LES TENDRES ÉPOUX
CHAPITBE 1er.
Ceux qui ne sont pas mariés ne doivent pas rechercher le mariage avec trop, de sollicitude.
Tons les mariages sont décrétés par Iç ciel.
Il est donc inutile de murmurer.
Soyons cahues quand même les vagues furieuses H^élèvenUent jusqu'au ciel.
Il y a un chemin du milieu; suivez-le j et votre l>arque glissera doucement en avant. i
On dit que sous le règne de Tching-* û, daris la principale rue de Kouan-chan, àms la proTtnce de Sou«tcheou-fou,
( i34 ) demeurait une famille nommëe Tun et dont le surnom était Soimg ; il parait aussi qu ils étaient issus de personnes qui avaient rempli des charges dans le gouyemement. Le mari et la femme ne faisaient aucun onnnierce , mais yi* yaient du revenu des terres que leurs ancêtres leur avaient laissées^ et qui, étant affermées^ suffisaient à leur existence. Ils avaient tous les deux plus de quarante ans et n'avaient point de fik ni de fille. Soung-tim dit un jour à sa femme : « Il y a un vieil adage qui nous enseigne qu'on doit élever des enfans pour en être soigné dans sa vieillesse, et amasser des provisions pour le temps de famine : vous et pioi a^ons maintenant passé quarante ans et nous sommes encore sans enfans. Bans un clin-d'oeQ nos cheiieux seront g^;sur qui poilr* r ons>naus c^Hnpt^r pdur Mùa soutemr , lorsque nous serons deTénns vieux «I
( i35 ) kificmes? » Tandis fn'il pariait ainsi, les lachies tombââéiit involpntairemei^t lé long de ses joaesc
Sa £emme £ieou-chi répUqUa : « La iraiille est ridbe des verras de ses ancêtres, et na pas accpiîs de hienà par des moyens injustes* ¥ous êtes leur UDMiue descendant,^ et le ciel qui est juste ne laissera o^iainemest pas finir b %»e cHrecte de votre fimnlle en tous privant dliëritîer^ car cemK gui souhait tent des e»fens en ont tôt ou tard. »
«Mais ec^sions-nous un enfant , si ce n'était pas à Fépoque que nouspoutotis désirer, à peine aurâit^il atteint l'âge d*koaime, que déjà nous ne serions pitis, et tous nos. soins et nos inquié-^ tudes ne nous auraient sérri de rien, nniis seraient, au contrak^^ un sujet de chagrins et de toitfmens. Soungtuo^, secoteint la tète, convint de la vérité de ces observations; m«âs avant
( i36 ) • qu il eût essuyé ses larmes ^ il enten^^ dit quelqu'un dans la salle^ qui appelait et demandait si lu-foung était chez lui.
Il faut savoir que contre Fusage ancien, les pauvres comme les riches ont maintenant un double surnom; ainsi quand on demandait lu-foung , on nommait Soung-tun par son autre surnom. Soung-tun écouta ^ et entendant appeler une seconde fois , il reconnut la voix de Lieou-cfiun-»tsiouàn.
Le surnom de Lieou-chun-tsiouan, était yeou-ts^i; ses ancêtres possédaient im grand vaisseau avec lequel ûs transportaient des marchandises d'une pro~ vince à l'autre, et par ce moyen , ils avaient acquis une fortime considérable qu'ils avaient mise tout entière sur leur vaisseau, de sorte qu'il devait Taioir plusieurs centaines de pièces d'or.
Il était construit entièrem^it en bois de cèdre ^ et ils s'en servaient pour tra-
fiquer sur les côtes de la province , de Kiang-nan où il se fait un commerce considérable.
lieou-chun-tsiouan était Fami le plus intime de Soung-tun ; aussitôt que celui-ci reconnut sa voix, il se liâta d aller dans la salle. Us ne firent pas de cérémonie formelle en s*abordant; mais ils élevèrent simplement leurs mainâ devant leur poitrine et s'assirent vis-à-vis l'un de lautre pour prendre Ife thé ensemble.
Soung'Tun demanda à Ghun-Tsiouan comment il se faisait qu'ilftlt libre ce jourlà. Lieou-chim-tsiouan répondit qu'il était venu exprès pour emprunter quelque chose à lu-foung : Que peut-il manquer sur votre riche vaisseau^ lui dit Soung-tun en souriant, pour que vous ^veniez le chercher sous mon humble toit?Lieou-chun-tsiouan répliqua: Si je viens vous déranger pour un objet, c'est
( «38 ) ^ue Toiis en ares; plus d*^; c'est pour« 4]uoi j^ me hasarde à tous demander cette fayeur. Si, Teritablement , je l'ai en ma possession 9 lui dit Soung-tUDA sans contredit elle tous sera accordée; Lieou-chun-tsiouan se mit, alors , sans aucune hésitation, à lui désigner ee qu'il Toulait J or cet objet....
« Lorsqu'on le porte sur le dos, ce n'est pas pour porter le message impévial; si on le porte par-deTant, ce n'est pas pour soutenir la poitrine ^ mais il est d'une belle étoffe jaune, et ^piand on l'of&e , c'est aTCC des mains pures^ n contient les offrandes mystérieuses qui accompagnent les actions de grâce, et on le présente avec respect lorsqu'on adore les dieux; à force de paraître dans les vieux temples , il est sali par la fiunée de l'encens qui s'y brûle. »
Il paraît que connue il y avait un empêchement à ce que Soung-Tun et sa
femme eussent des enfans , ils 4)rûlaient de l'encens et faisaient des prières en divers endroits ^ pour avoir un fils. Ils avaient fait un pou-fou (ou serviette) jaune , et un pou-taï ( ou sac ) de la même couleur, pour contenir le cheval de Fo^ ainsi que d'autres of&andes do* rées. Après quon avait brûlé l'encens , ces objets étaient suspendus dans le temple de fanuUe consacré au dieu Fo.
Ils observaient toutes ces cérémonies avec une grande dévotion.
Lieou-yeou-tsaï avait cinq ans de plus que Soung-Tun, étant âgé de quarante-six ans I et sa femme Lieou- Chi n'avait pas non plus d'en&ns. Ils avaient etiteçdu dire cpi'un marchand de sel de Fetcheou« désirant avoir UR fils , avait rebâti le temple des Dames de Tchintcbeou^qui est hors de la porte de la ville de Sou-tcheou-fon y et fpi'il y allait continuellement beau-
Coup de monde pour offrir de lencens qui brûlait toujours en grande abondance.
lieou-yeou-tsaï, se trouvant libre , pensa que c'était une occasion favorable, et demanda que la barque s'arrêtât au pont, parce qull voulait entrer dani le temple pour y présenter de Tencens ; mais comme il n'avait pas encore préparé le pou-fou ni le pou«tai ^ il était venu tout exprès pour les emprunter de Soung-tun. Quand il eut exposé le motif de sa visite, Soung * tun resta quelque temps sans lui faire de réponse.
Lieou-yeou-tsaï lui dit alors : Etes-vous d'un caractère si égoïste ? Si l'un ou l'autre de ces objets venait à être gâté avant que je vous le rende, je vous en donnerai deux pour un. Quy a-t-il besoin de cela, répliqua Soung^tun , la chose n'est qu'une bagatelle, et puisque les dieux du temple des Dames
manifestent leur puissance, je désire y aller aussi ; mais je ne sais à quelle heure le bateau doit partir. Lieou-yeoutsaï lui répondit qu il devait partir à rinstant. Soung-tun dit alors : Il y a déjà une paire de pou-fou et de pou-taî enveloppée; nous en avons encore une autre paire, cela sera sufiSsant pour tous les deux. G*est très-bien ainsi , dit Lieou-yeou-tsaï.
