‹ Contes chinoisChapitre 5 sur 7 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

QuAifD Soung-kin^^oiiv^.^.IaHipil^ gne , il n'aperçût plus de maison ; il fut très^^tonné dfy Tojr des piques et des lances plantées dans la terre. Aprè^ avoir repris haleine, -il continua^ ^g ^a^rçhei et parvint à un vieux temple en ruines dans lequel il y avait huit cofiBres fermes et scelles, et recouverts de branches de sapin. Soung-Uo W voyant les coffres se douta aussitôt qu'ils contenaient quelque riche butin , et qu'on les avait entourés de piques et de lances, afin de détourner les gens d'approdier.

Quoiqu'il* ignorât commept ils se troa«

Paient là , il résolut de les- emporter.

Voici ce qà'ilimftghia pour Tenir à bout «Le ce dessein : il arracha des branofaes de s«f^ et les phnta à mesuré ^11 atian^it, slfiti de reconnaitre la router, niarehant avec b^ucoop de prëcautioii jusqu'à ce qu'Siùt bors du bois; il alla ^^ttke direptem^t âtt mage où il JhtomAj par un fac^ireti:! hasard, un Taisseau qui avait mis l'ancre dans la baie pour réparer des dommages arri»

vés au gouvernail par suite d'un gro^ temps; une partie de Téquip^ge était -occupée à le raccommoder. Sbung-idn feignit d'être très-aghé , et^ appelant ceui qui étaient à bprd , il leur dit : « Je me Movnme Tsian-kin du Ghen-si, et Raccompagnais mon oncle datrs le Hovtkouang pour afTatres lorsque nous ahrons été assaillis par des voleurs qui Vont assassiné; jelei* ai dit que fêtais son domestique malade depuis long-temps, et

.je les ai suppliés de me conserver la vie. Les voleurs m^ost remis sous 4a surveillance d'un des lenrs, et nous ODI; envoyés tous deux au temple pour veiller au butin , tandis qu*ils se disperseraient en di£férentes directions. Le ciel jTua été propice en m*ôtant mon gai^dîen. La nuit dernière il a été mordu p9r un.serpent venimeux ^ et il est mort.

C'est ainsi que je me suis échappé, et je suis dautant plus heupeux que vous pourrez m'emmenér avec vous. »

Les gens de l'équipage l'écoutaient, m$is sans accorder une entière coq»

fiance à tout ce qu'il venait de dire.

Soung-kin ajouta : « J'ai vu dans le temple qui n'est pas loin d'ici les huit coffres contenant foute la fortune de ma famille, je vous prie de me donner quelques-uns d'entre vous pour les aller prendre et les mettre aur le vaisseau^ et en récompensé de vos peines, je

( '97 ) vous en cîonneraî u« et "je vous aursri mille obligations; mais il faut vous hâter, car il y a niille contre un à parier que les voleurs viendront , et alors cette entteprise ne pourrait s'exécuter qu'en courant les plus grands dangers, »

On irait à la distance de mille H pour trouver des richesses. Les matelots furent enchantés en apprenant qu'il j avait huit caisses de marchandises, et voulurent partir sur-le-champ. Ils choisirent h^it des plus forts d'entr'eux, et, s'étant* munis de huit paires de brancards en bambou, ils suivirent Soung* kin au temple où ils trouvèrent effec'»

tivement les huit caisses ; mais comii^ie elles étaient très -pesantes, il fallait deuxhonmies poUren porter uUe seule, de sorte qu ils eurent à se louer d'avoir pris les bambous. Soung-kin ar* racha lesrlances et le^ piques, et les cacha daBs l'herbe qui était très-haute. On

( 198 ) transporta les huit caisses sur le vaisseau ^ et, le gouvernail çtant réparé , les matelots demandèrent à Soung-kin où il voulait qu*on le conduisît; Soung** Jing répondit qu'il désirait aller à^Nankin , sa ville natale. « Notre vaisseau j va justemem, lui répliquèrent les m^telots^ et cela arrange tout le monde. » Ils mirent à la voile, et après avoir fait mille li , ils s arrêtèrent. Tous les gens de Vé^ipage vinrent présenter leivs respects au seigneur do Chen-si) et ceux qui avaient quelqu'ârgent se cotisèrent pour acheter de quoi faire un repas en commun^

Le lendemain» comme il y avait un bon vept d'ouest | ils déployèrent les voiles et arrivèrent en peu de temps à Koua-tckeou, où ils jetèrent 1 ancre* £n traversant la rivière, il ny avait que dix H de là à J^ankirig^Somag^kiix appela lui h^teéu j et ayant choisi les sept

( ^99 ) i^iâtsés Iffs pTrià pesantes, îl les fit mettre à bord et en donna ensuite une aux tnatelot^ qui Vàcceptèrent ayec.de graifdes démonstirâtions de recctonais* sance. Ils s'àâi^mbièf ent tous pour assiste^ en sihsncé à Tôuvettui^e de la baisse et pattager entl^'eul le contenu.

