CONTE DE LA COMMERE DE BATH
UAND Arthur était roi de Ja Grande Bretagne, Alors un pays de cocagne, Régnaient auffi la Fée et le Lutin, Qu'on rencontrait fouvent par voie et par chemin, Chantant, riant, danfant dans plus d’une prairie. Ce bon vieux temps était le temps de la féerie. Car depuis que partout vont les frères quêteurs, D'autres frères auffi, de Dieu les ferviteurs, Côtoyant les ruiffeaux, vifitant les cuifines, Les cités et les bourgs, les caftels, les chaumines, Les granges et les lieux hantés au temps jadis, La fée et le lutin tous deux femblent occis : Car où fe promenait par le paifé la fée, Souvent quelque peu décoiffée, Maintenant vous voyez un bon frère quêteur, Tout glorieux de fa befogne, Dans fa limite allant mendier . . . . du bonheur, C'eft à dire les biens qui lui font rouge trogne. Les femmes peuvent donc feules aller au bois Sans craindre les lutins comme au temps d'autrefois.
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Or il advint d’Arthur pendant le règne
Qu'un Chevalier tout gai, tout pimpant et tout frais,
Et qui logeait à telle enfeigne
Du Roi dans le propre palais, Revenant de chafler rencontra d’aventure Seule au bois jeune fille à gentille tournure,
Si que d’un tel morceau tenté,
Malgré fes cris, malgré fa volonté, I] lui prit fa virginité.
Cet abus déloyal de la force brutale Fit à la cour d’Arthur tant de bruit, de fcandale, : Que le gai Chevalier, fut, telle était la loi, A mourir condamné. Mais de la Reine au Roi Fut fi fervente la prière,
Pour ce félon, CLS Arthur ne crut mieux faire Que lui donner la vie, à la Reine laiffant Le foin de le punir ou non l’adolefcent !
‘6 Grand merci, feigneur Roi,” foudain a dit la Reine, “Toi, Chevalier,” dit-elle, ‘‘esencoreen grand”peine, Et ta tête n’eft pas folide fur ton cou, Et qu’elle y tint long-temps je n’en répondrais prou. Toutefois je veux bien moi t’accorder la vie Si tu réponds au gré de mon envie A cette queftion : ‘ Quelle chafe ici bas La femme plus défire et dont fait plus de cas ?? Si tu ne peux répondre à la minute, Prends ton temps; je t’accorde un an avec un jour, Va chercher cette énigme, et reviens ici pour Men apporter le mot; va point ne te rebute;
Au jour nommé fois dans ce lieu Me délivrer ton corps; tu le promets . . . . adieu !”
Quand on ne peut faire à fa tête, Il faut fe réfigner à fubir la tempête, Notre gai Chevalier bien moins gai que chagrin, Prit congé tout penaud, et fila fon chemin.
Le voilà donc allant, frappant à chaque porte, Et cherchant à favoir d'une façon accorte ‘ Quelle chofe ici bas
La femme plus défire et dont fait plus de cas ?”? Mais d’accord fur ce point ne rencontrant perfonne. L'une eut aimé le mieux le fceptre et la couronne, Une autre les bijoux, une autre gros profit, D'autres de beaux habits, ou les plaifirs du lit,
D'autres d’être bien fouvent veuves, Pour avoir et maris nouveaux et robes neuves. Les unes foutenaient qu’on gagnait notre cœur, Alors qu’adroitement on était bon flatteur,
Le fait eft que la flatterie
De l’amour eft l'artillerie. D’autres enfin difaient que ce qu’aimons le mieux, C'eft dominer fur tous, et d’en faire à nos têtes, D'un homme n’être pas le fujet des conquêtes, Mais qu’il dife à chacun au contraire en tous lieux
Que nous fommes fages commères, Point légères du tout, mais bonnes ménagères.
Car pour dire la vérité,
Qu’à Pendroit où le bât nous blefe Un homme nous écorche, et fa brutalité Nous la paierons d’un coup de pied, je le confefle, Qu’on eflaie on verra. Plus nous fommes au fond
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Vicieufes, et plus d’un refpeét très profond Toutes voulons qu’on nous entoure, De fublimes vertus nous aimons qu’on nous bourre, Et prétendons que fous notre bonnet Nous pouvons garder un fecret.
