‹ Contes de CantorberyChapitre 33 sur 38 · D EE · texte numérisé non relu

D EE

Pour le bonheur du genre humain, Et pour fortir l’homme d’un mauvais rêve, Le Créateur fit Eve,

Prouvant par là ce que je dis Que de l’homme la femme eft le vrai paradis.

La femme eft tellement modefte, obéiffante !

Toujours égale, elle eft d’une humeur fi conftante ! Qu’en un même volume ils font ces deux époux! Comment ne feraient-ils pas heureux vertuchoux! ..

Une femme! ah! Sainte Marie Comment un homme, je vous prie, Qui pofsède une femme a-t-il chance jamais Tomber dans le malheur ? . . je ne faurais le dire. La joie ou plutôt le délire Qui font de deux époux rien qu’un feul cœur en paix Qui pourrait les narrer? Eft-il pauvre cet homme ? Vite la femme l’aide, elle garde fon bien, En tout fait fon vouloir en fomme, Et jamais ne gafpille rien.

O bienheureux état ! .. Précieux mariage !

Si gai! fi vertueux ! fi louable! fi fage !

Chaque homme qui s’eftime un peu plus qu’un poireau Devrait vouloir toujours exifter dans ta peau ; Et remercier Dieu de fa bonne fortune, Si pour fa part il a, femme blonde ou bien brune; Et s’il n’en a pas, par malheur! Prier Dieu d’en donner une enfin à fon cœur.

Car alors, m'’eft avis, fi de la ménagère Les confeils font fuivis, (elle eft toujours fincère !) L'homme peut hardiment vivre en fécurité Sa femme étant pour lui verrou de füreté.

Voilà pourquoi fi tu veux être fage Fais ce que femme veut de toi, dans ton ménage. Vois comment ce Jacob, le moindre Clerc le lit, Si fubrepticement a fu tromper fon père En fuivant les confeils de madame fa mère ;

La peau de chèvre était un trait d’efprit !

Vois Madame Judith, c’eft encor de l’hiftoire, Tout le peuple de Dieu par fon fage confeil,

. Fut fauvé ; la luronne eut l’art de faire boire Holopherne un peu trop, et pendant fon fommeil Elle occit l’imprudent, et non pas de main morte, Et puis de Béthulie alla gagner la porte.

C’eft par le bon confeil encore d’Abigail, Que fut fauvé Nabal, qui n’en fait le détail ? C’eft par Efther aufli que l’oncle Mardochée Aux grandeurs fut admis, et de Dieu la nichée, Le peuple d’Ifrael, délivré des durs maux Que le coupable Aman für lui verfait à flots. Il n’y a nulle chofe au dire de Sénèque Qui plus que femme foit, c’eft un fait pofitif, Outre fa valeur intrinsèque, D'un dégré plus fuperlatif ; Aufli Caton, qui fut un fage, Nous dit : ‘“ Souffre le caquetage De ta femme dans ton ménage ; D’abord elle commandera,

Mais la laiffant un peu faire à fa fantaifie, De fait elle t’obéira

Par courtoifie.”?

Une femme, vois-tu, c’eft le meilleur gardien De ta maïfon, de fon économie ;

Le malade il doit pefter bien Qui n’a de femme mie!

Si tu veux agir fagement Aime ta femme et crânement, Auf bien que le Chrift certe aime fon églife ; Car il faut bien que te le dife, Ta femme et toi font un; on ne haït pas fa chair, C'eft ce que l’homme a de plus cher ; Aime donc et chéris ta femme, Ou ne profpéreras jamais, c'eft certain, dame ! Femme et mari quelque foient les brocards Et les propos malins de certains babillards Prennent le bon chemin parmi les gens du monde, Ils font accoquinés l’un à l’autre ces deux Par tant d’indiflolubles nœuds, Qu'ils réfiftent à tout, honny foit qui les fronde ! Voilà pourquoi ce digne Chevalier Qui, je dois vous le dire, avait pour nom Janvier, A penfé que le mariage Serait un baume à fon vieil âge, Un baume aufli doux que le miel, Et de fes vieux jours l’arc-en-ciel.