Soung-tun vint dire à sa femme qu il allait à la ville pour offrir de lencens, ce qui la réjcjuit beaucoup. Il alla en«suite dans le temple de Fo, pour prendre les deux paires de pou-fou et de pou-taï ; il en prêta un à Lieou-yeoutsaï et garda l'autre pour son propre usage. J*irai le premier^ lui dit Lieouyeou-tsaï, je vous attendrai, dépéchezvous de venir après moi : le bateau est à la petite arche de louest du pont des Quatre Chevaux, et, pour éviter tout
retard^ di tous ToalesLprsndre Totré part d*uit peu de riz de ménage sur le Tais* seau, il ne sera pas nécessaire que tous en apportiez. Soun^tim aec^te , et se hâte de préparer q^ft^ques cierges, des bâtons d'encens^ du papier découpé eb ferme de ciietaux(t), ainrî que d'antres^ ^ ofirândès ert papier, etles enteloppa Aoî*
(x)^Oa n'est pas sûr de Tépocpie oà ok oommcn^ t fûre nscge en Chine d'ofiBcandes en papier; mais c*iest probablement pen après l*borrible action <le Cbîhoangi (enriron i5o ans afttntl^soa-Chribt) , ifai ordonna qu'on «Jkâtsqs lemales tl ses domestiques et qn'oa les antenlt arec lui » pour le servir dansFesistence à venir, ttaintepant tontes les fois qu'on adore les dieux on les esprfts d^ mbns ) on iÊiît constamment Mge êM^maâm ai plntens ttgkcm,. tfà «mj^ordinaireAient «ceoaipa» gnées de diTérs objets » comme TÎande, volaille , ris , etc., etc. 11 est d'usage aux funérailles de brûler du pa^ pier- représentant des hpmmes , des femmes , des mai- ^ sons , des bateaux et des mMekrts • des éot^, dfs ha^ billemens et autres choses semblable». L'offirande d'an cheral de papiier semble être prise des temples de Kouan- 7ou-Tsen, le &eu Ibrs des Chinois, où f onToittonjours fimage ^vm teyar avec pan cheval t^u^ prêt > et qai ,
gneusemiBiit; il mit ausai un long yètement de soie bkmebe et se rendit de suite à la petite arche deVouest. Le vent étant favorable, ils mirent à la voile et en moins d*une journée ils firent plus de SOixante^Ux lii^ (i) 9 de sorte qu'as arrivèrent dans la soirée sans éprouver de fatigue. Quandilfutnuitjils allèrentau pont avec le vaisseau, pour l'y mettre à Tancce. Auprès de ce pont, im nombre immense de vaisseaux mardiandsde tous ks pays forme une ligne qui s*étend à perte de vue. Il y a une ancienne ode qui £iit allusion à cela ; la voici :
Quand la lone se baigne et qne les nnages sont chargés de gdée i les oîoeanx gaxonillent ;
Qa*il est Agréable, en se peneâbant, de voir depuis le pont les feax odorans des pécheurs (*) ,
à ee tp^-<m croit , veçoit lootes les pétitions et s'emp res s e de les remettre à la divinité.
(i) n &nt eoTiron dix lis et demi pour faire une lieoe de r^rance.
(^ Lesb&ums d'encens qoi brûlent au front des bAtimens.
Sur la montagne glacée qui est hors <le la vWe de
Kon-8ou , est le temple solitaire :
Pendant la moitié de la nuit le son de la cloche
visite le bateau de l'étranger.
Ils se levèrent le lendemain matin avant qu'il fît jour, et après avoir feit leur toilette à bord, ils prirent ensemble tin peu de riz; ensuite ils se lavèrent les mains et la bouche et prirent chacun leur pou fou , où ils mirent le papier doré destine aux offrandes. Ils placèrent le cheval de papier avec les prières dans le pou^taï jaune, et les suspendirent à leur cou. Ils quittèrent ensuite le vaisseau et s'avancèrent d'un pas lent, jusqu'à ce qu'ils furent arrivés au temple des Dames à Tchin-Tcheou, au mom ent où le j our commen cait à poindre ; mais quoique les portes extérieures du temple fussent ouvertes , celles qui conduisaient à l'autel étaient fermées ; ils se promenèrent sous les portiques
( i45 ) pour examiner le bâtiment. qui était élégant et vraiment beau à voir. Gomme ils étaient là à attendre, ils entendirent une porte s'ouvrir, et le prêtre vint les engager à entrer dans le temple.
Il était alors de bonne heure; ceux qui journellement brûlaient de Fencen^ n'étaient pas encore arrivés, et le chandelier était vide. Le prêtre prit donc une lampe et alluma une chandelle. Les deux amis lui remirent les pétitions pour les mettre en présence du dieu; quand ils eurent offert de Fencens et fini leur prière, ils donnèrent ime petite somme au prêtre, et après avoir brftlé les offrandes de papier, ils quittèrent le temple,
Lieou-iu-tsaï pria Soung-tun de l'accompagner jusqu'au vaisseau, mais celui-ci s'y refusa. Lieou-tsaï prit alors le pou*fou et le pou-taï, et les rendit à
Soung-tun ; Us se remercièrent réciprcn quement et se séparèrent.
Lieou-iu-tsaï s'en alla tout seul au pont ; il appela son bateau et s'en retourna. Soung-tun, s apercevaut au jowr qu'il était encore de bonne heure, eut envie d'aller à Leou-Men , et d'y prendre un bateau pour retourner chez lui; mais comme il s'en allait, il entendit des gémissemens qui partaient du bas delà muraille, et en approchant il décou- Trit, sous un toit de chaume adossé le long du temple > un vieux prêtre infirme, qui attendait, étant couché, son dernier instanf. Si on l'appelait, il n'entendait pas ; si on Vinterrogeait, il était incapable de répondre; Soung-tun ne put supporter ce spectacle.
Un desservant du temple s'avança vers lui* et lui dit : « Etranger , si vous avez le désir de faire un acte de bienfaisance, vous n'avez qu'à jeter les
( i47 ) yeux sur ce vieillard. » Quel acte de bienfaisance puis-je faire, lui demanda Soung-îun ? Ce prêtre , lui répondît le desservant, est du Chen-si, et il a soixante-dix-huit ans; il déclaré qu'il n'a jamais fait usage de choses défendues(i), et qu'il a répété tous les jours le king kang , king , ou livre de prières.