A cette blague là, meflieurs, n’allez pas croire, Femme ayant un fecret ne le gardera pas, T'ant cancaner pour elle a des appas ; Témoin Midas: en voulez-vous l’hiftoire ?
Ovide nous dit quelque part Dans fes mille et une merveilles Que fous fes longs cheveux, certe avec beaucoup d’art Midas, le Roi Midas cachait fes deux oreilles ; (C’étaient oreilles d'âne ;)—et fa difformité Etait fi bien célée en vérité, Que nul ne s’en doutait, nul excepté fa femme; Comme il l’aimait de cœur et d’âme, Un beau jour en effet I] lui dit fon fecret, La fuppliant la bonne dame Ne jamais fouffler mot Sur ce ridicule défaut.
La gente et douce créature Vite a dit: “ Seigneur, je le jure, Voudrais-je vous donner un fi vilain renom, Mais je porte aufñli votre nom, Et je vous trahirais par telle vilénie ?
Ce ferait un péché, ce ferait félonie !”?
Et cependant elle en crevait D’avoir à garder ce fecret :
Et le cœur lui gonflait tant et tant la mignonne, Ne pouvoir le dire à perfonne,
Qu’elle courut vers le prochain marais, (Tel un butor patauge en fes rofeaux épais,)
Et près de l’eau mettant fa bouche, Au rifque de prendre une douche,
‘ Belle eau,” dit-elle, ‘ oh! ne me trahis pas,
Entre nous, mon mari, le puiffant Roi Midas, À deux longues oreilles d'âne
Qu’il diffimule à chacun fous fon crâne!
Et maintenant enfin je puis refpirer . . ouais ! Sur ma parole j’étouffais !” Que cette hiftoire vous confirme Dans ce fait que je vous affirme :
‘6 C’eft que dût-elle attendre un tantinet, Femme ne peut long-temps poitriner un fecret.” Si quelqu'un d’entre vous par hazard eft avide Savoir la fin du conte, il n’a qu’à lire Ovide !
Ce Chevalier, de mon conte héros,
Quand il vit qu’il avait en vain ufé fes os A courir le pays narguant et vent et bife Sans pouvoir amener à bien fon entreprife, C'eft-à-dire à favoir ‘ Quelle chofe ici bas La femme plus défire, et dont fait plus de cas?” Eut le cœur tout penaud, fut dans grand embarras. Mais quoiqu’à noirs penfers fon efprit fut en proie, Vers le caftel d'Arthur il dut prendre fa voie,
Car le lendemain de ce jour Etait le temps fixé pour le retour.
Comme avec fes foucis il chevauchait, par.chance, | Le long d’une forêt, il apperçut en danfe Vingt-quatre dames, oui, peut-être plus encor, Près d’elles vivement comme il prenait l’eflor, . Dans l’efpoir énivrant gagner de la fcience,
Puurtant fur le gazon, dans un noir carrefour, Li apperut affife en un cuin une femme . .
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Il fut tout attrapé, ne trouver tout autour Que le filence, Elle avait difparu la danfe ; Pourtant fur le gazon, dans un noir carrefour Il apperçut, aflife en un coin, une femme ; Plus vilaine, je crois, ne fe vit fur mon âme. Se levant, cette vieille a dit au Chevalier : ‘6 Sire, vous chevauchez dans un obfcur {entier Qui ne conduit à rien ; dites-moi, je vous prie, Que cherchez-vous ici? . . Puis, fans forfanterie, Vous être utile, car, on fait, les vieilles gens Ont un certain acquis, et beaucoup de bon fens.” —‘6 Ce que je cherche ici, je ne faurais le taire, Le voiéi, ma très chère mère :
C’eft de favoir: ‘ Quelle chofe ici bas La femme plus défire, et dont fait plus de cas?” Du mot de cette énigme, oh ! fi pouvez m’inftruire; Je ne faurais vous dire Combien je paierais largement Cet opportun enfeignement.” —‘< Engage toi donc par ferment Ici, fur ma main,” lui dit-elle, #6 Que ce que je voudrai, fi c’eft en ton pouvoir, Tu le feras, —et dès avant ce foir Sur cette obfcurité, je mettrai la chandelle !” —# Ainfi foit-il!”a dit le Chevalier, ‘€ Ma paroke eft à vous; pouvez vous y fier !” ‘6 Pour lors,” a-t-elle dit, ‘““ elle eft fauve ta vie, La Reine n’aura nulle envie A la chofe que t’apprendrai Dire nenni. Ta réponfe à fon gré Sera, n’en doute pas ; et mefdames fes femmes T’admireront les bonnes âmes!