Àossitât que Sôung-km fitt débarqué ft la maison dé la douane , it arrêta uii apparteihent et fit appeler un* serrurier foùt enlever les serrure* des côfïres ; et*, en les ouvrant, il les trouva tem* "^Hts de pertes, de dîamaits et d'autres objets précieux.

' npai^ît que ce butin arvait été açcnnulé depuis bien des années , et qu'il n'avait pas été pris à une seule per^ wonûe tii en tme seule fois.

Soufig-kin ne porta d'abord au marché que le centième d'une des caisses^ ce qtn lui vahit plurieurs milliers de pièces d'or. Craignant toutefois qu^

( ^^® ) lacl^eteur ne se fût trompé en Uû en donnant* un prix si considérable, il quitta son appartenieat et alla demeurer dans lintérieuf de la ville; ensuite il acheta des esclaves pour le servir, s'habUla magnifiquement et adopta un genre de vie très- brillant. Il choisit dans les six autres caisses les objets le» plus élégans qu'il garda pour son propre usage, et vendit le reste des sommes immenses. Il fit TacquisitioD d*un terrain situé en dedans de la porte de la ville de Nanking , où il bâtit une maison superbe avec des pavillons d*été et lentoura de jardins qui en dépendaient; il meubla- ensuijte la maison de la manière la plu$ somptueuse*

Il établit une boutique ; de^ préteur sm' gages, sur le devant de la maison, et acheta des terres en divers endroits.

11 avait un grand nombre de domestiques pour le service de sa maison, et dix

( aoi ) autres pour conduire les affaires du dehors; il prit en outre quatre valets de bonne mine pour le suivre quand il sortait. Toute la ville se remplit de sa renohimëe, et on lui donna le litre du seigneur Tsian. II sortait toujours en voiture ou à cheva! ^ et de retour chez lui, il était entouré de tout ce qui contribue aux agrémens de la vie.

Il y a un vieux proverbe qui dit que ceux qui vivent dans ,VaBond4ince y changent de caractère , et que ceux qui vii^nt dans le luxe changent de taille.

Soung-kin était maintenant opulent, plein de vigueur et de santé ,^ et d'un embonpoint considérable ; il ne conser^ vait plus rien du chétif extérieur qu'il avait eu jadis; ainsi.:

, L*liAiQme qno la fortune (krorise te montre plein de Tivacitié et deijattci £t la Inné, qiTand elle atteint le sobtice d'automne , brille d'une clarté resplendifleante.

( 2aa )

( -HAPITRE III.

Noitis allons raconter maintenant ce qcii arriva à Yi-ichouan , lorsqu'elle etitendit son père ordonner à Soungkin d'aHer à terre pour couper du bols; elle pensa qu*il Êillail; que son père ne s'aperçût pas que son mari était ma* lâde, sans quoi il ne lui aurait pas demandé une chose semblable ; elle aurait bien désiré lui dire de ne pas y aller j mais elle craignait de s'opposer aux volontés de son père. Pendant qu'elle était à se consulter sur ce qu'elle devait faire, elle vit Lieou qui s'éloignait

en toute hâie du muga, «t qai prenaitr la gQuv^^iHiil j^fHv: cbfmg^ la direotkm

ft Ikïpn pèr^^ ixiw. pèiPfi^ Odoia.nMan.es^ ^ terre, po^rqi^i yQus eo aU^^voiis»?»