Il y a trois ans qu'il a fait une pétition pour rebâtir son temple; maïs il na pu se procurer de souscriptions ; il a donc bâti cette chaumière où il demeure,
(c) n n'wt pas permis aux prêtres de Fo ou Bondha dç manger de la viande , ni du poisson, ni même des légumes dn genre des oignons. Ils ne mettent qae des légumes avec leur riz et leurs pois : on regarde lea oignons et les poireaux comme impurs à cause de leur saveur forte; ils ne font usage ni de beurre, ni d*huile de poisson , pour acoonmioder leurs alimens^ mais seirfement dliuile extraite de graines. Ils regardent comme un grand crime d*âter la vie à aucun animal , et c'est pour cela qu^ils s'abstiennent de toute nourrttnre animal^.
et il répète constamment les formules des prières (i); il y aune auberge dans le voisinage, et tous les jours, vers midii il prend quelque chose, mais après cette heure il ne mange rien. Quelques personnes, par compassion^ lui ont donné un peu de monnaie pour acheter du riz ; mais il a tout dépensé à Tauberge, et maintenant il ne lui reste pas une obole ; il y a environ quinze jours qu'il est tombé malade, et depuis ce temps il ne mai^ge ni ne boit plus, il pouvait encore parler il y a deux jours, et nous lui avons demandé comment il était devenu si infirifie et pourquoi 3 n'était pasparti plus tôt.Il nous a répondu
(i) Les ft>r«iiiles de prière» auxquelles on ùât aUatioo ici et que les prêtres de Fo récitent dans leurs temples, le prunier, le septième, le quatorzième et le vingt-huitièDe jour de diaque lune, sont pour la plupart des litanies om des invocations prises dans la religion des Hindous* et sont tout'^i-fait iuintelligibles, même pour les prêtres.
( »49 ) que son heuiie n'était pas encol*e venue , et nous a prié d*attendrç epoore deux jotirs* Ce niatin, de bonne heure, il a essayé de parler, mais cela ne lui a pas été possible, et à chaque in&tjint nous pensons qu'il va expirer. Etranger , si vous prenez de lui quelque compassion , vous lui achèterez un cercueil ordinaire dans lequel on puisse le brûler (i); voua ferez ainsi un ticte de charité. Comme il a dit que son heure n'était pas encore
La tolérance qa*OD accorde à la Chine à ane religion aussi alMurde que cefle de Fo ou Bondlia , montre asên rétftt d'ignorance oi était plongé le siècle ofi elle s*e6t introduite et le défaut d*un meilleur système do religion. Les sentimens de piété filiale qu*on inculque de bonne heure aux Chinois et la ferme confiance qu'ils ont dans les décrets du ciel , sont un bienfait inappréciable pour la Chine. Ce sont ces doctrines qui ont donné aux moralistes les moyens de répandre tant d'excellens principes , et qui sont, généralement parlant , la source de toot ce qu'il y a de bon et d'excellent en eux.
<i) Cest mt oootame cht> les Chinois qn'avasilAc après la mort d'an prêtre de Fo , on Tasseoil at ec Iti
- arrivée , il est probable ; monsieur y qu'elle dépend de vous. Soung-tun, après quelques réflexions, se dit : «Je suis vehu aujourd'hui pour demander un fils ; si je remplis cet acte de charité avant de retourner chez moi, le dieu du ciel le saura.» Il demanda s'il y avait un marchand de cercueils dans le voi-* sinage ; le desservant lui dit : Si vous voulez aller jusqu'au bout de cette ruelle, vous trouverez la maison de Tchin san. Je vous prierai de m'accompagner , lui dit alors Soung-tun , afin de me montrer l'endroit; le desservant le conduisit à la maison de Tchin-san, qui étaitoccupé dans ce moment à scier
jambes croisées et les mains levées en avant. Alors qnelqnes-uns de leur confrérie Taccompagneut jusqu'à im endroit convenable où on le brûle. An célèbre temple de Haï-Nan, à Canton, on a élevé nn endroit dans le Jardin pour brûler les prêtres; après qa*OB les a br&léi» on recaei^e leon cendres , qn'on net daa» mifaae pov les enterrer.
du bois dans sa boutique; il lui dit :
« M. (i) Tchin-san, je vous ai amené un chaland.» Celui-ci, s'adressantà'Soungtun , lui dit : « Monsieur, si vous désirez voir des cercueils , j*en ai de la première qualité qui viennent de Wou-kouen, et il y en a là dedans qui sont en magasin ; mais, si vous en voulez de tout montés, entrez et choisissez vous-même. » Soungtùn répondit qu'il en voulait de tout prêts. « Voici les meilleurs , lui dit M. .Tchin-san , en lui en montrant plusieurs, ils coûtent trois taëls* » Soungtun ne pouvait néanmoins en donner ce prix. «Ce monsieur, dit le desservant au marchand, est venu pour acheter un cercueil , et comme c'est un acte de
( x) Cette mauière d*ajoiiter Monsieur mxnovaa dtn^ DOIS déplaira sans donte à beaQCoup de lecteurs; on doit cependant leur £iire remarquer que le tradncteor n*en met que lorsqu'il y a dans le texte des titres d*lioiK near correspondans.
( i5aj .
charité, il faut que vous y contribuiez en n'exigeant pas un prix trop éle?ë.
Puisque c'est un acte de charité , répondit M. Tchin-san , j'en demanderai moins, et je le laisserai pour un taël et six mas, qui est le prix coûtant, mais vous ne l'aurez point à une obole de moins.»
SoUng-tun convint que le prix était très-raisonnable, et, tout en réfléchissant , il ouvrit le coin de son mouchoir, et en tira un morceau d'argent pesant environ cinq ou sixmafl(i). Il ne lui était resté, après quil eut brûlé Tencens le matin, quune centaine de caches, de sorte que les deux sommes réunies ne faisaient pas encore la moitié de la valeur du cercueil, «Je sais ce que je vais faire, se dit Soung-tun en lui-même. Le bateau de Lieon-chun-tsio est au pont qui n'est pas loin d'ici » , et s'adressantà M« Tchin-san ^ il lui dit : Je suis convenu
(i) EuTÎTon i3 liv.
( i53 ) avec vous dtvprix du cercueil; je ne ferai qu'aller chez un ami pour emprunter une petite somme, etje reviens à rinstant. C'est bien, monsieur, je compte sur votre parole, lui répondit M. Tchin-san. » Mais le desservant fut mécontent, et lui dit tout en colère:
Où donc est votre compassion , monsietlr; faites- vous le projet de vous sauver? Aussitôt que vous vous êtes aperçu que vous n'aviez pas d'argent sur vous, vous auriez dû le dire; voyez tout ce monde dans la rue !
Tpus regrettent le prêtre qu'ils entendaient il y a quinze jours encore réciter la formule des prières.; mais hélas! il n'est plus maintenant ! ainsi , avec trois pouces d'haleine (i) , im homme exécute mille projets. En e$^il privé im
(i) On fait allasion à la lon^enr de la tracbée artère, ^i , i)endant la rie , est contiiuieUemeiit employée à rUispiratioii et à rezpiration.
( i54 ) jour, la nature entière cesse d*exister pour lui. t N'entendez- vous pas ce quils disent^ ntonsieur, continua le desservant? Le vieux prêtre est mort et il est maintenant loin de sa demeure teiTestre ; mais il vous attend pour le faire enterrer. » Soung-tun, sans répondre, avait Tesprit très-agitc et se dit à lui-même: « Puisque je suis convenu du prix du cercueil , j'irai jusqu'au pont , et s il n'est pas à bord , je m'asseyerai en attendant son retour ; mais il y a un proverbe qui dit: Quand im marchand trouve un bon prix de sa marchandise^ il ne choisit pas son chaland; si, par conséquent, quelqu'un venait à lui offrir un peu plus que moi, il lui donnera le cercueil et je manquerai à la promesse que j'ai faite au prêtre , hélas ! » Soung-tun prit encore une fois l'argent qu'il avait sur lui, consistant en un seul morceau, et, en le
pesant, il fit une exclamation de surprise, car il se trouva que c'était une masse d'argent fin, qui, quoique petite en apparence, pesait plus de sept mas; il le donna h M. Tcbin-san, et, ayant ùté son beau vêtement de soie blanche, il le lui remit aussi, en lui disant : « J'évalue cet habillement à plus d*un taêl; si vous ne vous souciez pas de le garder à ce prix , je vous le laisserai en gage ; mais si, d'ici à ce que je vienne le chercher, il a été porté, vous me ferez une déduction. — Je suis un honnête homme, répondit M. Tchin, ainsi ne vous tourmentez pas. » Il prit toutefois l'habit et l'argent. Soung-tun ôta ensuite une épingle d'argent qui rattachait ses cheveux, qui pouvait valoir environ deux mas, et la donna au desservant, en le priant de la faire changer contre de la monnaie de cuivre, afin de payer les dépenses de l'enterrement. Ceux qui
( i56) ëlaient dans la boutique à regarder, dirent entre eux : « Que c'est malheureux! ce seigneur bienfaisant a réussi à exécuter le plus difficile de Taffaire et le plus facile reste encore à achever :
nous qui sommes les habitans de cet endroit, nous devrions donc contribuer un peu à laider : » chacun donna alors quelque chose et s'en alla ensuite.