En avant donc!” Et fans plus de difcours, Du chemin lors dans le parcours, Elle lui glifle au tuyau de l'oreille Une courte leçon, qui fit vraiment merveille, Et rendit allègre et difpos Notre héros !
A la cour arrivé, le cœur plein de liefe, Ce Chevalier a dit que felon fa promefle Il vient tenir fon jour, et qu’il eft prêt De la Reine à fubir l’arrêt.
Mainte gentille et noble dame, Et mainte damoifelle étaient là fur mon âme, Maintes veuves aufl, dit-on, A la cour qui donnaient le ton, Par la haute excellence De leur expérience.
Embraflant tout d'un œil altier, Comme juge trônait la Reine.
On obtint le filence avec un peu de peine, Puis on dit à l’Huiñlier D'introduire ce Chevalier.
Et la Reine lui dit de dire à l'auditoire :
‘6 Quelle chofe ici bas La femme plus défire, et dont fait plus de cas?”
Ce Chevalier on peut le croire
Ne fe fit pas prier ; d’une voix de ftentor, Que par toute la cour on entendait encor Quand il ne parlait plus, répondant à la Reine :
‘6 Ma gracieufe Souveraine,”
Dit-il, “ la chofe qu’ici bas Femme le plus défire et dont fait plus de cas,
C'eft d'être en tout, et pour tout la maïtreffe,
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Souveraine du cœur aïinfi que du logis ; Belles dames c’eft là pour vous le Paradis,
Et votre fuprême liefle.
En un mot comme en cent et malgré nos clameurs La femme veut toujours dominer fur nos cœurs. Et maintenant j'ai dit, et dufliez-vous m’occire
Je ne rétraéte en rien mon dire !”
Dans la cour il fe fit un long frémiflement, On chuchottait ; et femme, fille et veuve Difaient : “ Ce Chevalier eft un impertinent, Mais il eft galamment forti de cette épreuve, I] mérite la vie . . ”’ À ce même moment Se leva lourdement Comme un cauchemar, la vieille, Que notre Chevalier avait trouvé la veille.
‘6 À vous,” a-t-elle dit, “ merci, Ma Souveraine, Dame et Reine, Avant que votre cour ne foit levée, ici Daignez compatir à ma peine, Et rendez-moi juftice :—Ai dit au Chevalier Cette réponfe qui vous a paru d’un fage, Et qui lui vaut la vie ;—or, ne le peut nier Il m’a donné fa foi pour gage Qu'il m’accorderait mon vouloir, Si ce que demandais était en fon pouvoir, Or, devant cette cour, Chevalier, je te prie De me prendre pour femme, et ne fais vefpérie, Je t'ai fauvé la vie, et le fais comme moi Si je mens, dis non, fur ta foi!”
‘6 Hélas ! trois fois hélas! telle fut ma promeffe, Le reconnais et le confefle, ” À dit le Chevalier, ‘ mais pour l’amour de Dieu
Demandez autre chofe au lieu De me punir par un tel mariage, Prenez mon bien, prenez mon héritage, Je ne me plaindrai pas, mais oh! laiflez mon corps En paix.” Nenni,” dit-elle alors, ‘6 Nenni, quoique je fois immonde, vieille et pauvre, Pour tous les tréfors du Hanovre, Pour tout le minerai que nous cache en fon fein Notre mère la terre Ne voudrais pas ne pas être ta ménagère !
Et voire tes amours, moi qui t’aime fi bien !” —“ Mes amours!” a t-il dit; “oh! pour ça non, mégère !
Et dire qu’il me faut hélas !
Moi Chevalier, m’unir dans un rang aufli bas !” Mais il eut beau dire et beau faire, Malgré fon dépit, fa colère, Et bien qu’il en fut très marri, Force lui fut d’être enfin fon mari, Et le foir arrivé, pour comble de difgrâce Avec elle au lit prendre place.