Sa mère lui dit 4'w ton ^édaig^im?:

« Q^i ^t vQtre w^^ Pfi^te diéliye eréa- Çjure? fauves - yoiè^ ^Odorc^ p^naer à

s'é,çri^Yirtchpw?w f<m% mkm^^^Yr^^e pè^re, Ipf dit ip^^p^^ou^ lypjraitf qiuv SQ^g-]4A e^t ti^jo|j4s% «i«|adi9 ^ 4{u!il nç pept .^e gU(éi4rj,^p^rjpi0/fioiu ne Ç^Çnie:^ §a jpalijuUe , fçt^.ft^rt ^anBâ d'un moyep pour yofis ^fJimv^ê^T M^e qa^lh^çi^ c^çq^jincuXiitolmianfut ^git(éç d^ £r^]r;em^^ IftBUdMoulaiwt d? 8^ yfîiH; QQipiaa^ ^!i»^«» iloDfeanM) e]\p çp^r^ii 1^119 .de flaicabane vft &*enijj^r^ 4' ^i\^ ;Ç¥i;d^ pottr 9Mmre là la mfle

(•ao4) et' tourner le Taisseau ; mais sa mère la saisitcoinme animée d une crainte mor^ telle, et la fit rentrer de force dan^ la cabaiie.Ti-tchouan,seirappantIa poitrine, pleuraît à chaudes larmes, et invoquait le ciel et la terre pour les prier de lui rendre son cher Soung.

' Pendant ces débats, le vent et la ma^ rée étant £aivorables , le Vai^ean avait déjà fait plusieurs milles , qiiand lùon* sieur Lieou enti*a dans là cabane , et adi^essa à sa allé Icfs réinoiitrancêsr stdviantes': * Mon enfiint j écoutez un mot «d'avis de ina' part; lès femmes tna- «riées' ont un proverbe qui dit, qu\me ^wméer malheureux êgate un siècte de « misère. La maladie dé votre mari ceu- « sera tôt ou tard sa tnort , et ceux qui « nous entourent souhaitent que ce lien <c sMtrompu; n. est-ce pas aussi votre dé- « air? le plus tôt que vous serez réparés, « aéra le miaux^ tout ira bien alors et

( io5 ) « vous qiii étés comme Une source pu- « re(i), vous ne serez pas souillée par ce « misérable ; attendez quelque temps , « et je vous chercherai un autre mari « qui demeurera avec Vous pour la « vie ; cessez donc de vous occuper de « Inî, »

/(Comment pouvet- vous agit ainsi, mon père , lui répondit Ti-tchouân ?' Cette conduite est Contraire à la justice et à Fhumanité, et vous violez toutes les lois du ciel. Mon mariage avec Soung-kin a été de votre choix et de celui de ma mère ; nous sommes devenus mari et femme pour ne cesser de l'être qak la mort. Gomment revenir sur ce qui a été fait et changer ainsi de sentiméns? Quand il devrait rester ma-

(i) TdMNiân qui leattt âtata le non de Ti'4ck>aiii signiAe fontaine ; c'est ponr o^ qujl I(i .^i^lifiç, 4e. source pure,

lade le reste? de ses jours , nous devrions attendre avec patience la fin de son innocente existence. Comment pouvezvous supporter la pensée de l'avoir abandonné dans une île déserte ? Mon cher Soung mourra à cause de moi , et je ne lui survivrai certainement pas:

mjDi^ père , si vous avez pitié de votre ^le, tourne» sur-le-chanip le vaisseau et remontez le courant pour aller à la rechejrche de niop n^ari; si vous l,e rain^ntîz , vpuf évifiejeei^l^p ^epi^eh^s; de vos voisins* ».

a L^r^g^e ce jpalheifre.i^x é^q^pe ^ Ui dit]M[.J^$iç^u,^9,i^r^ yi^queje; va^$eauét^it parti I U jse sera s^ns doute traîné dansi quelçi^u au^re ei]^rQit. ppijir se procurer de la noufritUi:e^ $^f,^| à qijQÎ. nou?

avancerait de le chercher? puisque QlMift ivoguouft avec ua vi^t favorable et le secours de là miirée^ et que déjà nous avons fait cent lieues, n'est-il pas

mieux de suivre le courant que de ImIiI^ contre? Je vous engagé à venu cdmer , et tout ira bien.» Yî-tcbouah^ToyaDt que son père ne Tf>u)ait pas consentir 4 ses désirs j se mit à j^eurer et à jeter des cris> et aélança hor» de la catMine pour se précipiter à reaû.Heureusemcfht ^ladame lieou s*empëra d elle et l'en « empécha.Yi^tchouanitira^uetiéanmôins elle metti^ît* fin à son exisilence , et continua de pleurer. jLes vieillards ne s'inis^naient pas que leur fiUe persis* ' teroitdans sa résolution; combien alovs se trouvèrent^ils à^plaiudre l Ils veil* Jèrent près d'elle toute la nuit , et le lendemain, pour contenter son désir, ils virèrent de bord/ mais comme ils al* laient contre le vent et le courant ^ ils ne firent ce }our4à que la moitié du chemin qu'ils avaient fait la veillé. Yitchouan p^sa enc(»re la nuit entière à pleurer et à gémir, de sorte qu*il fiU

impossible à Lîeou et à sa femme de se reposer un seul instant. Le troisième jour, ils arrivèrent enfin à l'endroit où ik avaient mis à laûcre précédemment.

