‹ Contes de Charles NodierChapitre 19 sur 59 · I \ FÉE AI \ MU. I I ES · texte numérisé non relu

I \ FÉE AI \ MU. I I ES

dans le sommeil du malin, mes yeux n'éloient pas clos que je pêchois encon princesses plus bi Iles que les angi s, aux grèves du monl Saint-Mi

Quelque chose de surprenant que je ne «loi-- pas ooJSïlre, c'esl qu'il n'j en avoil l>as une qui ne me rappelai plus < • ■ i moins les trails de la Fée aux M • rides el ses longues dents.

I ,'ililé des voyages lointa

Je me levai tout disposé à me mettre en te pour Ponlorsou, mais je ne voulus

pas partir sans chercher une dernière fois au |>ort quclqui gnements sur la

destinée de mi s parents , donl je n'avois rien appris, el sans voir en même tem| s si

mes ;miis avoient la mer favorable p leur petite expédition. Nos caboteurs Gloienl

lestement par un joli venl frais, el je prenois plaisir à les suivre du regard dans un horizon riant où il n'\ avoil pas l'apparence du moindre main, quand je crus reconnoîlre à quelques pas de moi un honnête marin qui étoit parti comme pilote sur le bâtiment de mon oncle tadré.

— Ksi -ci' bien vous, maître Matthieu, m'écriai-je, el quelles nouvelles m'apportez-vous?...

— Aucune qui suit l> ie, me répondit-il tristement . el c'est ce qui me retenoil

de voue en faire part, quoique je fusse de retour à Granville depuis trois jours.

— .Mon Dieu, ayez pitié de moi, dis-je les larmes aux yeux, mon pauvre oncli mort 1

— Rassurez-vous, bon Michel ! votre ourle n'est pas mort, mais il vaudrait toul auiant, car il est devenu fou , le cher homme, el si fou qu'on ne \it jamais folie pareille ii la sienne !

— Expliquez vous, yatlbieu...

— Imaginez-vous, monsieur, qu'après dix-huit mois de vo ireux el lucra*

tifs, un jour que nous étions arrives — Mais je ne saurais v.>us dire en véi ité a

quelle hauteur nous nous trouvions

— Épargnez-moi ces détails munies Expliquez-vous, je le ré|

— Soit, monsieur. \ peine avions nous débarqué sur un beau sable, mèh comme à dessein de petits coquillages de toutes les couleurs, dans une ile dont aucun itinéraire n'a fait mention, je le certifie, depuis le jour où la navigation est en usage, que voire onde s'enfonça . d'un air satisfait cl délibéré . à travers di s bois délicieux qui « Minent une des baies les plus magnifiques du inonde. . .

— lit il ne revint pas

— Il revint le soir, ingambe, joyeux, cl comme rajeuni, si je ne me trompe, de quelques bonnes années; et après nous avoir réunis : J'ai trouvé ce que jecherebois, dit-il eu se frottant les mains, et mon voyage est fini; à cette heure, enfants, vous avez bonne aiguade et vivres frais qui dureront sans inalenconlre jusqu'aux eaux de la Manche, où le ciel vous conduise; je donne à l'équipage le bâtiment avec ses gréements neufs et sa riche cargaison , moyennant que vous ayez regagné le port de Granville avant la Saint-Michel...

— Prenez garde , Matthieu , je tremble de vous entendre ! Qn'avez-vous fait de votre capitaine ?

— Monsieur, repartit Matthieu d'un ton calme et sévère , je suis porteur de cette donation écrite en forme , et il convient si peu à l'équipage de s'en prévaloir, qu'il a décidé d'un commun accord de vous rendre une propriété que nous ne pouvons regarder comme la nôtre , quoique nous ayons rempli toutes les conditions qui nous étoient imposées pour l'acquérir; mais j'ai commencé par vous dire que le capitaine étoit fou, et que ses actes nous paroissoient nuls en bonne justice.

— Qui vous le prouve, Matthieu? rcpiis-je avec force. Mon oncle étoit maître de sa fortune , et ii ne pouvoit mieux en disposer qu'en faveur de ses vieux camarades de mer. Ce qu'il vous a donné est à vous , et loin d'avoir fait en cela preuve de folie , il a très-sagement agi, puisqu'il savoit que l'éducation dont je suis redevable à ses bienfaits me met en état de me passer des ressources que son vaisseau in' aurait rendues , tandis qu'elles ne seront pas inutiles à soulager la vieillesse et les fatigues de vos camarades.

— C'est précisément ce qu'il nous dit, interrompit Matthieu, quand nous nous empressâmes de faire valoir vos droits et l'incertitude de votre position. D'ailleurs, ajouta-t-il dans son délire , dont vous ne douterez plus , mon neveu a usé de ses économies en faveur de la Fée aux Miettes, et, s'il n'est pas content de son sort, qu'il épouse la Fée aux Miettes ! Après quoi , il nous quitta en éclatant de rire.

— Voilà qui est extraordinaire , dis-jc à demi-voix en laissant retomber ma tète sur ma poitrine.

— C'est ce que nous avons pensé ; mais , quelque chose de plus extraordinaire encore , c'est qu'eu cherchant à pénétrer le mystère de sa folie, nous avons appris que le bon vieillard se croit surintendant des palais d'une princesse Belkiss, qui règne, suivant lui , sur ces parages depuis je ne sais combien de milliers d'années , et dont son frère caçlet , votre père, feu Robert, d'honorable mémoire, commande en chef toutes les forces maritimes.

— Cela n'est pas possible , Matthieu; et c'est vous qui êtes fou d'oser soutenir des choses pareilles. La princesse Belkiss, qui pourroit bien avoir en effet l'âge que vous dites , se trouve à Granville de sa personne, et je puis même attester qu'elle a passé la dernière nuit sous le porche de l'église.

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