Soung*tun sortit et retourna à la hutte pour regarder encore une fois le vieux prêtre, qui, hélas ! avait cessé de vivre. Ses larmes coulèrent avec abondance, comme si c'eût été pour la perte d'un de ses proches parens. Son ame semblait abattue; il éprouva plus de trouble qu'il n'aurait cru devoir en sentir, et il ne put supporter la vue du cadavre. Lorsqu'il eut cessé de pleurer, il retourna à Leou-men ; mais la barque étant partie, il demanda un bateau pour le reconduire chez lui le même jour.
( i57 ) Quâiid sa femme le vit revenir le soir, sans sa robe de dessus et le visage tout défait, elle s*écria: «Vous venez de vous battre avec quelqu'un , entrez bien vite, afin que je sache les détails : — Gela ne vaut pas la peine d'être raconté, lui dit Soung-tun en secouant la tête, et il alla directement au temple de Fo pour y suspendre les deux paires de pou«fou et de pou-taï: il adorala divinité en frappant la terre de son front, et il retourna ensuite dans sa chambre où il s assit pour prendre du thé; quand il eut fini, il^ se mit à entretenir sa femme du vieux prêtre et Itii raconta tout ce qui s*était passé. « Vous avez agi. comme vous le deviez dans cette affaire , lui dit-elle , ainsi vous n'avez aucun sujet de vous tourmenter. » Spung-tun approuva ce discours s^nséde sa femme, et, bannissant leurs craintes, tou6 deux passèrent la soirée à se divertir.
Le mari et la femme se mirent au lit ensemble et dormirent jusqu'à cinq heiu'es du matin. Soung-tun rêva quil voyait entrer dans sa chambre le vieux prêtre, qui, le saluant et le remerciant, lui dit : < Mon bienfaiteur, jusqu'ici vous avez vécu sans enfans, et cette année devait être la dernière de votre vie; mais comme votre cteur s'est montre compatissant et vertueux, le Chang-ti (la divinité) a décrété qu'il serait ajoutéà votre existence la moitié d'un âge d'homme. Je demande aussi à mon bienfaiteur de devenir son fils, afin de le récompenser de la bonté dont il a usé envers moi , en me procurant un cercueil. »
Lieou-chi eut aussi un songe dans lequel elle vit l'image d'or du dieu Louhan entrer dans sa chambre ; elle s'éveilla en faisant un cri qui effraya son mari.
Ils se communiquèrent leur rêve où la
■ ( ï59 ) vérité et. lé mensonge se trouvaient également.
Ainsi:
Plantez le peptnd'un melon et vôns obtiendrez on
melon.
Semez la graine d*nn pois et vous aurez nu pois. L'homme qui suit avec soin les inspirations de sou
cœur bienfaisant Travaille pour lui-même en agissant d'après $e»
sentimens.
Lieou-chi devint enceinte à cette époque et eut un fils à l'expiration des dix mois lunaires. Elle lui donna je surnom de Kin, à cause du songe dans lequel elle avait vu le corps d*or du dieu Lou-han , et il fut appelé Soung-»
kin. Il est inutile de dire combien de joie cet événement causa à Soung et à sa femme.
Environ à la même époque, Lieouiu-tsaï eut une fille qu on nomma Yitchouàn. Lorsque les deux jeunes gens furent devenus grands, on fit des pro-
( '6o) positions pour les marier ensemble; Lieou-iu-tsaï y consentit avec joie , car c'était le vœu de son cœur ; mais Soung^ tun y fit quelques objections, parce que Lieou-iu-tsaï descendait de parens qui habitaient les bateaux et quil n'était pas d'une fâmil!e ancienne. Quoiqu'il ne voulût pas le dire, c'était > à ses yeux, un obstacle insurmontable.
Soung-kin (i) n'avait que six ans,lorsque son père tomba malade nialheureusement, et mourut au grand détriment de sa famille. Il y a un vieux proverbe qui dit', La prospérité (f une famille tient uniquement à F existence du chef; et les efforts réunis de dix femmes ne sont pas à comparer à ceux d^un seul homme*
Après la mort de Soung-tun , lieouchi prit la direction des affaires de la famille , jusqu'à l'époque où il survint
(i) Kin signifie or ,- ainsi il est appelé Tenûat d*or on Vétre précieux.
une grande disette ; les gens du village haïssaient la veuve et Tôrphelin aussi bien que ses domestiques ; et Lieou-chiy s'aperccvant que son revenu était incertain y se défit de ses maisons et de ses terres à mesure que l'occasion se présentait^ et loua une maison pour y demeurer. Dans le premier moment , elle avait feint d'être pauvre; mais dix ans s'écoulèrent à peine, qu'elle le devint en effet. Ayant vécu des débris de sa fortune, elle tomba malade: elle mourut peu de temps après, et on l'enterra, Soung-kin, devenu orphelia et sans secours, fîit chassé de la maison par le propriétaire, n'ayant pas un seul endroit pour se réfugier. Il avait, heureusement pour lui , appris à écrire et à compter dès son enfonce ; car le hasard voulut qu'il se trouvât dans sa ville natale un homme de lettres , du rang/ des kiu-jin, nommé M, Fan, qui Venait
(. i62 ) d'être nommé Tchi-hian de Sou-lchioufou dans le Tche-Kiang , et qui cherchait une personne sachant bien écrire et compter. Quelqu*un en informa Soungkin; il se présenta chez M. Fan, qui donna ordre qu'on le fît entrer. Il fut très-content de trouver Soungiin jeune et d'un extérieur agréable , et il lui fit une foule de questions, surtout pour savoir s'il connaissait bien les formes régulières et cursives de l'écriture, et l'arithméiique simple et composée.
Soung'kin entra ce jour même dans sa place , et reçut un habillement neuf complet. Il mangeait à la même table que son maître qui le traitait avec la plus grande bonté. Le jour heureux qu'on attendait pour s'embarquer étant enfin arrivé, Soungkin monta sur un vaisseau du gouvernement avec M. Fan, le Tchi hian , qui se rendait à sa destir nation.
( i63 ) Ainsi :
Le son du Lassin d*airam enconrage le nuttelot k
ramer (i) Quand on vent léger enfle la voile.
Quoique Soung-kin fût pauvre, il était issu d une famille respectable , et maintenant qu'il se voyait secrétaire de M. Fan, il se serait aviti en faisant société avec les domestiques, comme les rayons du soleil qui se mêlent aux particules de poussière ; mais il encourut par-là leur ressentiment. Les domestiques lavaient dédaigné à cause de sa jeunesse; mais cette conduite les aigrit encore davantage contre lui.