Yi-tchouan descendit à terre et accompagna son père pour aller à la recherche de son mari. Lorsqu'elle vit les deux tas de bois jetés sans ordre sur le ^able et à côté le crochet quelle re- ^ connut pour avoir appartenu au vaisseau, elle s'écria : Voici le bois que mon cher Soung a apporté , il y est enoore, mais lui, hélas, il n'est plus!.«. Cette réflexion ajouta à sa douleur. Gomme elle ne pouvait cependant encore se persuader qu'il iùt réellement mort, elle résolut d'avancer plus loin pour le chercher, et son père raccompagnait partout où elle allait ; après atoir marché long -temps sans découvrir même la trace d'un pas , ils s'aperçurent qu'il faisait déjà sombre sous les arbres,

( a«9) et m, Lieou^ voyant. que la montagoe s'étendait au loki^ conseilla à sa fille de retourner au vaisseau; la elle passa de nouveau la nuit à pleurer. Le quatrième jour, avant l'aurore, Yi-tchouan appela son père pour aller encore ime fois à la recherche de son mari; mais quoiqu'ils parcoiunissent toute l'ile , ils ne purent ni en découvrir l'ombre ^ ni entendre le moindre son. Ëllet pleura jusqu'à ce qu'elle iiit de retouPv sur le vaisseau; là tout en se livrant à ses^ réflexions , elle se dit : «Dans un endrmt aussi désert, à qui aura«4-il pu s'adresser pour deoiander à manger ; malade et ne pouvant marcher^, il aura sans doute laissé \p crocl^ siu* le sable > et se sera précipité dans l'eau pour mettre fin à son existence. » Elle répandit de nouveau des larmes en abondance, et re-^ gardant fixement la rivière , elle voulut encore s'y jeter ; mais madame lieou \sk

( 2tO )

rmtiX av€c foi««e. V^tis pouvez nourrir mon cot*ps, \m dit-dllé, mais ft ne vous %ei^ paà possible àt nourrir riion atne ; ifc ttc Aéût\è que la ttiort, laissëz-moî àùnc mourir maintenant , afin que je ^irtïisse rëVoir bientôt la figure de mon bie^âiittë Sbung.

Ijws vieillards, voyant l'eiciessif chagrin de leur fille , tte savaieut plus que foire; ite Tappdèt^ent «t lui dirent :

•• Chère enfant^ vos parens pnt mal agi; ils se «ont wompës dans leurs projets, et ils reconnaîssenf leur faute; mais hélas ! le wpentir we J>^ut rien cihangér.

Ayézpiti^ de fious ! uous sottimés vî^ux , et si *vous, qui été» ïiott^ uni^uef eufenr, veniez à m6t«rir, nous passerions le Veste de nos jourii dans ta Iri^ttesse^; #mis prioms notre filte depârddtthérîe crirâe de *es parens , et de se ttiowtrer indulgente et gértéréifee : votive pèrid écrira un avifîrtisseme^it let le fera affi-

cher dàms t<yui les endroits ptiblics, et si Soung ^t encore en vie, il le \ità et se dëciJera à revenir près de nous'; miA^ si, au bdut de trois iiioift, tious ri'avyms pas ewtendti parier de hii , tous potrrrez alcfrs prendre le deuil ^ et prier pour sa félïcîtë i nous votts d^âfierons largement de toutes les dépenses. »

Yi^ehouan^tout en larmes^^les remercia et leur dît : ^^ Si tous agissez ainsi , votre fille mourra en paix. » Lieou écrivit alors un averûssement et le fit afficher sur tous les murs.

Trois mois s 'étant écoiilés sans qu on reçût aucune nouvelle de Soung , Yitchoùaii dit à ses parens que son mari était certainement mort : elle prit donc un grand deuil , et porta des habillemens de chanvre, laiss&nt Se» cheveux sans les nouer et flottant sur ses épau- Le«. Elle suspendit la tablette de son mari ail mur, et lui fit des offrandes ;

elle envoya chercher neuf prêtres (i) pour dira des prières pendant trois jours et trois nuif 5. oonsëcutife , et elle détacha ses boucles d'orieille et Fépingle de sa coiffiire qu eUe leur donna, afin qu'ils continuassent à prier pour la félicité de son d^^unt mari.

