PROLOGUE DU CLERC D’'OXFORD
ESSIRE Clerc d'Oxford,” tout à coup dit notre Hôte, « D’être filencieux ne vous faites pas faute, [mier feftin Comme une mariée à fon pre- Vous n’avez foufflé mot, hier ni ce matin.
Sans doute étudiez quelque nouveau fophifme, Mais Salomon très fort fur le Philofophifme A dit que chaque chofe a fon heure, a fon temps, Et ce fut, m’eft avis, parole de grand fens; Donc pour l’amour de Dieu foyez d'humeur joyeufe, Et fortez de l'étude un peu trop caverneufe ; Dites-nous, par ma foi, quelque conte entre nous Fort amufant, il faut hurler avec les loups, N’allez pas nous prêcher comme on prêche en carême, Nous aimons la gaité, qu’il foit gai votre thème ; De vos termes choifis réfervez les couleurs
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Pour les grands, pour les rois, et pour les empereurs ;
Et parlez-nous enfin d’une façon fi claire
Que nous puiflions comprendre, et ce, fans commentaire.”
Ce digne Clerc d'Oxford répondit gentiment :
6 Meflire l'Hôte, fuis, l’avoue, en ce moment Sous votre verge ; alors vous dois obéiffance, Autant que la raifon le demande, je penie, Donc vais vous raconter, fans me faire prier, Un conte que j’appris d’un fublime écolier, Quand je dis écolier, mieux voudrait dire maitre, Qu’à Padoue un beau jour, j’eus P’honneur de con-
naître.
I eft mort maintenant, cloué dans le cercueil, Dieu donne à fa grande âme et paix et bon accueil ! Ce maître il fe nommait le lauréat Pétrarque, Ses vers, de l'Italie en ont fait le monarque; Il fut de fon pays le lumineux flambeau, Et comme Linian y fait trôner le Beau !
Mais la mort à nos vœux toujours inexorable, De fa faulx a brifé leur deftin périffable, Nous devons tous mourir, des humains c’eft le fort, Chaque inftant les conduit dans les bras de la mort. Mais pour en revenir à ce cher et digne homme Qui m’a conté ce que je vais vous dire en fomme, I conftruifit d’abord dans un ftyle élevé Un fuperbe fronton avec art achevé, Qu'il impofa fublime à fon vafte édifice, A l'ouvrage en entier il fert de frontifpice. C’eft ainfi qu’il décrit le Piémont, fes abords, Le pays de Saluce, en montrant les tréfors, Et puis les Appennins aux cimes gigantefques,
ne
De leur front déchirant des cieux les arabefques, Le Mont Véfule aufi d’où prefqu’ incognito Doucettement bruït ce grand fleuve le Pô,
Qui toujours s’augmentant s’en va jufqu’à Venife A travers des vallons que fon eau fertilife.
Tout cela, m’eft avis, eft quelque peu longuet, Maïs il avait befoin, cela parait notoire,
Par ces quelques détours, d’amener fon fujet ; Au furplus mes feigneurs, oyez, voici l’hiftoire.”
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