‹ Contes d'eteChapitre 5 sur 7 · un · texte numérisé non relu

un

du chef d'orchestre, quand le chef d'orchestre m'a affirmé ne pas lui avoir parlé?

— C'est tout simple : je veux chanter un grand air avec accompagnement de violoncelle; je croyais avoir la musique dans mes malles, ce jeune homme a été assez aimable pour venir la chercher.

— Ce n’est pas très-clair, dit Saint-Victor en faisant la moue; mais nous verrons plus tard. Est-il venu quelqu'un cette après-midi? ,

— Un bourgeois de la ville qu’on appelle M. Marteau, je crois.

— Âh! s’écria Saint-Victor, tu l’avoues donc, celui-là ?

— J'avoue la vérité.

— Ainsi, c'était convenu d'avance... C'est pour cette raison que tu ne voulais pas venir à sa maison de campagne.. L’invitation était une ruse... Vous me preniez pour dupe! Ah! mais, je ne suis point un Bartholo, et j'ai pris des précautions qui ne seront point inutiles ! Je n'ai point usé ma vie sur les planches pour rien!

— Puisque je ne vous cache.

— Et tu crois que je me laisserai ainsi bafouer par ce rentier imbécile, qui refuse même de me prêter une somme minime?

— C'est moi qui n'ai pas voulu, dit Victorine.

— Comment ! tor?

— Oui, sans doute; M. Marteau ne m'a-t:il pas offert de vous tirer d’embarras en me livrant à lui? Ne suis-je pas assez déshonorée par cet infâme métier d’actrice, par les liens qui m’enchaïnent à vous, sans être obligée encore de payer vos dettes avec mon corps? Vous jouez la colère, et c’est vous qui l'envoyez, convenez-en... Mais à ne reviendra plus, votre envoyé, je l'ai mis à la porte!

— Comment! s'écria Saint-Victor, 1l est venu te faire des propositions? Ah ! en effet, je me rappelle ce qu'il me disait tout à l'heure dans son jardin... Il est bien audacieux ! C'est lui qui m’a dit de me défier du violoncelle.

— C'était pour mieux vous tromper.

— Attends, dit Saint-Victor; pour mieux te prouver que j'ignorais sa démarche, je vais lui écrire une lettre à cheval.

Saint-Victor écrivit :

« Monsieur,

« Victorine m'a tout dit. Furieux d’être repoussé, vous avez voulu me donner le change et me faire soupconner la vertu de ma pensionnaire.

« Vous m'offririez à cette heure les deux cents francs, que je les refuserais. Il faut que vous soyez natif de Chàteau-Thierry, pour croire qu’on achète une actrice avec une somme aussi misérable.

« Je vous remercie, malgré tout, au nom de mes camarades, du diner que vous nous avez offert.

« Croyez, monsieur, au sincère respect de votre tout

dévoué « SAINT-VICTOR. »

XHI

Première représentation d'un chef-d'œuvre de clocher.

Les affaires du pauvre directeur prenaient de plus en plus une tournure fâcheuse. Trois représentations avaient manqué ; la caisse était aussi sonore qu’une cloche. Saint-

fm

Victor essaya inutilement des emprunts auprès de quelques provinciaux ; mais ceux-ci n’ont qu'une maigre confiance dans les arts.

Les hôteliers, impayés, harcelaient nuit et jour les comédiens, qui, pour s'en débarrasser, les envoyaient à leur directeur. Moins on a d'argent, plus on en entend parler. Saint-Victor, malgré ses ruses de Ragotin, ses ressources dignes de Quinola, et ses jours supérieurs à ceux de maitre Gonin, commençait à perdre la tête.

Désespéré, il alla trouver M. Ponceau, avec qui il était en froid, et lui proposa de monter sa pièce sans frais. A cette offre inespérée, M. Ponceau dressa les oreilles. Les promesses de la lettre anonyme se réalisaient : 1l accepta. Un matin, les habitants de Château-Thierry lirent sur tous les coins de mur cette affiche :

Page 1