(x) Les prêtres de la Chine ne jouissent pas d'une grande coosidératioiu parmi les Chinois «vx-mémes et sont regardés comme paresseux et malpropres. Ib ont eu pourtant à différentes époques des gens de lettrfi dans leur corps , puisqu'ils ont beaucoup de fivres de prières et d'ourrages sur là r^igion. Kaï-tao et Koodhiu se firent distinguer par des emperenrdes dynasties de Tang et de Souiig qui , par estime pour leurs talens et leurs vertus , les engagèrent à quitter le sacordoee et à se consacrer aux affaires de Fétat. Maljgré ces deox exemples , oi» conserve toujours de âcheuses impres^ sions contre les prêtres , et l'auteur d'un ouvrage chinois trèsHremarqnable en 20 volumes , eu a consam plusieurs à rabaisser les prêtres de la Qiine. Un de am héros est bu prêtre, qui, sans povvoir être comparé a« Dominiquùt pour la nature de ses supercheries, peut du moins soutenir la comparaison sous le rapport de la fertilité dé ses eoneeptiotts et^u nombre de ses entreprises.

M. ec madame Lieou aimaient maintenant plus que jamais leur fille , et, ne voulant la contrarier en rien , ils supportèrent jusqu à la fm les clameurs des prêtres, qui durèrent plusieurs jours(i).

Yi-tchouan continua de pleurer régulièrement à cinq heures du matin, et le soir^ quand la nuit approchait. Lorsque les habitans des bateaux voisins eurent connaissance de sa douleur^non

(i) U est d'usage dans ces sortes d*ocoasioiis qoe les prêtres soient dans une autre pièce que c^e où le coi^ est déposé, eldanslarpielle on arrange les offrandes; après les aroir bénies et aroir allume Tencens , ils s'asseoient sur une chaise o« anr iin taUonrct, les j^iobes croisées «t eoBimencent à Abanter levrs Qnères à haute roiz , eu se faisant accompagner de temps à autre par le bruit des cymbales; pendant ce temps ils font un grand nombre de signes avec les mains pour éviter de profaner les noms de leurs divinilés. Le plot Agé des prêtres agite * rontinuellement une petite sonnette ; à mesure qu'ils approchent de la lin du service , ils répètent ce bruit arec précipitation ; ils sont ordinairement deux heures à ré* iiler les pnèm.

(. ai4 )

interrompue , ils envojèrent pour en savoir le sujet, et s'informer des circans4ances. Il n'y eut personne qui ne regrettât Soung , et qui ne plaignît la fille de M. Lieou. Yi-tchoiian , après avoir pleuré six mois entiers son mari, cessa, enfin ^e répandre des larmes*

M. Lieou dit à Oma {sa femme):

« Notre fille n a pas pleuré depuis plusieurs jours , et son chagrin diminue insensiblement. Il faudrait songer à la remarier , afin qu'elle ait un autre sou« tien qûé ttou$, qui sommes vieux; comment pourrons-nous la protéger )oBg-t«mps ? — ^,Yous avez raison , mon cher, lui répondit nuidanie Lieou ; je crains seulement que notre fiUe ne s'y refuse. Il faut se contenter de le lui concilier légèrement pour le inoment , et nous reviendrons sur ce sujet quand il se ài^ra écoulé un mois ou deux. »

Le 24 de la douzième lune^M. Lieou

( 2i5 ) reviol avec son yaisskeau h K.<M*an-€ban po^y pai^er les <)ierQiera moroen» ^le Yam^ée^ Qmmtfi îl 4t9àt à 3e divierto av^c ^ femme et déjà un pejn ivre, il prîjt une tasse devin et la pitësenta à sa fiUe^.ep Lui disant : « Le printemps appiTOcbe:; je vous dMiseilIede quitter vof ti^e diWÎii^XIdiui dun mari, lui rëpon* ditTi-^qUouAA^doit set pocter .toute la yifi^ coitiiiient doœ ponrcais-je 1^ cfMU tm?**t -T-Ponfter le deuil toute ia fie 1 s*^oria âto pèee en la regardaBt aivec s^rpris^; vimis le postaréc si j j. cou* smsiB ^iào» !rous le quitt^tez*. » Mjh d«iÉe Lîeou, sapejroeyant que le iioiUard paiiWt à sa file «^ee dureté y :&ëntiréi»ù( et lui di^ s :<" JN^otr^fill^ lepprt^a«epQ9re ' cette année ^ :et^ U veitt^ du uou,ye)i a^ prpohai^f 90us;.auFpn» ua va^e 4eKce^t^PX^ «pupe{aiffc4ttiîfct;îii9(tt9Ôjt^P9W . aU^r^lf, tablette 4^ Sc^ung, Yi-tchoua»

qtôttcutfi 9^çm deuil, ett tOiHt ira bien .» .