(i) C'est une coutume dùminante parmi les matelots chinois d'invoquer les dieux des vents et de la mer au lever et au coucher du soleil , en battant du gou et en brûlant des offrandes de papier. La même coutume • lien lorsqu'on met à la voile ou qu'on arrive dans le port, n en est de même quand on passe devant un temple situé sur le bord de la rive , ou près de quelque roelier célèbre.
( i64 ) De Kouan-Chan, le cortège coati* nua sa route par eau jusqu'à Kangtcheou ; et de là, il voyagea par terre. Ce fut en cet endroit que les domestiques se concertèrent pour porter leurs plaintes à leur maître contre Soung; ce qu'ils firent en ces termes : « Ce jeune homme, lui dirent-ils , qui est chez vous en qua»
lité de secrétaire et pour vous servir^ devrait être soigneux et soumis ; mais il ne sait nullement remplir ses de^ voirs. Vos bontés pour lui, monsieur, ont été portées à Fexoès; vous lui permettez de s'asseoir et de manger avec vous yce qui peut être toléré quand on est à bord; mais maintenant que vous allez voyager par terre et arriver dans des auberges , il serait convenable, monsieur, que vous exigeassiez de lui du respect. Nous nous sommes consultés ensemble, et nous pensons qu'il faudrait qu'il signât un engagenMnt
( i65) 4iyec son aignalement, a6n qu'il ne puisse pas se pennettre la moindre négligence ou le plus petit oubli dans son «mploi. »
M. Fan le kiu-jin était d'un carao tère doux et facile , et s'en rapportant  ce que ses domestiques venaient de lui dire^ ilfitappderSoung-kin dans son cabineti pour leprierde signer l'engagement avec son signalement; mais celui^ ci sj reAisa quoiqu'on l'en sollicitât à plusieurs reprises , ce qui mit M. Fan si fort en colère, qu'il ordonna à ses domestiques de dépouiller Soung de ses habillemensj et de le chasser du vaisseau. Ceux-ci s'en emparèrent à l'instant et le jetèrent sur le rivage , après lui avoir arraché tous ses vétemens , à Texception d'un seul. Plus d'une heure s^était écoulée avant que Soung-kin se remît de sa frayeur, lorsque le premier objet qui frappa sa vue fut le palanquin
(i66) et les chevaux qui attendaient M. Fan le kiu-jin , pour continuer son voyage ; il se retint de pleurer et tourna le dos pour s'en aller. Comme il n'avait sur lui aucun objet de valeur, et qu'il sentait une faim très-vive, il ne put mieux faire que d'imiter deux anciens sages :
Wou-siang, quand il était pauvre et dans la détresse à Wou-men , allait de porte en porte en jouant du chalumeau .
Han-yu, jeune et affamé, ne refusa pas le secours d'une batelière (i).
Soung'kin restait , pendant le jour ,
(x)On raconte qneHan-Ya était d*nne naissance commune, et que dans sa jeunesse il aimait beaucoup à porter une épée an c6té. Un jour qu*il était à la pèche lior* de la ville, une femme qui demeurait sur Téau lui ofiîrit du riz à manger. t<ll faudra, lui dit Uan-Tn , en le prenant , qu'un jour on Tautre je vous récompense généreusement de votre bonté. Je vous le donne par compassion , mou prince, lui répliqua la fenimed*antonim peu ironique , ainsi pourquoi m*attendraia-je à une ré-
( i67 ) dans les rues, à mendier; maïs, à ia nuit, il sô retirait dans un vieux temple. Il conservait cependant une sorte de supériorité dans sa situation; étant d'une famille respectable , quoiqu'il fût dans ïk plus grande misère, il gardait encore les trois quarts de leur souffle et de leurs ps ; et il iie voulut pas faire comme ces mendians des rues , qui n'avaient pas honte de se mettre à genoux et d'employer les expressions les plus seiTiles; s'il obtenait quelque au* mône, il s'en servait, sinon il savait endurer la faim avec patience; quelquefois , il avait de quoi se procurer un repas ; d'autres fois , il s'en passait plusieurs jours de suite, jusqu'à ce que, ne conservant aucune trace de sa gaité pas-
«ompeiue? » Lonqnt Han-Tii fttt nommé roi de Tfion , U se ressouvint de la bonté de cette' femme , et Tayant envoyé chercher , il lui donna mille pièces d'or ponr récompense.
( t68) sée,U fut enfin réduit à un extrême éVkt de maigreur et de dépérissement.
Ainsi :
Les plaies abondantes fanent la fleur qui va s*épa* nonir ,
Et une gelée bbndie snffit ponr prirer Therbe de sa verdeur.
L*automne maintenant s avançait , et les vents du nord amenaient le froid avec rapidité, lorsque tout-à-coup il tomba une pluie abondante. Soung-kin avait épuisé sa légère provision de nourriture, et n'ayant quun seul vêtement pour se couvrir, il restait dans le temple appartenant à la nouvelle douane, ne pouvant sortir, malgré les souffrances que lui faisaient éprouver et la faim et le froid, à cause de la pluie qui était tombée sans disconti* nuer depuis sept heures du matin jus* qu'à midi; alors le temps s'éclaircit; Soung-kin prit sa ceinture, et la serrant
( «69) autour de ses reins, il sortît du temple; mais à peine avait-il fait quelques pas qu'il rencontra une personne qu'il reconnut au premier coup-dœil. lieouiu-t$aï| dont le surnom était Chunt&iouan^ avait été lami le plus intime de son père Soung-tun. Soung-kin n*eut pas assez de résolution pour regarder son père du rivage oriental, et| a6n d'éviter d'en être remarqué, il tenait la tête baissée , et continuait son chemin les yeux fixés sur la terre. Mais Lieou-îu*tsaï l'avait déjà reconnu, et s'approchant dé lui par derrière, il l'arréîa avec la main , en lui disant : « N'étesvous pas le jeune Soung ? Gomment se fait^ que vous soyez dans cet état ? »
Soung-kin^ tandis que ses larmes couUâeQt en abondance, lui répliqua en joignant les maiâs devant lui : < Mon « vêlement -est tel que je n*ose vous « r«^re mes devoifs i mais puisque I. i5
( I70 ) » vous , mon Tenérable oncle , tous » avez la bonté de vous informer de » moi , je vais entrer dans tous les » détails. » Il lui raconta alors la manière inconvenante dont M. Fan le tchi-hian s^était conduit avec lui, et rinforma de toutes les circonstances.
