‹ ContesChapitre 35 sur 39 · SCÈNE IIP · texte numérisé non relu

SCÈNE IIP

Julie Mondain, Mm* Oudin.

Mme OUDIN.

Avez- vous idée d’une pareille jacasse?

JULIE MONDAIN

A propos, avez-vous remarqué sa robe?

Mme OUDIN.

C’est ce que j’allais vous dire. Encore une robe neuve.

JULIE MONDAIN

Elle ne lui coûte pas cher , allez ; vous savez sa robe gros-bleu...

OUDIN

Oui , qui lui engonçait les épaules.

JULIE MONDAIN

Eh bien, il y avait deux ans qu’elle l’avait. Je n’en aurais pas voulu pour faire un jupon. Pas du tout, madame économe l’a donnée au teinturier qui demeure près de chez moi; c’est lui qui m’a dit : — Je ne sais pas comment qu’une vieillerie comme ça résistera à la teinte , je vas lui rendre des loques, c’est sûr... Enfin il l’a teinte , c’était mince comme toile d’araignée. Madame économe y met des pièces, des morceaux, y fait des reprises, tout le diable et son train. Elle la double avec sa robe lilas à petites fleurs.

Mme OUDIN.

La petite maigre de robe qu’elle avait c’t’élé?

JULIE MONDAIN

Vous y êtes. Qu’avait coûté 9 sous l’aune ; et la voilà qui fait ses grands bras dans les rues avec.

Mme OUDIN.

C’est tout comme son chapeau.

JULIE MONDAIN

Oh ! dites-moi , je ne sais pas l’histoire du chapeau?

Mœe OUDIN.

Je la tiens de ces demoiselles Placet qui travaillent pour elle. — Elle achète une forme de chapeau, du taffetas noir, en marchandant comme un Juif. Elle m’avait emprunté une ceinture jaune. Jugez si j’y tenais, c’était ma ceinture de noce, M. Oudin l’aimait beaucoup. Je ne vois plus revenir ma ceinture jaune, et M. Oudin me disait tous les jours : — Pourquoi ne metstu plus ta ceinture jaune? Ï1 est de fait qu’elle m’avantageait la taille. Je m’en vais chez Mme Précharmant : vous pensez si un tel procédé de-

vait me rendre la ligure aimable. Ah! mon Dien , me dit-elle , je parie que vous venez; pour voire

ceinture. — Elle me dit devinez un peu ce

qu’elle me dit?

JULIE MONDAIN

Il faut s’attendre à tout de la part de ces gens-là.

OUDIN

Elle me dit : J’en suis aux cent coups , je ne la trouve plus.

JULIE MONDAIN

O ! mon doux Seigneur !

OUDIN

Je lui dis, mais comment cela se fait-il! je vous prête une ceinture, on ne perd pas une ceinture. Elle me dit : — Je la chercherai , bien sûr elle n’est pas perdue ; peut-être que nia petite a fait des foufes avec; mais je lui donnerais le fouet, si cela était. Je lui dis, si votre petite a fait des foufes , quand même vous lui donneriez le fouet, ça ne me rendrait pas ma ceinture.

JULIE MONDAIN

Vous avez parfaitement raison.

Mme OUDIN.

Qu’est -ce que je vois plus tard à son chapeau, mes rubans... non... ma ceinture jaune, elle en avait fait des rubans. Est-ce l'a un procédé assez inconsidéré?

JULIE MONDAIN

Oh! mais moi, je n’aurais pas laissé passer cela, je l’aurais attaquée devant 1 ejaré.

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