‹ Contes de Boccace; (volume 2)Chapitre 13 sur 68 · IO CO NT F S · texte numérisé non relu

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chère que mot. Cela esl très- vrai, répliqua la commère, nous ne faisions que nous mettre à table lorsque, malheureusement pour nous, vous avez frappé à la porte. Dépèche-toi donc, reprit Vinciolo, donne-nous à souper ; j'arrangerai ensuite les choses de manière que tu n'auras pas à te plaindre. La bonne dame, voyant son mari apaisé , fit aussitôt remettre la nappe , et servir les mets qu'elle avait fait apprêter , et soupa tranquillement avec l'infâme mari et le jeune galant.

De vous apprendre ce qui se passa, après le repas, entre ces trois personnages, c'est ce que je ne saurais faire. Je vous dirai seulement que, le lendemain, les nouvellistes de la place de Pérouse étaient fort embarrassés de décider lequel, du mari, ou de la femme, ou du irait passé la nuit d'une manière plus agréable.

Concluons de là, mes belles dames, qu'à qui nous joue un tour il faut en jouer un autre , et lui rendre, comme on dit, chou pour chou. S'il n'est pas possible dans le moment , on doit en saisir l'occasion dès qu'elle se présente.

Quand la nouvelle de Dioneo fut finie, les dames se donnèrent bien de garde d'en rire. La reine se leva, salua la compagnie, óta sa couronne de laurier, et la mit d'un air gracieux sur la tète d'Elise, en lui disant: C'est à présent à vous, madame, de nous commander.

Elise reçut cet honneur avec udc noble modestie. Elle Ht ensuite ce qu'avaient fait les reines qui l'avaient

DR BOCfîACK. 1 \ l

précédée; et, après avoir donné ses ordres au maìtred'hdtel , elle parla ainsi :

Vous avez souvent entendu dire, comme moi, que par un bon mot, une heureuse saillie, ou une repartie piquante, plusieurs personnes d'esprit sont venues à bout de fermer la bouche aux railleurs, ou d'échapper au danger dont elles étaient menacées. C'est là, cerne semble, un beau sujet à traiter ; et comme il peut être d'un grand usage pour la conduite, je veux, puisqu'il m'appartient de parlerainsi, je veux que demain il soit l'objet de nos nouvelles.

Tousapplaudirentà cette proposition, et dirent qu'ils s'exercera ien t avec plaisir sur un pareil sujet -,alors la reine seleva, et laissa à chacun la liberté de faire ce qu'il jugerait à propos jusqu'à l'heure du souper. La compagnie se dispersa comme à l'ordinaire. Quand le soleil fut couché, la compagnie se réunit, et la reine fit servir le souper. Après qu'on se fut levé de table , on se mit à chanter et à jouer de divers instrument, au son desquels on exécuta plusieurs danses. La reine ordonna ensuite au joyeux Dioneo de régaler l'assemblée d'une jolie chanson. Il débuta aussitôt par celle-ci : Dame Altrude , levez la queue, car f apporte bonne non-

velie Toutes les dames se prirent à rire : la reine

même ne put s'en empêcher-, mais efle l'interrompit pour lui commander de laisser celle-là et d'en dire une autre. Madame, lui dit-il, si j'avais une cymbale pour in'accompagner, je chanterais celle-ci : Levez voti c jupe, madame Loppe; ou bien celte autres : Sous Tolivier l'herbe est m *nue. Mme? - vous mieux que jp

chante : U 'eau de la mer' me fait si grand mal au

cœur Mais je n'ai point de cymbale-, ainsi voyez

quelle autre chanson vous voulez que je dise. Celle-ci serait-elle de votre goût : Sors dehors, vile, vite

— Non , non , dites-en une autre. ■ — Je vais donc vous chanter celle-ci : Dame Simone, entonne, entonne.

— Nous ne sommes pas en octobre Encore une fois,

répliqua la reine en riant , dites-nous-en une qui soit raisonnable ; car nous ne voulons point de celle-là. — Vous n'en voulez point, madame? eh bien! dites-moi celle que vous voulez 5 car j'en sais plus de mille. Celle-ci , par hasard , vous ferait-elle plaisir ? Ma coquille, si gentille, si je ne lui donne des coups de bec; ou bien : Va doucement, mon cher mari; ou bien cette autre : J'ai fait V emplette d'un coq de cent livres. La reine se mit alors un peu en colère, quoique les autres dames se tinssent les côtés de rire, et lui dit: Trêve de badinage ; c'est pousser trop loin la plaisanterie, et donnez -nous une jolie chanson , sans plus tarder, si vous ne voulez me fâcher tout de bon. A cette menace , Dioneo quitta le ton badin, et se mit à chanter des vers où l'amour s'exprimait d'une manière plus délicate et plus poétique.

La reine et les autres dames louèrent beaucoup ces couplets et la grâce avec laquelle Dioneo les avait chantés. Ils furent suivis de plusieurs autres chansons également passionnées ; après quoi la reine envoya tout le monde se coucher.

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