« La compassion^ lui dit M. Lieou^est » un sentiment naturel , et tous les » hommes réprouvent. Vous allez venir » avec moi sur mon vaisseau; vous tra- » vaillerez, et, en retour de vos peines, V je vous noiurrirai et je fournirai à vo- » tre entrelien. » Soung-kin , se mettant à genoux , lui répliqua : « Mon véné- » rable oncle , si vous me donnez de » l'occupation , je vous servirai avec » autant de fidélité que si vous étiez » mon pèi'e ou ma mère rendu à la vie. t M. Lieou conduisit alors Soung-kin au bord de Teau; mais avant de Tamener sur le vaisseau , il alla informer sa femme
( »70 de ce qui venait d'arriver. Madame Lieoii lui dit que cet arrangement était avantageux pour les deux partis et très-fort à désirer. Alors M. Lieou fit sigtie à Soung-kin , du vaisseau , pour qu*il vînt à bord, et ôtant un vieil habit qu'il avait sur lui , il le donna à Soung pour s'en revêtir, et le conduisitensuite dans la cabane pour voir madame Lieou ; sa fille Yi-tchouan était à côté d'elle ; Soung-kin rendit ses devoirs à toutes les deux et s'en alla immédiatement sur le tillac. M. Lieou dit à sa femme de donner un peu de riz à maître Soung, afin qu'il pût manger; elle lui dit qu'il y en avait , mais qu'il était froid. Yitcbouan dit aussitôt qu'il y avait du thé chaud dans la bouilloire, et, prenant une tasse, elle la remplit. Madame Lieou alla à la cuisine chercher quelques cornichons dans le buffet et les présenta à Soung-kin , eh lui disant :
« Maître Soung , nous qui vivons sur un vaisseau marchand, nous n'avons pas toutes nos aises comme ceux qui habitent leurs maisons; mais si vous pouvez manger un peu, quoique cela ne soit pas aussi bien servi, vous nous ferez plaisir. » Soung -kin Faccepta.
M. Lieou, s'apercevant qu'il tombait un peu de brouillard, appela sa fille pour prendre le vieux chapeau qui était derrière la cabine, et le donner à maître Soung pour se couvrir la tête. Mais Yitchouan s'étant aperçue , en le prenant , qu'il était déchiré d'un côté, elle tira vile une aiguille et du fil qu'elle avait dans son t^onnet pour recoudre la fente; elle le jeta ensuite sur le tillac, en appelant Soung pour lui dire de le prendre et de . s'en servir. Soung -kin mit le vieux chapeau sur sa tête , mêla ensuite le thé chaud avec le ris froid et se mk à manger.
(-173) Quand il eut fini, M. Lieou lui dit de mettre tout en place et de nettoyer le tillac, parce qu il allait à terre pour voir quelqu'un et qu'il ne rcTiendrait que tard. Il ne se passa rien de plus ce spir^ là ; mais le lendemain quand M. Lieou se leva, il trouva Soung-kîn qui ëtait assis à la proue à ne rien iPaire; il pensa en lui-même que ce n'était pas l'ordinaire aux nouveaux venus de se conduire de la sorte, et il lui dit d'un ton fâché : « Garçon , vous mangez mon riz « et vous portez mes habits, et malgré cela « vous êtes paresseux : allons', allons , « tournez cette corde, travaillez àce câble « et mettez chaque chose à sa place; pourri quoiêtes-vous assis à rien faire?» Soungkin s'empresse de lui répondre. « Quels « que soient les ordres que vous me don- »nerez,jeles suivrai et vous obéirai « avec plaisir. »
Alors M. Lî eou prît un paquet d'écorce
( »74 ) d'arbre et le donna à Soung, en lui montrant comment il fidlait le travailler.
Ain$i :
Sous le toit le plasliumble, si c*cst celai d*uii aatre. Comment songer à y entrer sans ployer la tête?
Soung-kin travaillait avec ardeur du >natin au soir et n'était jamais oisif.
Gomme il s'entendait bien à la tenue des livres, il inscrivait sur le registre du vaisseau toutes les marchandises qui entraient ou qui sortaient^ sans ja« mais commettre aucune erreur; souvent même il arrivait que les genà des autres vaisseaux venaient le chercher lorsqu ils avaient quelque transaction à faire, en le ^priant d apporter avec lui le souan pan pour arranger leurs comptes.
Chacun Taimait ^ le respectait et disait de lui qu'il était d un bon caractère et que, malgré sa grande jeunesse, il montrait déjà beaucoup d'intelligence. S'aperce-
Tant qu il savait se rendre utile et qu il ayait beaucoup d activité y M. et Madame Lieou non-seulement jetèrent sur lui des regards ^e bienveillance, mais lui fournirent encore de bons vêteraens et une bonne nourriture, et le reconnurent pour leur neveu, en présence des élrangers. SoungAin fut très-satisfait de leur conduite à son égard, et, se trouvant dans une situation agréable , il reprit bientôt sa mine accoutumée, de sorte que les habitans des bateaux pre- .
naient tous plaisir à le voir.
Le temps avait passé avec la rapidité d^une flèche et plus de deux années s tétaient écoulées sans qu'ils s'en aperçussent,lorsque M. Lieou vint à songer que lui et sa femme avançaient en âge et qu'il lui restait encore à chercher pour sa fille un mari sur lequel elle pût compter pour la vie ; maître Soung lui semblait l'homme qu'il fallait , mais
( 176 ) il ne savait pas comment cela s'accorderait avec les idées de sa femme. Le même soir, comme il buvait du vin avec cellcHci et que sa fille Yi<tchouan était à côté d*eux y il la montra à sa femme en lui disant: «Yi«tchouanest maintenant «d'âge à être mariée; mais puisqu'elle « n'a encore personne pour soutien, « quya-t-ilàfaire? — C'est une affaireim* < portante, lui répondit madame Lieou, « et qui^ à raison de notre âge avancé; « est d'un gi*and intérêt pour nous:
« pourquoi ne vous en êtes-vous pas « occupé avec plus de soin ? Cela n*est « pas sorti de ma pensée un seul jour, « lui répliqua monsieur Lieou ; mais il est « difficile de trouver quelqu'un qui « nous convienne parfaitement comme * maitre Soung qui est sur notre vais- « seau , qui sache conduire bien un « commerce et qui soit homme de mé- « rite; dans mille, nous ne trouverons
( Ï77 ) « pas son égal. — Pourquoi donc ne lui « donnez-Tous pas TOtre fille enmariage, • lui dit madame Lieou? — Que voulez- « TOUS dire, ma-ma, lui demanda M.
« Lieou avec ironie? Il n*a pas de mai-^ « son , ni de moyens d'existence ; mais « il dépend absolument des secours «que nous lui donnons, et ne pos- « sède pas un seul denier ; convien- « dntit-il que nous lui donnassions « notre fille? —Maître Soung, répli- « qua madame Lieou, est le fils d'un « homme qui a occupé un emploi, et en « outre c'est le fils de yotre ami dé- « fimt; de son vivant, il y avait eu des «propositions pour ce mariage, ainsi «que TOUS pouvez vous en souvenir; « quelque malheureuse que soit sa po* « sition actuelle, il n'en est pas moins « un homme habile, sachant par£nte- « ment compter et tenir les livres : fid* • tes-le donc entrer pour qu'il devienne
( »78 ) « notre gendre; nous ne ferons pas tort « à no,tre famille par cette alliance^ et <« quand nous serons tous deux vieux , « nom aurons quelqu'un pour nous « soutenir. — Est-ce là votre dernier «mot, ma-ma^ lui dit AL Lieou? — Madame Liou lui demanda pourquoi il en serait autrement? — «Puisqu'il en est « ainsi, répliqua M. Lieou^ c'est bon.i
Il paraît que Lieou- iu-tsaï craignait sa femme; depuis long-temps il avait jeté ses vues siu* Soung-kin, mais il avait peur qu'elle ne voulût pas donner son consentement II fut donc enchanté de voir qu elle désirait elle-même cette union et il appela Soung-kin en présence de sa femme pour lui promettre sa fille en mariage.
Au premier moment , Soung refusa cette offre avec modestie; mais quand il fut assuré des bonnes dispositions de iVJ.. et madame Lieou et qu'ils ne lui de-
( 179 ) mandaient pas de dépenser un denier , il ne put faire autrement que de se con?
former à leur désirs.