Voilà donc qu’un jour il envoie Quérir tous fes amis; fans affeéter de joie, Mais plutôt d’un air trifte, il leur dit: ‘° Mes amis, Regardez-moi, je fuis vieux, je fuis gris, Et prefque (Dieu le fait) fur le bord de la fofle, Et ne ferai bientôt peut-être qu’un * il fut !? I] eft donc très grand temps que penfe à mon falut, Et que ne fafle route fauñle, J'ai gafpillé mon corps bien follement, Mais je veux m’amender et très prochainement

Me marier avec fille d’un âge tendre , … Belle à ravir, vous devez le comprendre.

Pouflez donc à la roue, et hâtez mon hymen, Et qu’il en foit ainfi mes bons amis . ... Amen! Moi je vais reluquer fi je vois quelque chofe De mariable, maïs je n’ofe Efpérer réuflir tout aufli bien que vous ; Pour moi, cherchez donc, entre nous, Maïs tenez-vous pour dit, ne veux une vieillefle, Il me faut au contraire une verte jeunefe, Seize ans au plus, c’eft pofitif, Et point ne veux un plus vieil adjeétif.

Vieux poiflon, jeune chair, voilà moi ce que j’aime. Mieux vaut un brochet à la crême Qu’un brocheton, qu’un filardeau Qu’à peine on peut manger à l'eau.

Mieux vaut quelque jeune veau tendre, Qu'un vieux bœuf qui fait fe défendre" Encore après fa mort fouvent Contre la dent.

Je ne puis donc vouloir une femme de l’âge De trente ans; c’eft trop vieux fourrage ; De veuves n’en veux point, elles font tout firop, Mais pour moi je l’avoue, elles en favent trop. A force de hanter et maïinte et mainte école Un Clerc devient futé ; femmes fur ma parole Qui de maris nombreux ont été les moitiés Sont des Clercs de la tête aux pieds.

Il eft facile d’aventure De guider jeune créature Comme fans peine on peut façonner un joujou Avec la cire, alors que le corps en eft mou.

C’eft pourquoi fongez à ma claufe,

Non je ne veux pas, et pour caufe, Epoufer une vieille, en aucun cas vraiment ; Car ne pouvant trouver avec elle agrément, Je pañlerais ma vie en un long adultère, Et j'irais droit au diable à ma mort, chofe claire. Je n’engendrerais pas des enfants, des Chrétiens ; J'aimerais mieux pourtant donner ma langue aux chiens Que de laïffer aller môn héritage, En dehors de mon parentage.

Je ne doute pas que je ne fache pourquoi L'on doit fe marier, et de plus je fais moi Que maintes gens parlent de mariage Qui n’en favent plus long que n’en faurait mon page, Pour quelle caufe ou bien pour quel emploi Un homme doit prendre une femme quoi!

Que s’il ne peut mener une exiftence chaîte, Il prenne femme avec grande dévotion, Avec elle il aura la procréation Légitime d'enfants ; et cela vaut mieux bafte ! Que par caprice ou par amour Prendre une maïîtrefle d’un jour.

Quand on prend femme dà ce n’eft je vous l’aflure Pour éviter tout-à-fait la luxure, Mais pour payer fa dette à la nature En beaux enfants comptants : ce n’eft, en vérité, .Non plus comme une fœur pourrait aïder fon frère, Pour s’aider à mal faire, Ni vivre entièrement dedans la chafteté.

Dieu merci, Mefleigneurs, je fais ce que puis faire, Tous mes membres font bons, et j’ai le néceflaire, Cela foit dit en 4 parte!

‘6 Je fuis gris, il eft vrai, maïs aux âmes bien nées

La vigueur eft fidèle, et fe rit des années.

Je reffemble, voyez, cela jamais ne nuit A Parbre qui fleurit avant de porter fruit ; Un arbre

En floraifon furtout n’eft certe pas un marbre,

Il n’eft ni froid, ni fec, ni mort,

Il eft plein de sève au contraire ; . Moi je ne me fens gris, en aucune manière, Si mes cheveux le font, mon cœur eft refté fort ; Ainfi que le laurier, j'ai conftante verdure, Et tous mes membres font d’une bonne ftruéture. Maintenant vous favez, mes amis, mon vouloir, Tachez de l’accomplir ; en vous eft mon efpoir !”

