‹ Contes de CantorberyChapitre 2 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quelques mots fur Chaucer et fur notre traduction des Contes de Cantorbery.

EOFFREY CHAUCER, le père ») de la Poëfie Anglaife, naquit vers lan 1328, de quelle extraétion ?

Sa Poftérité n'en fait mot; mais le à Génie et l’Efprit étant la plus pure effence de la Divinité, Chaucer fut noble, le hazard Veut-il fait naître de parents n’ayant un nom infcrit dans les faftes de la Nobleffe.

En 1359 Chaücer commença fa carrière militaire, . fit partie de l’armée avec laquelle Edouard IIL. fit une invafon en France, et fut fait prifonnier pendant cette expédition qui fe termina par la paix de Chartres en 1360.

Chaucer porta les armes pendant vingt-fept ans. On s’accorde à dire qu’il poffédait une érudition fort grande. Les Claffiques, l'Aftronomie, l’Aftrologie, les Sciences du droit canon et du droit civil, le Commerce, lInduftrie, rien ne parait lui avoir été com-

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plètement étranger, et les Contes de Cantorbery en font foi.

Vers 1257, Chaucer époufa Philippa, une des demoïfelles gérnesr de la Reine, fille de Sire Payne Roet, natif de Hainault et Roi d’Armes de Guienne, et fœur de Catherine veuve de Sir Hugues Swinford, d’abord maïtrefle et fubféquemment femme de Jean de Gand, duc de Lancaftre.

Vers cette époque, déjà attaché à la chambre du Roi, Chaucer fut en 1372 un des commiflaires du Roi chargés de s'entendre avec les autorités de Gènes fur le choix d’un port en Angleterre où les Génois puflent former un établiffement.

C’eft à la fuite de ce voyage en Italie que Chaucer eft préfumé avoir vu Pétrarque à Padoue, et avoir entendu de la bouche du grand barde italien le joli conte de Grifildis, circonftance à laquelle il fait allufion dans le prologue du Clerc d'Oxford.

Le 8 juin, 1374, Chaucer fut nommé contrôleur des douanes et fubfides en laines, peaux, tanneries, &c. &c. du port de Londres; en 1376, le Roi le nomma conjointement avec Sir John Burley pour remplir certains fervices fecrets, dont le fecret a été fi bien gardé, qu’on ne fait, à l'heure qu’il eft, quels étaient ces fecrets. |

En février, 1377, Chaucer fut adjoint à Sir Thomas Percy (depuis Comte de Worcefter) pour remplir une miflion fecrète en Flandres.

La faveur dont Chaucer avait été l’objet fous Edouard III. ne l’abandonna point à l’avènement de Richard II. On le voit le 16 janvier, 1378, attaché

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à la mifhon de Sir Guichard d’Angle (devenu plus tard Comte d’Huntingdon), de Sir Hugues Segrave, et du Doëteur Skirlaw conftitués Ambañfladeurs à l'effet de négocier le mariage du Roi avec la fille du Monarque Français.

Au commencement de 1378, Chaucer revenu en Angleterre eft, en mai de cette même année, envoyé avec Sir Edward Berkeley en Lombardie pour traiter avec Bernardo Vifconti Duc de Milan et le célèbre Sir John Hawkwood, “ pro certis negociis expeditiosem guerræ Regis tangentibus,"—phrafe très vague, fait judicieufement remarquer Sir Harris Nicolas, auteur d’une vie de Chaucer, qui peut à peine expliquer quelle était à cette époque la politique de lAngleterre vis à vis des Etats Italiens.

En 1386, Chaucer fut élu un des députés au Parlement pour le Comté de Kent.

Le 4 décembre, 1386, Chaucer fut remplacé comme contrôleur des douanes et fubfides ; et le 14 du même mois comme contrôleur des petites douanes dans le port de Londres.

