‹ Contes de Charles NodierChapitre 11 sur 59 · BAPT1S1 E MON III BAK · texte numérisé non relu

BAPT1S1 E MON III BAK

ailes et vous les faites souffrir ! Vous n'aurez plus de nies oiseaux. L'espril de Dieu esl dans l'oisillon qui vole. Il n'est pas dans le cruel enfant qui le garotte, qui le mutile, qui le tue et (|ui le mange. Vous êtes une race méi bante, el les p iiis oiseaux du ciel sont mes frères.

Et Baptiste reprit sa course au milieu des éclats de rire de ces misérables enfants, qui s'étonnoient sans doute de le trouver tous les jours plus stupide el plus insensé!

Je les aurais volontiers frappés, car je ne ponvois me défendre d'aimer Bâti de plus en plus.

Quand nous fûmes arrivée à la Bée d'Ain, Baptiste s'arrêta comme si une barrière de fer s'étoit opposée à son passage; il recula même de quelques pas, et se retourna du côté de la forêt en appelant ses oiseaux.

— Oh! oh! dit-il, où êtes-vous, les jolis, les mignons, les bîen-aimésj... Où êtes-vous, les jeunes serines du taillis? où êtes-vous, Rosette! <>u êtes-vous, Finette? Faut-il croire que vous ne m'aimiez plus, ingrates que vous êtes, el plus mauvaises que des femmes, si le hibou ne vous a mangées 1 Venez, petites, \< ■ne/, mes belles! j'ai des maris ii vous donner, deux serins verts d'une couvée I... — Tenez, continua-t-il en jetant sur le gazon sa toque polonoise, qui laissa ses grands i heveux blonds se répandre sur ses épaules; donne/, là-dedans, mes lilles, sans rien > raindre des bommes, des oiseleurs et des serpents, car je veille sur vous connue une mère sur ses petits.

rendant qu'il parloit ainsi, je m'étois un peu plus avancé. Je plongeois mes yeux dans cette belle eau si claire et si limpide qui baigne , mon cher Jura , le pied des nobles montagnes ([ni font ta gloire, et où il n'y a de trop que des villes el des habitants ! L'Ain est un autre ciel dont l'azur n'a rien à emier a celui où nagent les soleils, et le Ximave peut-être est seul digne de lui être comparé sur la terre.

I.e langage de Baptiste me tira de ma contemplation. Je m'approchai de sa toque à pas timides et suspendus, mais en sourianl intérieurement à ma crédulité. — Les

petites serines \ êtoienl cependant. Elles s'accroupirent en se pressant l'une contre l'antre, hérissèrent et dressèrent leurs plumes pour s'en mieux couvrir, comme la phalange en tortue qui se cache sous ses houe bris , et laissèrent à peine briller au dehors un d'il inquiet qu'elles auraient bien voulu rendre menaçant, .le n'ai pas besoin de vous dire que je me relirai soudainement pour ne pas les effrayer

davantage.

— Quoique votre chasse, dis-je à Baptiste, me paroisse heureuse et complète, il

est probable que nous ne rel une/ pas ce malin à la Maison-Manche des '

Voire mère vous a recommandé de l'exercice, et j'espère encore vous trouver eu

revenant, in tout cas, j'ai assez bien remarqué mon chemin pour ne pas m'j tromper, et je serais lâché de vus i eteuir u i contre votre gré. Mais . si je ne dois pas vous revoir, Baptiste, j'aurais du regrel de vous avoir quitté sans vous laisser quelque souvenir de mou amitié. Gardez en mémoire de moi cette montre d'argent, si vous

n'aimez mieux une double pièce d'or pour acheter quelque chose qui vous convienne davantage. — Et ne nie refusez pas !

— Une montre! dit l'innocent en me prenant la main... Croyez-vous donc que le soleil s'éteigne aujourd'hui ? — De l'or ? ma mère en a encore pour nos pauvres. Que saurois-je en faire au milieu de mes oiseaux?

— Vous n'avez donc rien à désirer, Baptiste?...

— Rien, car ma mère ne m'a rien refusé... Si ce n'est un méchant couteau!... Cette idée me glaça le sang. Je me rappelai ce que m'avoit dit sa mère.

— Dieu me garde, Baptiste, de vous donner un couteau. Ma bonne nourrice, qui vit encore, m'a répété cent fois que ce triste cadeau coupoit les attachements. — Et d'ailleurs, les gens tels que vous et moi, mon ami, ne portent pas de couteau... Je ne me suis jamais muni de cette arme de l'homme carnassier, du boucher et de l'assassin.

Baptiste se rassit à côté de sa toque polonoise , et se remit à parler à ses serines.

Je l'observois un moment avant de poursuivre ma route, quand je m'entendis nommer par un groupe de cavaliers qui la suivoient dans la direction même que j'allois prendre.