M. Lieou alla consulter les astrologues et choisit dans le calendrier un jour heureux pour célébrer la noce. Il retourna ensuite près de sa femme et partit avec son vaisseau pour Kouan-chan.
La première chose dont il s'occupa fut de mettre le bonnet de cérémonie à maître Soung(i); iMui fit faire aussi un bel habillement de soie. Tout ce qu'il portait était absolument neuf depuis les pieds jusquà la tête, et quand il fut ainsi habillé, il avait très-bonne mine^
(i) La coatome chinoise de mettre re bonnet répond kH poblication des l>ans et an contrat de mariage que ron fait en Europe. Cette cérémonie a lieu ordinairement le matin même du jour où Ton fait le mariage. On invite à cette cérémonie Içs amis et les paréos , ainsi qu'une p«nonne respecta)>le pour y présider. On fidt asseoir le marié , le président délie ses cheveux, pour les vasieBibler, et Umt le temps il fait des ré-
( tÇo )
quoiqu'il ne possédât pas les talens extraordinaires de Tsaï-kian (i).
11 surpassait de beaucoup Fan-gan (i) par les agrëmens de sa personne.
flezioAS sur les avantages dn mariage et sur les richesses et le grand IxHihear qui en résultent. Après avoir fini de lui natter les cheveux , il lui met un bonnet d*im geiitti |Murticuli«r qui est fait exprès, et lui présente ses félicitations. Le reste du jour est consacré à» réjouir. On fait une cérémonie semblable à la mariée; ^es cheveux , qui auparavant tombaient sar son fmnt, sont relevés alors et attachés dtrricre sa tét*avec des épingles, etc.
(i) Tsai-kian, fils dû célèbre Tsao*tsao, avait un talent extraordinaire pour écrire des thèmes et des essais. Tsiay*ling-hoan , un de ses contemporains , surpassait tons les lettrés de Tang-hia dans et genre , et il n'y en avait aucun qui f&t digne de loi être comparé; mais il était vain et orgnciUaiuL Eo parlant des talens parfaits de Tempire , il let évaluait à dix , et disait qu'il en possédait un; que las antres lettrés réunis en avaient utl antre, mabqueTzal-kiancB possédait huit k Inî seul.
(2) Fan-gan, qui vivait sons la dynastie des Taia , était r«|ptdé comme un très -bel bomme et fort aimé des dames. Ott raconte qtte lorsqu'il sortait dt
Madame Lieou, de son côtéj atait préparé tout ce qui était nécessaire, pour les vétemens et les bijoux de sa fiUe, Le jour heureux étant arrivé , on invita les ahiis et les parens pour la noce, et il y eut un festin s^endide.
Soung-kin se rendit à boi^d dans la soi' rée, et fut présenté à sa femme (i)- Le jour suivant, tous leurs parens et amis vinrent les féliciter, sur leur mariage, .
et on passa li'OTs jours consécutifs dans les fêtes et les réjouissances.
Il est inutile de dire qu après leur mariage Soung et sa femme vécurent dans la plds tendre union ; ils continuèrent à trafiquer Avec leur vaisseau, et
Lo-yang, po^ur 8*exercer à tirer de rare, les dames, avaieuit coutume de prendre des fruits et d*en jeter daus sa Toitîire jtiSqu'à ce qu^elle en fût remplie.
(x) n e«t d'usage qu'on conduise la mariée à la mai-
stitn, dans le raissean de l'époux » mais ici la Qontame est
renversée ,$onng-kin n'ayant pas de vaisseau à lui pour
la recevoir, ' '
( ï80 lam* prç^ipérité semblaît, qrpitre de jour
L0 t^i^ps fuit conmiie. ui^ flèche, et vn aa et deux luoi^ s étaient écoulés sans qn ys s ep ^pei^çuçsjçpt , for^q^e Yi^ticbouan lui dom^^ uoe .fi}}e« J^e ipari et 1^ {envoie r^^m^^nf pli*^ gu*uii twr sor, et Gb^enQ ,d euaj: en pr^eo^t soiq à s<»â touri . , >Eqviron un ap appè$,y«^n|ajnt toni^Vi imhàfiÂfi h pelije yérc4^iîqp fit v^pir des médecins ) iQiai^ t;Qti^ iUt iouMIei e^ reniant mpurut le douzième jour de sa ijoaladie : Spung pleura s^ QUe phérie ju^u à^ ç0. que ses £orqeaét;|i^f épvMsées^ il tomba en copsomptio^.; t^uijàt il se plaignait du froid et tantôt de la chaleur; il perdit Tappétit; et mangeait moins de jour en jour, tant qu'à la fin il ne lui resta phis de chair sur les os , et qu'il lui lut impossible de s'occuper 4e la moindre chose.
M. et iiiadanie lieou esperétènt d*aborJ qu'il se rétablirait; ils avaient consulté les devins à son sujet; mais plus d'une année venaitde s'écouler sans qu'il éprouvât du mieux ; il semblait même ^ue sa maladie avait augmente , si bien qu'il ressemblait plutôt à im spectre qu'à un être vivant. Il ne pouvait plus tenir les livres ni faire aucun compte, et rien qu'en le regardant on sentait eouler ses larmes , comme si on se fût mis un clou dans Toeil. Il eût été à désirer que la mort le délivrât de ce misérable état; mais il ne devait pas en être ainsi.
Les vieux époux se repentaient sans cesse de lui avoir donné leur fille, et se firent l'un à l'autre tant de reproches , qu'ils finirent par se mettre dans une violente colère. Ils avaient compté ^ur lui pour leur sqrvir de fils, et les soutenir dans leur vieillesse; mais main-
( i84 ) tenait ^ à le juger à sa mine, il n*était ni mort ni vivant^ mais il ressemblait à un serpent venimeux enroulé autour d'un cadavre qui ne peut s'en débarrasser. « En lui donnant notre charmante fille, nous l'avons privée d'un soutien pour l'avenir, et nous avons mal agi. II faut que nous trouvions quelque expédient pour noi^ délivrer de cet embarras ; nous pourrons alors marier notre fille à quelque beau jeune homme, et nous aurons encore une fois l'esprit en repos. »
Après s'être consultés long-temps, ils arrêtèrent enfin un plan ; mais ils le cachèrent avec soin à leur fille , et se contentèrent de lui dire qu'ils avaient cpielqucs aiTaires au nord du Kiang, et qu'ils y. allaient avec leur vaisseau.
Comme ils avançaient du côte de Wouki, dans le Sl-tcheou, ils arrivèrent à un endroit inhabite , pu ils virent une
( »85 ) montagne isolée , et où tout avait un aspect solidaire. Dans le lointain, on entendait le bruit d'une chute .d eau, mais on ne pouvait découvrir aucun vestige d*homme, soit sur le sable, soit sur le rivage.