A ce difcours faupoudré de jaétance Beaucoup d’avis furent donnés, Des exemples cités pour ou contre la chance D’être maris plus ou moins encornés.

Si qu’à la fin comme il arrive Lorfqu’ entre amis la controverfe eft vive, Une difcuflion s’engagea fubito De Janvier entre les deux frères, Dont l’un fe nommait Placebo, L'autre Juftin ; tous deux étaient d’avis contraires.

Placebo dit : “ O mon frère! 6 Janvier !

Vous aviez peu befoin, croyez-le, Chevalier, De demander confeil en cette circonftance À nul ici préfent ; mais plein de fapience Sachant de Salomon le diéton familier, Vous avez mieux aimé, tant avez de prudence, Suivre de ce grand roi le précepte en entier. En effet Salomon dit que dans toute chofe

D'un bon confeil il faut pour le moins fe munir, Si l’on ne veut fe repentir.

Or contre ce diéton je n’entre pas en caufe, Mais bien que Salomon ait dit cela, d’honneur, Votre propre confeil le tiens pour le meilleur. Apprenez de moi, mon cher frère, Que j'ai paflé ma vie entière A la cour, et vécu parmi les grands feigneurs ; Avec eux n’eus jamais de débats chamailleurs, Ne les contrariai jamais, j’ofe le dire, Je fais trop bien que Monfeigneur En fait plus long que moi; ce qu’il dit je l’admire, Et fuis toujours fon ferviteur.

Bien fou le confeiller qui dans fon arrogance De fon maître et feigneur croit furpañler l’efprit, Les feigneurs ne font pas ce qu'un vain peuple penfe, Ce ne font pas des fots, foit dit à leur crédit. Vous parlâtes fi bien tout-à-l’heure, mon frère, Si faintement aufli, que ne faurais m’en taire Je me range en entier à votre opinion ; Par Dieu! dans cette ville, et même en Italie, Perfonne n’eut dit mieux, ici je le publie, Et le Chrift même y donne adhéfion.

Moi je dis et foutiens qu’il montre un grand courage L’homme qui déjà riche d’âge Prend jeune femme, et s’en fait l’époufeur ; À bien joyeufe humeur il accroche fon cœur!

Faïtes mon frère en cette grande affaire

Ce qui vous plaît le mieux, vous êtes für de plaire A Placebo !”

Juftin qui dans un coin bien foigneux de fe.taire Etait refté muet comme un zéro,

Répondit de cette manière :

‘6 Soyez patient maintenant Que vous avez parlé, mon frère, Et m’écoutez incontinent.

Parmi plus d’un fage aphorifme, Sénèque dit, ce n’eft point un fophifme, Qu’un homme doit à deux fois regarder S’il ne veut pas récolter des tempêtes Avant de confier fon bétail à garder, Ses terres ou fes biens, fi les mains font honnêtes. Or, c’eft bien pis ma foi que de donner fon corps, Et de gaité de cœur fe créer des remords.

Ce n'eft pas jeu d’enfant que jeu de mariage, Et brufquer un hymen, ce n’eft pas du tout fage. Avant de prendre femme, à moins que d’être fou, Il faut donc avifer fi c’eft un vrai bijou, Si c’eft or, fimilor, du clinquant, de l’ordure, Enfin fi bonne eft fa nature ; Je fais qu’on ne peut pas compter fur un phœnix, Que la perfection eft à l’état d’onix, Mais des femmes avant de brufquer les conquêtes, Faut-il un temps donné pour aller aux enquêtes, Dieu qui fait tout, fait bien que verfai plus d’un pleur Depuis que d’une femme ai captivé le cœur.

De l’homme marié vante qui veut la vie!

Moi je n’y trouve rien qui foit objet d’envie ; Mais fouci, maïs dépenfe, un refpeét impoñteur, Un joug enfin privé de tout bonheur.

Cependant mes voifins et furtout mes voifines Difent que ma femme eft la rofe fans épines, Mais moi je fais fort bien où me blefle le bât, Et malgré les ‘ on dit” ne mords point à l’appât.

