui gallet dont ama ?

— Petra, c hui a gomz iwe ? a c'houlennas, souezel braz.

— Evel ma welet.

— Oh ? me am euz gouveet ann tu da dont a-beun euz ar vroac h koz.

— Penoz se eta ?

— Penoz ? lolet am euz anehi war he fenn bars ar vilinn aotenno, hag ez eo bet draillet munud evel brenn-heskenn.

— Oh ! me 'gare a ve gwir a larfac'h ?

— Na euz netra a wiroc h, kredlt anoun, pa larann d'ac'h.

— Neuze oc'h euz ma delivret !

Ha kerkent a oe troët al louâmes en ur brinses ai' gaera.

— Pemp-kant vloaz a oa, emehî, a oan-me dalc'het aman indan gazel-gae gant ar zorseres milliget se !

— Ha ma breur paour, na ouzoc'h doare anehan?--*

— 7t — . — Montrez-moi comment je dois faire, grand'mère.

— Tiens, comme ceci, mon fils.

. Et elle passa sa tête par le trou. Aussitôt le fils du pêcheur la prît par les pieds et la précipita sur la roue garnie de rasoirs et, en un moment elle tomba en bas moulue et hachée en morceaux menus comme de la sciure de bois. —

Alors, il se promena partout par le château, pour voir s'il ne retrouverait pas son frère. 11 rencontra un renard femelle, qui lui dit :

— Comment avez-vous pu venir ici ?

— Vous parlez donc aussi, vous ? — lui réponditil, tout étonné.

— Comme vous le voyez.

— Oh î j'ai sii venir à bout de la vielle femme, moi !

— Comment cela ? —

— Comment? Je Tai précipitée, la tête la première, sur sa roue garnie de rasoirs, et elle a été hachée en morceaux menus comme de la sciure de bois. —

. — Oh ! que je voudrais que ce fût vrai !

— Rien n'est plus vrai, vous pouvez m'en croire.

— Alors vous m'avez délivrée !

Et aussitôt le renard femelle se changea en une princesse, d'une beauté merveilleuse ! —

— Voilà cinq cents ans, dit-elle, que j'étais retenue ici sous un charme par cette sorcière maudite I

— Et mon pauvre frère, ne pouvez-vous me dire ce qu'il est devenu ! —

— Ho preur a lù bet tolet gant-hî er vilinn-aotenno, hag ec h eo hel draillet miinud evel brenn-beskenn. Mei na euz kel a forz ; me am euz daslummet holl, be gig, he wad hag he eskern, ha gant ur vuredad doiir a vuhez a zo en kambr ar vroac*h-koz a recittoinp d*ebaQ c hoaz ar vube. -

Laket a oe ann holl dammo en ur bern, kig, gwad hag eskerii, lolel war-ii-he ur vuredad dour a vuhez, ha kerkenl a weijont o se\el ac hane rnab ail ar Pes* ketaer, beo ha iac'h evel biskoaZi hag a laras : — me a-vad am euz konskel !

— la, ma breur paour, ha penamet-on hag ar Brinses-kaerma, na vijes kel dishoDet c hoaz !

Ma em doijont anu eil en kerc^benn egile, hag a oeljont gant ar joa da em gavoud. Nenze a trislrojont ho zri en lu-all d*ar c^hastell, hag ar vroeg iaouank a oe souezelo welet daou bried dehi eMec*b unan, ha na wÎH ket pehini a oa ann hini gwir, kement ha ma oant henvel ann eil euz egile. Ma oe konlel holl d*ehi. Neuze ec*h anaveas perag ann eil hen defoa hikel ur c*hleze noaz er gwele, epad ann noz hea defoa tremenel gant-hi.

Neuze an hini an-he na oa ket dimêt, a dimézas d*ar brinses hen defoa delivrel hag a oa en stum ul louâmes.

Laket a oe kerc*had ar pesketaer koz hag he vroeg, en ur charronz kaer, hag a oe eno neuze, epad ur mis; penn-da-benci , festo , danso ha c'hoario evel n'och euz gwelet biskoaz.

— Votre frère a été précipité par elle sur la roue garnie de rasoirs, et il a élé réduit en morceaux menus comme de la sciure de bois. Mais rassurez-vous, j'ai tout ramassé, sa chair, ses os, son sang, et avec de Teau de vie dont nous trouverons une fiole dans la chambre de la vieille sorcière nous le rappellerons à la vie.