— Maxime ici, dirent-ils, Maxime au bord des eaux bleues de l'Ain! Que le ciel en soit loué! Mais arrive donc! les amis de Dtibourg ne doivent pas manquer à la bénédiction nuptiale de sa belle Rosalie, et il est déjà plus de midi!...

• — Malheureux ! pensai-je, et d'abord je ne répondis pas. Baptiste m'occupoit trop. Il avoit en effet tourné sur eux des yeux fixes, mais sans expression déterminée. J'attendis : je crus le voir sourire, et puis revenir à ses oiseaux. Je me flattai qu'il n'avoit pas entendu ou qu'il n'avoit pas compris, et je me joignis à mes nouveaux compagnons de voyage , sans le perdre tout à fait de vue. Il paroissoit tranquille.

La noce fut gaie connue une noce. Les hommes n'ont jamais l'air si heureux que le jour où ils abdiquent leur liberté. Rosalie étoit charmante, plus charmante que je ne me l'élois faite, mais plus soucieuse encore que ne l'est ordinairement une jeune fille qui se marie. Son âme entretènoit sans doute un souvenir vague de ces beaux jours de l'enfance où elle avoit dû rêver d'autres amours et un autre époux. J'en ressentis un secret plaisir!...

Quant au marié, c'éioit le type complet du gendre de convenance dont les familles se glorifient; c'est-à-dire un grand garçon d'une constituiion forle qu'aucune émotion n'avoit jamais altérée ; doué de celte assurance imperturbable que beaucoup de fortune et un peu d'usage donnent aux sots; parlant haut, parlant longtemps, parlai. t de tout, riant de ce qu'il disoit , forçant les autres à prendre part en dépit d'eux à la satisfaction qu'il avoit de lui-même; gros industriel, teint superficiellement de physique, de chimie, de jurisprudence, de politique, de statistique et de plirénologie ; éligiblc par droit de patente et de capacité foncière; du reste, libéral, classique,

BAPTISTE MONTAUBAN

philanthrope, matérialiste, et le meilleur fils du monde; — un homme insupportable!

Je partis aussitôt que j'en fus le maître, dissimulant adroitement mon évasion à travers la confusion des plaisirs et des fêtes. J'émis pressé de revoir Baptiste.

Lorsque j'arrivai à la pointe du bois , près de l'endroit où la liée de l'Ain s'enfonce profondément dans les terres, je fus un moment surpris de voir la rivière parcourue par quelques petites barques fort agiles que je n'avois pus remarquées le matin. Je supposai qu'elles appartenoient à des gens du canton qui s'effbrçoient d'approvisionner Château-Dubourg pour les festins du soir et du lendemain. Tout à coup les barques se rapprochèrent, les paysans descendirent, et un groupe assez épais se forma autour de quelque chose. Je ne suis pas curieux. Je ne sais pourquoi je courus.

— C'est bien lui, murmurait un vieux pécheur, c'est le pauvre innocent au\ rouges guêtres, c'est le garçon à la mère Montauban, qui se sera nové en poursuivant une hirondelle; au vol, sans se rappeler que la rivière fût là; — s'il ne l'a fait d'intention, ce que Dieu veuille épargner à son âme! li.iti , le bon, l'honnête liàli! regardez ce qu'il est devenu ! Le malheureux enfant ne me demandera plus de couteau !

— Attendez, attendez, dis-je en reprenant le sentiment <t la pensée, el en me précipitant vers le cadavre... Il n'est peut-être pas encore mort !...

— .Mais comment voulez-vous, mon brave jeune homme, repartit un autre pêcheur, qu'il ne soit pas encore mort, puisque c'est un de nos petits qui éloil où nous sommes, el qui a vu de loin quelqu'un se jeter dans l'Ain, à l'instant où la cavalcade des amis de M. Dubourg a commencé à déborder la pointe du bois. Nous sommes venus aux cris du petit, nous avons mis sept heures a chercher l'homme, el voila que nous le trouvons. Alors il est morl ! el il n'esl que trop mort à toujours!...

— Quel bonheur! s'écria un joli petit garçon d'une dizaine d'annéesen s'élançant dans le bois. — Je sais, moi, où il a laissé sa toque polonoise, qui est toute pleine,

Comme un nid, déjeunes serines vertes!...

J'ai repassé depuis dans le pays. Je n'ai pu obtenir aucun renseignement sur la mère de Baptiste; il faul qu'elle soil morte ou retournée dans son village.

La .Maison des lîois a changé de foi nie. Bile est devenu fort mande, l'oit peuplée et fort bruyante, vussi les petits oiseaux n'j viennent plus; ils s'en gardent bien. Le gendre de M. Dubourg \ a établi une école (renseignement mutuel, où les enfants apprennent à s'envier, à se haïr réciproquement, el | >i i i- ii lire el à écrire, c'esl 1dire tout ce qui leur manquoil pour être de détestables créatures. C'esl i fer.

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