Le vent étant un peu contraire ce jour -là , M« lieou , pour exécuter son projet , prit le gouvernail , et dirigeant le vaisseau dans une direction opposée, il le fit donner sur le sable. Il appela alors Soung-kin pour le dégager; mais celui-ci n'en put venir à bout. M. Lieou se mit à ^injurier en lui disant : Misérable exténué, puisque vous n*avez pas assez de force pour vous rendre. utile à bord, descendez sur le rivage pour couper du bois de d;iau(Fage , et apportezJe, afin que nous ne soyions pas obligés d*en acheter à la ville. » , . . Soung-kin, quoique très-effrayé^ prit
le crochet) serra sa ceinture autpur
de lui , et ctescendant à terre s'avança dans la partie la plus épaisse du bois ; maïs quoiqu'il y eût des arbres en abondance, il aurait fallu de la force pour les abattre; Soung se contenta donc de cueillir quelques branches desséchées et de couper quelques broussailles ; ensuite îl arracha un rotin pour lier ce qu'il avait rassemblé, et il en fit deux . grbs tas ; mais n'ayant paà même assez de forces pour les porter,- il lui "eînt à ndée d arracher encore un rotin et de mettre les deui tas en un , en laissant passet un bout du lien aveô lequel il pAt le traîner de la même manière que le patte conduit uhe vache. Après avoir nfmrché quelque temps , il se ressouvint qu'il avait laissé lé crochet par terre; il retourna donc iut ses pas, et layatit retrouvé , il l'eififonça dans son fagot , qu'il traîna ensuite lentement vei^i le rîv«ige i à l'endroit <m le i^isëeau avait
( i87 ) été à 1 ancre ; mais il ne put le retrouver , et aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on lî apercevait que le rivage et la rivière. Soung-kîn erra le long de f eau pour découvrir le vaisseau; mais il ne put en apercevoir ni ' l'ombre ni la moindre trace. Tandis qu'il cherchait ainsi^ il vit le soleil qui se couchait à Toccidènt , et conclut alors que son beau-père l'avait abandonné»
Dans Un tel embarras, que pouvait-il faite? il n'y a pas de chemin pour monter au ciel, ni de porte par laquelle on puisse . entrer dans la terte Donnant un libre cours à sa douleur, il poussa des cris jusqu'à ce que ses forces étant épuisées, il tomba par terl'e sans connaissance. Il resta environ une heure dans cet état, et en i^eprenant ^es sens, il aperçut sur ' le rivage, à son grand étonnement, un vieux prêtre qui s'approcha de lui, en s'appuyant sur un bâton , et lui parla
( i88 ) ainsi : « Mon bienfaiteur et mon couipa' gnon^ comment êtes-vous venu icir ce n est pas un lieu où vous puissiez demeurer. » Soung-kin se leva aussitôt^ lui rendit ses devoirs , et lui ayant raconté la manière dont son beau -père Tavait abandonné, il lui dit qu'il n'avait aucun asile ^ et le supplia de kt proté- Q€T et de lui conserver la vie. Le vieux prêtre lui répondit : « Ma chaumière y> n'est pas loin d'ici; vous pourrez res- « ter avec moi pour le présent, et bous » verrons ensuite ce qu il conviendra de k foire. » Soung-kin le, remercia .et se hâta de le suivre : ils arrivèrent à la chaumière après avoir foit environ un quart de mille. Le vieuij: prêtre prit alors un caillou et un briquet pour allumer du feu, et fit bouillir un peu de gruau qu il donqa à Soung-kin , eu lui demandant de nouveau comment il était arrivé que sou beau-père et lui ne s'étaient pas
- ( ^99) accordés enseml>le. « Je désire, ajouta-t-il, » que vous m'informiez de toutes les » circonstances. » Soung-kin entra dans le détail de ce qui s'était passé depuis le moment où il avait été reçu à bord du vaisseau, jusqu'à cdui où il était tombé malade. « Mou très* digne bien* » faiteur, lui demanda le vieux prêtre , » entretient-il quelque animosité contre » son beau-père? — Lorsque j ai solli- » cité sa bonté, il s'est montré plein » de charité pour moi ; car il m*a reçu * sur son vaisseau et m'a nourri ; il m'a
V ensuite donné sa fille. Mais voyant queje » suis dangereusémentmaladeetprèsde » mourir , il m'a abandonné. Comment » oserais-je toutefois entretenir de l'ani- » mosité contre lui ? — Les sentimens y» que mon fils vient d'exprimer sont » pleins de noblesse et de vertu. Votre » maladie, monsieur, ne provient que
V de l'abattement d'un cœur malade, et
( ^9o ) » il n'e^t pas au pouvoir de là médecine » de T'eus guérir ; mais si vous parvenez » à vous ttauquilHser fesprît , vous » vous rétablirez. Jusqu ici avez-vous » observé les règles (i) et récité les » prières que Fo a prescrites? » Souiig- Vin lui répondit que, jusqu'alors , il ne 1 avait pas fait.Le vieux prêtre tira alors de sa manche un volume qu'il présenta à Soung, en lui disant : « Voici le Hng- » kang-pan-go ou le livre des prières » scellé avec le cœur de Fo. » Il assura Song-k!n que s*il eh répétait im chapitre tous les jours , il serait déljvre 4e toute mauvaise pensée, et qu'au lieu d'être en proie à l'afflictioa, il posséderait des richesses considérables, et atteindrait un âge avancé,
• (i) Les principales ûê ces tègks sont de ne pas tner, et ce mot doit être pris dans la plusi g/ni^e étendue; de ne pas dérober ni voler; d'être chaste; de ne pas sncotir ; de s'abstenir de vin.
U paraît que Soung-kin nétait autre que le vieux prêtre du temple des Dames à Tchin-tcheou , revenu au monde par la métamorphose; dans sa première existence , il avait récité le .Uyrç dp prières, et maintenant, dès qu il eut jeté.
un coup-d'œil sur Tunc/fie^ sections, il fut en état de la répéter de mémoire : ce qui provenait de ce que sa première ^xistepce n était pa^ entièrjement anéantie,
Soung-kin et le vieux prêtre sfissirent pour faire un acte fla^dors^fion j ib fçr,-.
mèrent les yeux et ce mirent à prier jusqu'à ce que le joyr fà^ yrès de paraître; mais Spung-kii^ s'ep^ormit involontairement, et, lorsg^'i^ se réveilla , il ne vit plus ni le vieux prêtre ni la hutte; mais le livre de prières, à sa grande surprise, se trouva dans son sein, et, en loùvrant, il s'aperçut qu'il le savait en entier. Çpungkin fut obli|[é de reconnaître q^'iï
( ^9^ ) y avait quelque chose de surnaturel dans cet événement: il alla ensuite se rin^ cer la bouche à une mare qui était près de là^ et adressa une prière au dieu Kinlang; il sentit son chagrin diminuer par degrés, et ses forces revinrent immédiatement. Il reconnut alors que le prêtre avait été envoyé à son secours par la Providence, à cause de sa vertu passée, et, levant les yeux vers le ciel, il s'inclina et rendit des actions de grâces ferventes à Loung, le dieu du ciel, pôuï* sa guérison.
Cependant Soung-kin était encore aussi flottant qu un brin d'herbe à la surface de TOcéàn. Ne sachant où rester , il errait à l'aventure ; mais il commiença bientôt à sentir la faim , quand tout-à-coup, en jetant les yeux sur une montagne qui était devant lui, il crut apercevoir quelque chose qui ressemblait à une maison^ et,^ n'ayant pas , dms
( 193 ) la circonstance où il se txouvait^d autre ressource que de reprendre son ancien métier, il s'avança vers la montagne arec l'intention de mendier.
Dans le chapitre suivant ^ nous verrons comment maître Soung vit ses chagrins remplacés par le bonheur, et comment du sein de ses infortunes naquit .sa prospérités
Qpatid Tons êtes «irird «a bent à*nà9 roiil«« on» >qttrt ;
se présente ; Lers^e les eaux Tiennent à manquer, de nonyelles sonr^ ' eès jaflUttent. * .