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A votre tête donc faites monfieur mon frère, Cela ne me regarde en aucune manière, Vous êtes homme d’âge, à vous donc d’avifer Avant d'entrer en mariage, Afin de ne pas vous bloufer, Surtout fi prenez femme à jeune et beau plumage. Par Celui qui créa l’air, la terre et le feu, Le plus jeune de nous a ma foi fort à faire De garder pour lui feul fa femme de par Dieu | Croyez cela, mon très cher frère :

—Votre fillette ayant feize printemps Vous ne pourrez la contenter . . .. trois ans, C’eft moi qui vous le dis ; car une femme exige Des devoirs réguliers qu’il faut qu’on ne néglige : Je vous aï dit ce que je crois la vérité, Frère, ne m’en voulez de ma fincérité !”

‘ Eh bien!” dit ce Janvier, “* foin de Monfieur Sénèque Et de fes fots difcours ; ma foi, je me rebéque Contre tous les pédants ; de plus fages que toi, Et dont, dans mon efprit l’opinion fait loi, Regardent mon projet comme fort raifonnable, Qu'en dis-tu Placebo ?*’—° Je dis qu'on eft coupable,” Répondit Placebo, ‘ quand de gaité de cœur, De l’hymen on fe fait fans pitié le frondeur.” Sur ce mot un chacun fe lève, Difant à ce Janvier: “ Prenez, mon cher, une Eve!”

L’imagination ce fantôme éveillé, De ce Janvier tint l’œil écarquillé, Et le jour et la nuit, touchant ce mariage ; Mainte taille jolie, et maint charmant vifage Traverfaient tour-à-tour les replis de fon cœur,

Den RD RÉ OS RS ÈS Se RS

Lui fouriant, lui promettant bonheur, De même que celui qui près de fa fenêtre Placerait un miroir afin de mieux connaître Les gentils minois du quartier, De la même façon ce digne Chevalier Dans fon efprit fe créait un mirage De chaque jeune et frais vifage, Qui faifait naître en lui défir particulier, Sans ofer faire un choix : l’une avait la figure Fort à fon goût, mais l’autre avait meilleur renom, L’une était riche, mais on difait d’aventure Que fon cœur avait eu fon Chriftophe Colomb.

À la fin cependant, fa patience lafle D'une auf rude et difficile chañle, Lui fit pofer fon choix fur un certain objet Qui lui parut devoir être fon fait, T'ant cette jeune fille il la trouvait accorte. Aux autres, de fon cœur, donc il ferma la porte ; Et quand il était dans fon lit, On fait que l’amour n’y voit goutte, De fon baldaquin fous la voûte, H repañait dans fon efprit Sa fraîcheur, fon joli vifage, Ses bras minces et longs, le duvet de fon âge, Et grand nombre d” et cætera, De la Beauté #ec plas altra.

Sa réfolution une fois étant prife, Il envoya querir à nouveau fes amis, Non pour les confulter, il eut trouvé fottife Tout avis qui n’eut pas été fon propre avis, Mais pour les avertir en mafle, Qu'il guignait le gibier but ardent de fa chafle.

Placebo vint bientôt aïnfi que fes amis ; Ce Janvier les pria chacun et tous, en grâce, Sitôt entrés en fon logis, De ne pas l’ennuyer de propos hors de place ; Sa réfolution était prife morbleu, Et de plus agréable à Dieu.

I] dit qu’il était par la ville Miracle de beauté, certaine jeune fille, Qui ferait fon affaire, et qu’il couvait de l’œil, Elle était d’un rang humble, il en faifait fon deuil ; Sa beauté, fa jeuneffe Valaient bien mieux que le rang, la richeffe ; Pour femme il la voulait ; c’était point arrêté, Son immuable volonté : .

En concluant fa parlerie, << Maintenant, mes amis,” leur dit-il, “ je vous prie, Aidez-moi donc, aflurez mon fuccès, Et je vivrai tranquille après, Car alors rien,” dit-il, “° ne pourra me déplaire, Sauf une chofe qui me chiffonne l’efprit, Me taquine, fouvent même me défefpère, Et toujours me caufe dépit.