Peut-être quelques uns pourraient-ils m’accufer De ne pas leur analyfer La joie et l’appareil qu’on vit à cette fête. A cela ma réponfe eft prête :
Il n’y eut point de fête, encor moins de feftin, Notre Chevalier moult chagrin, Bien penaud, et baïflant l’oreille, Secrètement le lendemain Epoufa fon horrible vieille, Et tout le jour comme un hibou Se cacha, ne fais dans quel trou.
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Les voilà dans le lit.—Quel horrible fupplice Pour notre pauvre Chevalier !
Il était là, comme dans un guébpier, Et fe tournait de ci, de là.. —‘* Dieu vous bénifie ! Mon cher mari, mon noble époux, Mais dites-moi donc, entre nous, Des Chevaliers d'Arthur eft-ce là la méthode, Ce ferait un drôle de code, Se retourner de ci, de là, fans aucun but, Sans offrir à l’hymen le plus léger tribut ; Moi je fuis votre amour, qui plus eft votre femme, Je vous ai fauvé de la mort, Et jamais, non jamais ne vous ai fait de tort; Pourquoi donc vous conduire ainfi quand mon cœur brâme Après vous la première nuit ?
De mon amour, pour vous, eft-ce donc là le fruit ?
Dites-le moi, quel eft mon crime?
Et s’il eft réparable, il fera réparé !”
—“ Réparé ! . . non jamais, car je fuis la victime De ton aftuce, à toi, qui de naiflance infime As fu te faire prendre, et ce, contre mon gré, Odieufe mégère, être dénaturé !
Eft-ce donc étonnant que fi laide et fi vieille Auprès de toi, fi mal je veille ?
Oh! plût à Dieu que je pufle mourir !”
‘ Ah!” dit-elle, voyons, car il faut en finir, Et jufqu’au fond, fouiller la chofe, Eft-ce donc là vraiment la caufe De votre manque de repos ? ”
— ‘4 Certes,” fit-il, “ par Atropos !” —‘ Eh bien ! feigneur,” lors reprit-elle, ‘6 Si je voulais, pourrais amender tout cela, Avant trois jours, pour moi c’eft bagatelle, Mais fi vous conduifiez d’une autre façon dà ! Toutefois bel époux trouvez bon, je vous prie, Que contre ce grand mot de gentilhommerie J’entre d’abord ici ma proteftation :
D'être bon gentilhomme avez prétention, Parceque vos ayeux, par chance, Ont été grands, c’eft de l’outrecuidance De votre part, très cher ; ça tombe fous le fens Que le propre mérite eft ce qui fait les gens. De la vertu celui qui fans faire étalage Se conduit noblement partout comme un vrai fage, Voilà mon gentilhomme, il n’en eft de meilleur, Celuià n’eft pas un häâbleur | Je détefte la momerie, C'eft du Chrift que nous vient la gentilhommerie, Et non de nos ayeux, et non de leurs écus, Les richeffes jamais ne furent des vertus !
Certes de nos ayeux recevant l’héritage Nous pouvons nous targuer d’être de haut parage, Mais dites-moi, ces bons ayeux, Peuvent-ils les léguer à leurs petits neveux, Ces vertus, qui, vivants, en firent de grands hommes, Et qui les fit depuis appeller gentilfhommes ? À vous permis d’accaparer leur rang, Mais fans vertu que fert de fortir de leur fang ?
Il parle dans ce fens l’oracle de Florence, Dante s’exprime ainfi dans fa rare éloquence : L’héritier d’un beau nom rarement le grandit,
RS RÉ Se et ES RS DR, D RE SE MAS ET RE RS CS RÉ D, .
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Difficile à porter, c’eft déjà grand crédit Pouvoir le foutenir avec honneur et gloire :
L'arbre n’envoie aux cieux une branche accefloire ; La gentilhommerie elle a fa fource en Dieu, Des ayeux ne pouvons revendiquer que peu, Et ce peu quel eft-il? . . . Des chofes temporelles Qui peuvent s’amoindrir et s’écorner entr’elles. Chacun fait aufli bien que moi Que fi la gentilhommerie Devait de père en fils fe tranfmettre, ma foi, Comme fe tranfmet une hoirie, Gentilfhommes feraient entr’eux Non vicieux, mais vertueux.
