‹ Contes de Boccace; (volume 2)Chapitre 67 sur 68 · LE ROI CANDA.ULF · texte numérisé non relu

LE ROI CANDA.ULF

cadavre, et ne lui trouva rien de remarquable qu'une bague d'or qu'il avait au petit doigt de sa main droite. Gigès s'en saisit, et la mit à un de ses doigts. Après avoir visité le reste de cette caverne merveilleuse , il ressortit de là ; et, la pluie étant ensuite tout-à-fait cessée, il reprit le chemin de la ville.

Il fut fort surpris en rentrant chez lui, et donnant quelques ordres , d'entendre ses gens se récrier comme s'ils eussent vu quelque spectre. Ils fuyaient au son de sa voix , et il semblait qu'ils ne pussent se rassurer. Il les voyait regarder de tous cotés en fuyant , et les entendait se demander les uns aux autres où était leur maître , dont ils avaient entendu distinctement la voix sans qu'ils l'eussent vu.

Cette observation lui fit penser que l'anneau qu'il avait au doigt pouvait bien causer ce changement. Il considéra la bague plus attentivement ; il vit qu'elle était finement travaillée. Il voulut en examiner la pierre, et la Tourna sur le dessus de la main. Dès le même instant, ses gens, que sa voix avait effrayés, le saluèrent et furent rassurés en le voyant. Quoi ! leur dit-il alors , je vous parle depuis une heure , et vous ne répondez que par des cris? Est-ce que ma présence vous effraie, ou suis-je changé au point que vous ne me reconnaissiez plus? Ah ! Seigneur, lui dirent-ils, nous ne vous avons jamais méconnu ; mais nousentendions votre voix sans voir où vous étiez. C'est ce qui nous a empêchés de vous répondre, et ce qui nous a un peu épouvantés ; car nous ne savions que croire. Ce n'est que dans cet in-tnnt que nous vous voyons

Page 1