Il y a bien long-temps je me fuis laiflé dire u’aucun homme ne peut, qu’il foit ferf ou Mefire Pofléder deux bonheurs parfaits, tous deux égaux, L'un dans le ciel, et l’autre fur la terre; Car bien que comme d’une pierre, Il fe gare avec foin des péchés capitaux, Cependant dans le mariage Se trouve un tel repos, un fi grand avantage, Que je fuis effrayé quand je fonge ici bas Que je vais mener à mon âge

Erxiftence fi douce, exempte de tracas, De faire mon ciel fur la terre :

Car puifque le vrai ciel coûte à gagner fi cher Qu'y conduit, dit-on, la misère, La douleur ineffable, ou le chagrin amer, Comment, moi qui vais vivre en fi grande plaifance, Ainfi que font tous les maris Avec leurs femmes dà, pourrai-je avoir la chance D’aller vifager Chrift à haut en Paradis ?

Mes deux frères voilà ma crainte, À cette queftion, répondez-moi fans feinte.”

Juftin, qui déteftait fon aberration,

De fuite répondit à linvitation,

Et d’être bref fous le prétexte, Crut pouvoir fe pañler de citer aucun texte ; Mais dit: “ Seigneur mon frère, il fe peut bien que

Dans fa grande miféricorde, [Dieu, Avant qu’à vos foyers vous n’ayez dit adieu, Laifle en votre logis fe glifler la difcorde,

Et de ce monde avant que de partir,

A temps par bonté vous accorde

La grâce de vous repentir.

Pour l’homme marié Dieu certes n’eft fevère

Plus que pour le célibataire. Donc le meilleur confeil que vous puiffe infiltrer,

C'eft de ne pas défefpérer, Mais d’avoir dans Pefprit, et toujours en mémoire Que cette femme dont aimez à vous parer, Peut-être ne fera que votre purgatoire,

Que l’inftrument, et que le fouet de Dieu.

Votre âme alors fitôt que vous deviendrez fez S’en ira d’un feul bond au ciel faire une brèche Plus vite que de l'arc ne fort jamais la flèche.

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J'ai Pefpoir que plus tard vous apprendrez par vous Qu’avec la qualité d’époux, On ne moiflonne pas félicité fi grande, Que vrai, de fon falut, on rifque la guirlande ; Pourvu que vous ufiez, mon très cher Chevalier, Ainf que la raifon d’ailleurs vous le commande, Modérément, et non comme un affreux bélier, Des défirs fenfuels de votre jeune femme, Et qu’amoureufement, je le dis, fur mon âme, Vous n’alliez pas lui plaire trop En courant au galop, au galop, au galop, Et que vous gariez de péchés d’importance, Sans contredit, oui, vous aurez la chance D’aller un jour en Paradis.

J'ai fini mon fermon; reftez en paix, mon frère, Je ne faurais parler plus long-temps fur l’affaire. La commère de Bath, fi vous avez compris Ce que parler veut dire, en fort petit efpace A dit crânement fon avis; Ainf donc, maintenant, Dieu vous ait en fa grâce !”?

Sur ce, Juftin, qui plus eft Placebo,

Ont pris congé tous deux ; enfin quand ;# perto Ils virent que Janvier voulait, voulait fans cefe Etre mari malgré . . .. tous deux, avec adreñle, Firent tant et fi bien que la gente Maïa

De ce Janvier le bel acacia,

Quoique peut-être au fond contrariée,

Fut au dit Janvier mariée. —

Si vous analyfais chaque écrit ou contrat Par lefquels Maïa fut faite maîtrefle fixe De fes terres et biens, je ferais trop prolixe ; Elle fut, croyez-le, bien arranger fon bât :

Et fi vous narrais fa toilette,

Trop faible pour cela ferait mon épithète ;

Il me fuffit de dire enfin qu’advint le jour, Ou pour avoir brevet d’amour, Tous deux allèrent à l’églife, Pour légalifer leur emprife.

Vint le prêtre une étole au cou, Qui de l’hymen riva le clou.

À l’époufe il prefcrit d’être en fon mariage, Comme Rebecca douce et fage,

Puis ayant marmotté les prières d’ufage,

Tous deux il les envoie et fans plus d’examen,

Au Dieu d’hymen, Amen!

Ainfi donc font leurs époufailles.

Au feftin gros de viétuailles, Tous deux ils s’affeoient fous le dais.