Prenez du feu, dans une maïfon fombre Portez-le, puis fermez les portes à l’entour, Et puis vous en allez en emportant votre ombre, Il brûlera là jufqu’au jour, Ou plutôt jufqu’à ce qu’il meure, Auf pur, auf vif que fi dans la demeure Nombre de gens fe groupaient tout autour.
Vous voyez par là que la gentilhommerie N'eîft pas comme le feu qui remplit fon devoir ; Partout dans la chaumine aufñli bien qu’au manoir, Parmi fes deflervants toujours l’humeur varie, Et Dieu fait fi fouvent le fils d’un haut feigneur, S’abaïfle à des méfaits indignes d’un grand cœur. Du nom de gentilhomme, oh! celui qui fé targue Parcequ’il compte au rang de fes ayeux, Des cœurs nobles et vertueux Qui loin de fuivre en bien feu fon père, le nargue Et fe pavane vicieux, Celui là n’eft pas gentilhomme, Fut-il Duc ou bien Comte il eft à peine un homme, T
D'infâmes aétions en ont fait un crétin, Un manant, un ruftre, un vilain!
La gentilhommerie, oh! c’eft la renommée, Par les ayeux laiflée au fnat, à l’armée, C'eft le nom qui nous vient de Dieu, Mais de vertus pour nous qui jamais ne tient lieu.
Confultez l’hiftoire ancienne, Tenez voilà Valérius, Il montre avec orgueil la grandeur plus qu” humaine De ce Tullus Hoftilius, Qui pauvre s'éleva par fes feules vertus A la pourpre romaine.
Lifez Sénèque, aufi Boethius, Là vous verrez écrit que la nobleffe La vertu la confère, et non pas la richeñle.
Donc très cher mari je conclus Que quand bien même mes ancêtres Euflent été de rudes êtres Très peu favoris de Plutus, Cependant lorfque Dieu peut me faire la grâce De vivre fans péché, quoique l’on dife et fafle, Dès que vis vertueufement Dès cet inftant je fuis noble vraiment, Je pañle à cet autre reproche Que je fuis pauvre, mais pauvreté nous rapproche De la Divinité ;—vous favez que Jéfus Fils du Dieu Tout Puiffant pauvre a vécu fur terre, Il eut pu vivre au milieu des écus, Pourquoi préféra-t-il vivre dans la misère ?
Pour mieux fe rapprocher de l’homme, rien de plus! La pauvreté contente eft une honnête chofe, Qui fait vivre de peu, de foi-même difpole ;
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Qui s’eftime content malgré fa pauvreté Et riche, quand bien même il n’aurait de chemife ; Mais celui dont la vie eft une convoitife, Et qui voudrait en vérité Avoir tout ce qu’il voit, ce n’eft qu’un pauvre hère Dont la richefle même eft abjeéte misère.
Seul celui qui n’a rien, qui ne convoite rien, Ett riche, car il a la pauvreté pour bien.
Voyons, croyez-vous donc que la pauvreté vraie Du froment foit l’ivraie ?
‘ Juvenal en riant, fait de la pauvreté Un éloge ma foi digne d’être cité :
Il nous dit que le pauvre eft toujours joyeux drille, Que lorfqu’il va par monts par vaux, Il peut jeter à l’air tous fes efprits vitaux, Folâtrer en un mot, fans crainte qu’on le pille.” ‘6 La pauvreté,” difait Adrien l'Empereur Caufant avec un philofophe, ‘ Eft un bien déteftable ; et cependant létoffe En eft bon teint; c’eft un fort grand moteur D’aétivité pratique; et fouvent la fageñle Dans fon tiflu grofier a trouvé la richeffe.” La pauvreté c’eft cependant, Quoique cela paraifle étrange, Une pofleflion qui ne craint accident, Que perfonne n’envie, et qui rarement change De mains.—La pauvreté, j’en fais ici l’aveu, Nous fait connaître à nous,—nous faitconnaître Dieu. La pauvreté, mais c’eft un lorgnon ce me femble, Par fon tout petit bout nous voyons nos amis, Nos vraisamis!—Ils font peunombreux tousenfemble; . Par fon gros bout voyons ces ennemis
Que contre nous misère affemble.