Chair, os, sang, on mit le tout dans un tas, on répandit dessus une fiole de Tenu de vie, et aussitôt le corps se reconstitua et le fils du pécheur se relova, bien vivant et bien portant, et dit : — que j-ai bien dormi ' —

— Oui, mon pauvre frère, et sans moi et celle belle princesse, tu ne le serais pas réveillé de si tôt ! —

Les deux frères se jetèrent alors dans les bras Tun de l'autre et pleurèrent de joie de s'être retrouvés. Puis, accompagnés de la belle princesse qu'ils avaient délivrée, ils revinrent dans la partie opposée du château, et la jeune femme fut bien étonnée de se voir deux maris, au lieu d'un, et elle ne pouvait distinguer lequel était le véritable, tant ils se ressemblaient ! — Ils lui racontèrent tout, et alors elle comprit pourquoi le second avait placé son épée nue entre elle et lui, pendant la nuit qu'il avait passée avec elle.

Alors celui des deux frères qui n'était pas marié, se maria avec la belle princesse qu'il avait délivrée et qui était sous la forme d'un renard femelle.

On envoya un beau carrosse pour prendre le vieux pêcheur et sa femme, el, pendant un mois entier, il y eut des jeux, des danses et des festins comme vous n'en avez jamais vu.

Mamm-goz ma mammio-goz a oa un tammig kar d'ar pesketaëf koz, hag a oe iwe pedet, hag evel-se a teuas kezlo bars ar vro euz ann eured-se. —

Kontet ganl Marc'harit Fulup, a baroz Plunet.

La grand' mère de ma trisaïeule était un pou parente du vieux pêcheur, et elle fut aussi invitée à la noce; et c'est ainsi qu'on eut des nouvelles de cette fameuse iioce dans le pays. —

Conlô par Marguerite Philippe, de la commune de Pluzunet, CCôtes-du-KordJ.

— Je signale et je recommande Marguerite Philippe aux amateurs de traditions populaires, ainsi qu'aux personnes qui voudraient vérifier, aux sources mômes, le degré de fidélité que j'ai apporté dans la reproduction des chants et des récits du peuple breton. — Marguerite Philippe, avec une intelligence commune , est douée d'une mémoire prodigieuse, et elle vous chante ou récite, avec une assurance parfaite, et sans jamais faire de confusion ni se trouver en défaut, soit pour les paroles, soit pour Tair, Gwerziou, Soniou ou contes, à discré* tion. A elle seule, elle possède, à peu près, la somme des traditions orales des pays de Lannion et de Tréguier. Je lui ai de grandes obligations. Elle sait, au moins, 150 Gwerziou ou iVoniou ex une soixantaine de contes et de récits de toute sorte. Elle est fileuse de son étal, et elle chante constamment en tournant son rouet. Elle est recherchée dans les fermes du pays, pour charmer les longues heures des veillées dMiiver. — A son état de fileuse, Marguerite en joint encore un autre : elle esl aussi pèlerine par procuration, c'est-à-dire que, pour une très modique -somme elle va en pèlerinage ô toutes les places de dévotion et â toutes les fontaines de la Basse - Bretagne dont Teaa est réputée avoir quelque vertu salutaire Car chaque chapelle, chez nous, a son saint. — saint du pays, le plus souvent, — et chaque saint a sa fontaine et sa spécialité pour la guérison de quelque affliction physique ou morale.

De la sorte , Marguerite est presque toujours sur les routes de la Basse-Bretagne, dans toutes les directions, et partout où elle passe, elle écoute, elle s'enquiert, et ne manque jamais Toccasion d'apprendre un Gwerz, un Sône ou une tradition qu^elle ignorait. Elle et Barbe Tassel, du bourg de Plouaret, sont les deux personnes qui m'ont été le plus utiles dans mes recherches sur les traditions orales du pays. Toutes les deux vivent encore, et chacun peut les consulter. — Marguerite Philippe demeure au village de Pont-an-c'hlan , tout près du bourg de Pluzunet. Le bourg de Pluzunet est à six kilomètres de la gare de Belle-Isle-Bégard, entre Plouaret et Guingamp, au pied de la montagne de Bré. —

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