De joie et de bonheur eft rempli le palais, Et quand à la mufique Elle eft, on peut le dire, unique, Car elle dame le pion Au grand Orphée, au divin Amphion :

A chaque entrée il vient fi bruyante fanfare, Que ni Joab, non plus Theodamas Ne firent fi beau tintamarre Ne firent un pareil fracas.

Bacchus leur fert le vin qui circule à la ronde, Et Vénus qui connait fon monde Sourit à tous ; tandis que ce Janvier, S’improvifant fon chevalier, Libre encor dans le mariage, Danfe devant Maïa, pour rajeunir fon âge.

Je le dis, entre nous, on ne vit fous les cieux Onc un époux aufli joyeux.

Poète Martian dont la joyeufe plume Nous a légué le fouvenir pofthume Des noces de ces deux amants, L’un defquels fe nommait Mercure, L'autre Philologie, et qui, bien en mefure, Chantèrent virelais charmants, T'ais-toi, mon cher, ton favoir eft trop mince Pour décrire un feftin digne en tout d’un grand prince. Quand la jeunefle unit fes doux, fes frais appas Au vieil hiver, à {es triftes frimas, Il y a je ne fais dans l’air quelle allégreffe, La nature parait fe pâmer de lieffe ; = Marier la neige à l’été, Vous riez, malgré vous de cette abfurdité !

Maïa, figurez-vous, eft gentiment aflfe, Avec un air fi bienveillant, fi doux, Que c’eft plaïfir à voir ; fa figure eft exquife, Jamais la Reine Efther fur le Roi fon époux Ne laiffa tomber œil plus tendre, Et qu’eft-ce que la voir pour qui pouvait Pentendre ? De fes beautés n’entreprendrai l’effai, Mais dirai feulement, fi vous voulez l’apprendre, Elle était belle comme un beau matin de Mai.

En extafe tombait ce Janvier, d’aventure, Chaque fois qu’il voyait fa grâce, fa figure, Puis il fe difait à part foi, Cette nuit ces tréfors ils feront tous à moi; Je l'aurai dans mes bras, et dans plus vive étreinte Que Paris n’eût Hélène, et n’aurai pas la crainte En mes ébats,

D’être troublé par aucun Ménélas !

I] fe difait encore : “* O tendre créature, Puifles-tu fupporter fans trop grande bleflure Mon appétit pour toi; mais que me garde Dieu Pour te vaincre, 6 cher cœur, en cette conjonéture De mettre contre toi tout mon pouvoir en jeu. Qu'elle tarde à venir cette nuit défirée, Qui, las ! n’aura jamais aflez longue durée ! Et que ces gens font ennuyeux, De ne pas s’en aller coucher chacun chez eux !” Il profite à la fin d’un moment favorable Pour engager fon monde à fe lever de table, Mettant pour ce faire un efprit Jufqu’ alors inédit !

Alors voilà qu’on danfe, auf que l’on boit ferme ;

Du plaifir tous fentent le germe,

Oui tous, hormis certain Damien

Qui bifquait, non pas peu, mais bien.

Ce Damien écuyer tranchant de notre fire Pour la douce Maïa s’était pris de délire,

Il en était prefque fou de douleur,

Tant cette pañlion lui labourait le cœur.

Il s'en va fe coucher, car fon ardeur eft vaine,

Et gémir tout bas fon malheur ; Laiflons le fur fa couche épandre plus d’un pleur, Jufqu’à ce que Maïa prenne en pitié fa peine.

O volcanique feu dans la paille d’un lit.

Qui trouve ton Etna, feu périlleux, maudit !

Faux varlet de maïfon, 6 traître domeftique, Vil afpic qu'on réchauffe, et dont le dard vous pique!

Créature fans foi ni loi, Dieu nous garde toujours de ta langue impudique !

O Janvier ! fi rempli d’émoi, Si confit de bonheur par ce doux mariage, Vois comme ton Damien, c’eft ton propre écuyer Amafñfe fur ta tête un gros vilain nuage, Dieu te tienne en éveil, ô digne Chevalier !

Car en ce monde il n’eft de pire peñte Qu’un ennemi caché qui tient à notre vefte.