Donc, mon feigneur, puifque je ne vous lèfe en rien, Ne me reprochez pas ma pauvreté,—mon bien!
‘6 Et maintenant voyons, venons à ma vieillefle : Vous me la reprochez comme aéte de baffefle, C’eft fort mal, favez-vous ? . . . Si n’ai de grands
auteurs Qui s’infcrivent pour moi, vous autres mes Seigneurs Qui dites que: “ Nobleffe oblige !”?
Serez de mon côté, dans l’efpèce, vous dis-je ! Vous croiriez vous manquer à vous mêmes d’égards
Si n’incliniez vos fronts à l'afpett des vieillards.
‘6 Or quand vous dites que je fuisimmondeet vieille, Eh bien! tant mieux pour vous, ne ferez point cocu, Car viecilleffe et laideur, et ce n’eft pas merveille, Sont les plus fürs veilleurs, dit-on, de la vertu. Toutefois connaiflant vos goûts et vos délices
Je dirais même vos caprices Je ne décline pas votre appétit mondain, Et le fatisferai dans ce qu’il a d’humain.
Choififlez maintenant une de ces deux chofes, De m'avoir vieille et laide, et ce, jufqu’à la mort, Mais fidèle et foumife en tout état de caufes,
Et ne vous donnant jamais tort,
Ou bien de m’avoir jeune et belle,
Et de prendre chance,” dit-elle, ‘6 De recevoir chez vous des gens qui, par ma foi, Viendront très peu pour vous, viendront beaucoup
pour moi:
Je vous donne à choifir, choififlez, mon beau fire, Et de votre penfée au moins daignez m’inftruire.”
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Ce Chevalier avife, et puis moult triftement : ‘6 Ma dame, et mon amour, et mon époufe chère, Je me mets,” a-t-il dit, “° de mon confentement, Et je crois bien que je ne puis mieux faire,
Sous votre entier gouvernement.
Voyez donc, avifez et choïfiffez vous-même,
Ce qui vous femble mieux, réfolvez le problème, Ce que ferez fera bien fait Et me tiendrai pour fatisfait.”
‘ Alors j'obtiens fur vous,” dit-elle, ‘° la maîtrife, Puifque puis gouverner et choïfir à ma guife?”
‘6 Certes femme,” a-t-il dit, ‘ le tiens pour le meilleur !”
‘ Eh bien donc baife-moi ! toi mon gentil feigneur! Et ne nous fâchons plus; tiens, vrai, je te pardonne, Et pour toi je veux être à la fois belle et bonne. Dieu me fañfle mourir fans avoir ma raïfon
Si je ne fuis l'honneur de ta maïfon, Si je ne fuis demain au moins toute auffi belle Qu’ impératrice ou reine, ou noble jouvencelle, Qui fait jabot de fes attraits divers Entre les deux confins de ce vafte univers.
Ma vie elle eft maintenant à ta garde,
Tire les rideaux et regarde !”
Et quand le Chevalier vit, de tous fes yeux vit Qu’elle était fi jolie avec autant d’efprit, Et qu’elle était fi jeune, il eut immenfe joie, Et comme un vautour fur fa proie
Fondit en l’étreignant dans fes bras follement, Et lui donna tant de baïfers vraiment u’elle faillit mourir fous ce débordement.
Elle, en toutes chofes, fut fage, Et jamais, non jamais ne lui donna d’ombrage. Ils vécurent ainfi dans grand contentement, En paix, jufqu’au dernier moment; Et que Jéfus Chrift vous envoie Pour que vos jours foient tous filés d’or et de foie De bien jeunes maris, ayant vif appetit Au lit, Soumis, frais et difpos, qui vous tiennent en joie ; Et jamais en amour ne demandent crédit!
Jéfus auffi daigne abréger la vie De ces vilains époux qui pouflés par l'envie, Veulent nous gouverner, et dominer vainqueurs ; Quand à ces vieux grigous avares de dépenfes, De nos actions contrôleurs, Nous entourant de défances, Que la peñte les happe, et que dans fon charnier Elle entafle leurs os, et leurs impertinences Pour le bonheur du monde entier!
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