Yi-tchouàti ne puts'empécheirâe pieu-»

rer, en Toyant que son père et sa mère continuaient à faire de noureaux projets ^ et leor dit : « Vous avez tramé la perte de mon époux ; vous vous opposez maintenant à ce que je porte le "deuil pour lui^ et rouà voudrez sans doute bientôt que j'en épouse un autre; comment oserai-je manquer aux ser* mens que j*ai &îts à SoungP Ofa! j*aime mieux mourir en le pleurant , car je ne pourrais vivre après I-avoir trahi. » Ce discours nût M. lieoudans une violente colère; mais sa femme le gronda j et le poussa, hors de la chambre par les épaules /en lui disant d'aller dormir.

Yi*tchouan passa toute la nuit à pieu-* rer dans ses habits de deuil.

Lorsque la lune eut fini son circuit, ce qui arriva le 3o du mois , et la veille du jour delà nouvelle amiéè,Ti-tchouan présenta des offrandes et versa des K-

( ^'7 ) bâtions à son défunt mari ; cpiand elle eut pleuré quelque temps, sa mère lui conseilla de faire enfin trêve à sa douleur; ils versèrent tous les trois des li-.

batioiis à Soung, et le pleurèrent conjointement; après quoi sa mère Tengageà derechef à se consoler : ils s'assirent ensemble pour le repas du soir ; mais lorsque son père et sa mère s'aperçurent qu'elle ne pouvait supporter l'odeur du tin (le vin étant défendu aux veuves)^ ils lui en témoignèrent leur mécontentement.«Si vous ne voulez pas quitter votre deuil, du moins il faut prendre un peu de nourriture animale : qui peut vous en empêcher ? Les jeunes gens ne doivent pas fadre de tort à leur santé ! — Cette jatte de jagoun est suffisante pour moi , dit Yi-tchouan, qui ne suis pas, àla vérité , morte, mais qui existe à peine » ; et elle rendit le plat de viande à ses parens. « Puisque vous ne voulez pas I. 19

( =»i8 ) manger de viande , lui dit M. lieou, prenez du moins nne tasse de TÎn pour dissiper votre chagrin.» Mais Yi-tchouan répondit : « Il n'est pas encore parvenu » la plus petite quantité de vin chez les y> ombres des morts (i)> comment pourn rais-je en boire en pensant à celui qui « nest plus?» Ayant achevé ces mots^

(x) Cest n&e opinion gcnéfalement répandne en Chiné <fÊA les esprits des morts descendent aux ealen , «ù ik expient lenrs péchés par des souârances et montent ensuite dans le séjour de la félicité, tandis que d*aiitres ont la permission de passer d*un corps à fantre pour repeupler le monde. La présentation d*6fitaiides à sei ancêtres et i ses parens décèdes est regardée oomaie un devoir de piété filiale ; les pins sagas Chinois considèrent dé même Taction de présenter des offrandes à ceux qui n*ont pas laissé de deseendans pour remplir ce deroir , ainsi qu*à ceux qui ont péri de iftort |^rénuitnré« , soit qu'ils aient été assassinés ou qu*ils soient BAOrts de iaim ou de maladie ; ils pensent que cette action est aussi méritoire que de soulager les panfrts. Us ne décident pas si les esprits font ou non nsage de ces offrandes, mais ils concluent que ces actes sont agréables aux dieux.

( 2^9 ) elle sentit une vive douleur , fondit en larmes y et ne pouvant manger &on riz, elle se retira pour se coucher.

M. et madame Lieou, voyant que leur fille persistait dans sa résolution , convinrent de la laisser tranquille, et de ne plus user d aucune violence. Les mo*

dernes ont ime ode qui contient ceci :

Pftnni les femmes rertaenses qui ont gardé fidèlement leurs vœux de mar^e,

La jenne fille du Batean , qui n'arait jamais par- .oonrn nqe seule page 4*lûHoÛ0^

Jura qu'elle TOulai| mourir, pure comme f^ et inébranlable comme un rocher.

En présenice de som sexe la fille du Baftau ia*aura point à rtfugir.

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