Le foleil, comme on dit, eft allé fe coucher, La nuit, au manteau rude et fombre, Sur le mont et fur le clocher, À pas de loup étend fon ombre.

Voilà pourquoi les convives joyeux, A cheval très gaiement s’en retournent chez eux, Les uns au grand galop, et les autres à l’amble, Puis ils font un chacun,—tout ce que bon leur femble. Bientôt après, ce Janvier fi preflé, Voulut faire dodo ;—<c'’était ma foi fenfe !

Il but de l’hypocras, puis du vin de vernage Pour un hymen alors vin très fort en ufage, Le tout pour augmenter fes défirs, fa vertu, Puis encor maint éleétuaire, Tel que Dom Conftantin in Re “* de coitu,” Le recommande à tous ce très pudique frère ; Et dit à fes meilleurs amis ‘6 Pour l’amour du bon Dieu fans trop leur chercher noife, Mais en leur donnant bons avis, Renvoyez-moi ces gens d’une façon courtoife, Et faites vider la maïfon.” Or fes amis ont fait felon fon oraïfon.

On boit, et puis bientôt dans la chambre voifine Pafle la mariée ; on tire la courtine ; Enfin la voilà dans le lit Qui fait fon introit ! | Le prêtre a béni tout; pour lors chaque convive Aux deux époux a dit; ‘° Que vous protège Dieu Adieu !”

L’impatient Janvier que cet adieu ravive, Vivement a pris dans fes bras Maïa, fon paradis, fa fleur, fon frais lilas, Il l’embrafle, il la berce, il la berce, il l’embrafle, Et de fa rude barbe il ne lui fait pas grâce, Car notre digne Chevalier Avait barbe velue autant que fanglier ; N'importe il frotte avec, fon tendre et frais vifage, Lui tenant tout bas ce langage : | se Je vais vous faire offen(e, et certes grandement, Mais pour avoir l'effet il faut vouloir la caufe, Puis confidérez une chofe :

Aucun fculpteur ne peut affurément Faire un travail exquis s’il travaille à la hâte, Souventefois il faut que la main à la pâte Il façonne les traits d’un portrait ebauché, Avant que ce portrait ne devienne Pfyché; Puis pour produire un bel ouvrage, I] lui faut avec foin s’occuper du moulage ; Bref, mon très cher amour, Maïa, mon beau bijou, Il n'importe le temps que nous ferons joujou, Nous fommes accouplés au joug du mariage, … Occupons-nous tous deux de notre labourage, Nous en avons le droit; et du matin au foir Perfonne ne peut y rien voir.

La loi pour toujours nous raflemble,

La loi nous autorife à nous ébattre enfemble, Vivent la loi, ma femme et moi!

Nul ne peut fe blefler avec fon couteau. ... quoi!??

Donc à bien labourer fon champ ce Janvier vife, Et s’en donne à cœur joie, à tel point qu’il s’épuife, Si qu’aufitôt qu’advint le jour

Sur fon féant il fe met pour Manger un peu de pain trempé dans un breuvage Epicé, qui dit-on, donne cœur à l’ouvrage ; Puis fe met à chanter d’une ftridente voix Comme un coq enrhumé : “ Tu règnes, fur mon âme, Chère Maïa !” puis embraffe fa femme ; Folâtre, encor qu’un peu pantois, Comme un poulain ; bavard comme une pie Qui tout en jacaffant croit faire une œuvre pie. Quand il chante, notez comme chante un matou, Sa peau tremblotte flafque autour de fon vieux cou. Maïa ne le trouva pas beaucoup à fa guife, Alors qu’elle le vit drapé dans fa chemife, Avec bonnet de nuit, barbe de fapajou ; Et ne crois pas qu’elle fut bien éprife De la façon dont il faifait joujou.

Lors il dit ce Janvier : ‘ Maïa, le jour commence, Je vais me repofer, je ne puis plus veiller.” Et puis après cette fentence Il fe laiffa tomber fur l’oreiller, Et dormit jufques à fept heures.

L’aurore était déjà bien loin de fes demeures Lorfqu’il fe leva ce Janvier ; Mais la fraîche Maïa, femme du Chevalier, Dâût pendant quatre jours après le mariage,

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