Quelques uns des biographes de Chaucer attribuent cette difgrâce à la part que prit notre poète contre la cour dans l'éleétion de Jean de Northampton à l’office de Maire, mais cette aflertion parait peu fondée, et tenir plutôt du roman que de l’hiftoire; toutefois en 1388 la pofition pécuniaire de Chaucer parait avoir été des plus précaires; mais en mai, 1389, quand le jeune Roi prit les rènes du gouvernement, et que le Duc de Lancaftre, proteéteur de Chaucer, fut rappelé de la Guienne pour rentrer

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dans l’adminiftration du Royaume, Chaucer retrouva

toute fa faveur perdue, et dès le 12 juillet, 1389, fut nommé infpeéteur des ouvrages du Roi au palais de Weftminfter, à la Tour de Londres. &c. &c.—places fort lucratives, qu’il pouvait occuper par députés.

De 1396 à 1398 Chaucer parait être tombé dans une pauvreté comparative, dont il fortit en 1399 à l’acceflion du Roi Henri IV. qui doubla fes penfions.

Chaucer mourut le 14 oétobre, 1400, à l’âge de foixante-douze ans, et fut enterré à Weftminfter Abbey, où fa tombe eft un des ornements de cette partie de l’abbaye appelée Poers Corner.

Il exifte plufieurs vies de Chaucer. Nous avons glané les étapes de la vie du grand poëte dans le beau morceau littéraire dû à la plume de Sir Harris Nicolas, qui précède l'édition Aldine publiée en 1842, par William Pickering, l’honorable père de notre publifber, et fortie comme le préfent volume des prefles de Charles Whittingham, dont le nom fe rattache aux publications clafliques les plus remarquables de ce fiècle.

Sur notre traduétion des Contes de Cantorbery nous avons peu de chofes à dire, en laiffant l’appréciation aux critiques littéraires, honnêtes, et heureufement il y en a encore un aflez grand nombre en Angleterre.

Cependant nous proteftons ici contre ces critiques qui ne s’emparent d’un livre nouveau qu’avec l’intention bien arrêtée de chercher à falir le nom de l’auteur ou du traduéteur. Eunuques impuiflants à produire, frelons parefleux vivant aux dépens de la

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communauté des abeilles, dont ils analyfent le miel, incapables d’en compofer, ces gens là s’amufent à déchiqueter l’œuvre de la vie d’un homme avec autant de plaïfir que Néron en prenait à raffafier {es yeux de l’incendie de Rome. L’auteur ou le traduéteur leur aura fait offenfe, très fouvent fans qu’il ait pu s’en douter, en parlant par exemple avec mépris des écrivains anonymes, et les voilà affaflinant Pauteur ou le traduéteur à coups de ftylet, coups qu’ils peuvent porter impunément, l’auteur eft là qui ne fe cache pas lui, il a déclaré fon nom; eux au contraire n’ont de noms que ceux qui traînent dans les bas-fonds de la fociété, et.d’ailleurs ne font-ils pas à l'abri? Un mafque couvre leur hideufe figure ; ils peuvent donc fe ruer à cœur joie fur l’auteur, c’eft R leur fair play. Laiïflons ces Garotteurs littéraires mille fois plus lâches, mille fois plus miférables que les Garotteurs de grand chemin; ces derniers ne prennent que l’or ou l’argent d’un homme, les autres lui volent s'ils peuvent ou lui affaflinent fa réputation, au mieux de leur pouvoir. Un jour viendra, qui n’eft.pas loin, où les littérateurs en mafle, et le public leur interdir ont leur commerce de lâchetés, de dénigrements et de calomnies anonymes.

Regardant Chaucer comme le Boccace de l’Angileterre, le mettant fous plus d’un rapport, au moins au niveau de Shakfpere, qu’il a précédé, le confidérant, nous le répétons, comme le Père de la Poëfie Anglaife, nous avons cru devoir élever à fa mémoire un monument Européen, en traduifant les Contes de Cantorbery en vers français ; la langue de Chaucer

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