LA REINE DES CAROTTES
A celte époque, j'étais vivement préoccupé des doctrines de M. Gleizès, inventeur de Thalysie, livre qui prêche exclusivement le régime des herbes. Ma rencontre avec Ju^ pille, son apôtre (voir les Excentriques], me donna l'idée de la Reine des Carottes, qui se montra en Auvergne dans un si beau jour, que je jetai immédiatement sur le papier une
espèce de plan, ainsi que quelques tableaux; mais, un voyage subit ayant coupé mes idées, et ne trouvant pas de (lénoûment, je confiai la pièce à un jeune auteur; c'est la seule de mes pantomimes qui ait été faite en collaboration. Il y aurait beaucoup à dire sur la collaboration dramatique, qui ne peut jamais amener que des résultats déplorables. H m'est bien prouvé maintenant que, deux intelligences inégales traînant le même boulet, la plus forte sera vaincue par la plus faible, l'esprit commun grimpera sur l'esprit distingué, Thomme à idées deviendra l'humble serviteur du Iniseur.
Devant un dialogue commun, trivial, apporté par le collaborateur, l'inventeur est effrayé et n'ose dire son sentiment : l'affirmation est toujours blessante et ne se prouve pas. Le créateur, honteux de s'être laissé prendre à une collaboration, baisse la tête, gémit en silence, et jure de ne l)lus faire de pièces à deux.
J(; me consolai en rédigeant le livret :