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ne s'est ouverte aux clartés des cieux , que la mandragore qui chante s'épanouirait fraîche et vermeille sous tes doigts, si tu n'as cessé de m'aimer, et te répéterait sur
un mode inconnu de la terre ce refrain de ton enfance :
C'est moi. c'est moi, c'est n Je suis la Uandi a La fille des beaux jours qu
Et qui chante poui
Alors tu n'auras plus à te soucier, notre destinée sera complète, et nous ne tarderons pas à nous revoir.
— Attendez, dis-je à la Fée aux Miettes, qui se disposoit à gagner son appartement, selon l'usage, après cette allocution; je ne tous ai jamais contrariée sur les petits arrangements de notre ménage, depuis que tous nous séparez tous les soirs par une porte si hermétiquement close que je ne croirais pas perdre au change en donnant l'île de Man pour enrichir nies ateliers de l'ouvrier qui l'a faite Aujourd'hui c'est autre chose. Je vous quitte pour longtemps peut-être . et je vous quitte abattue et souffrante : c'est vous qui nie l'avez dit. L'heure de mou départ sonnera longtemps avant votre réveil, et je partirais malheureux si je m'éloignois do vous inquiet de votre santé, sans avoir reçu votre baiser d'adieu et votre bénédiction. No fermez pas cette porte, Fée aux Miettes; j'ai hesoin de vous entendre respirer, et de [Rendormir, assuré du calme de votre sommeil.
La porte resta ouverte, et bien m'en prit, car l'inquiétude qui m'obsédoil m'empêcha de m'assoupir. l'eu de minutes s'écouloient que je ne descendisse de mon lit pour venir, d'un pied furtif, prêter l'oreille au souille do la Fée aux Miettes: à mesure que mes incursions me rainenoient plus près d'elle, il me paroissoil plus irrégulier et plus agité. Je crus même entendre une foible crainte, et deviner le mouvement d'un frisson. Je me dis :
— Si elle avoit froid ? — La draperie qui la couvre est si légère ! ajoutai-je eu la soulevant, et elle retomba sur nous deux.
La Fée aux Miettes si' réveilla.
— Que se passe-t-il donc de nouveau dans votre esprit, Michel? dit-elle en me repoussant avec plus île force que je n'en atieiidois de ses pi [îles m. uns. Je ne serais pas plus étonnée d'apprendre que l'innocente colombe s'est métamorphosé on pie effrontée ! Avez-vous oublié les conditions de notre mariage et les i éservi s que j'\ ai mises, ou vous imaginez-vous qu'il puisse arriver un temps où les priucesses de ma maison dérogeront jusqu'aux brutales amours de la populace humaine? Rendez grâce à la nuit qui vous dérobe la rougeur que votre audace vient de faire monter à mon front, car il m'est avis qu'elle vous forcerait à mourir de repentir et de honte !...
— Eh! mon Dieu, Fée aux Mieltes!... excusez ma témérité en faveur de son motif! C'est seulement que j'ai pensé que vous aviez froid en vous entendant grelotter sous votre couverture comme un jeune oiseau qui n'a pas encore poussé ses premières plumes, quand une brise du matin court en sifflant sur son nid pendant que sa mère est allée à la picorée dans les halliers. Si vous n'aimez pas assez votre pauvre Michel pour dormir sans défense à côté de lui, je suis prêt à vous quitter; mais ne m'expliquercz-vous pas auparavant comment il se fait que vous soyez dans votre lit presque aussi grande que moi ?
— Oh ! que cela ne t'étonnc pas , dit-elle ; c'est que je me déploie.
— Cette chevelure aux longs anneaux qui flotte sur vos épaules, Fée aux Miettes, vous l'avez jusqu'ici cachée à tous les yeux !
— Oh! que cela ne t'étonne pas, dit-elle; c'est que je ne voulois la laisser voir qu'à mon mari.
— Ces deux grandes dents qui vous déparent un peu au jour, Fée aux Miellés, je ne les retrouve pas entre vos lèvres fraîches et parfumées.
— Oh! que cela ne t'étonne pas, dit-elle; c'est que c'est une parure de luxe qui ne convient qu'à la vieillesse.
— Ce trouble voluptueux, ces délices presque mortelles qui me saisissent auprès de vous, Fée aux Miettes, je ne les avois jamais éprouvées avec votre permission que dans les bras de Belkiss !...
— Oh! que cela ne t'étonne pas, dit-elle; c'est que la nuit tous les chais sont gris.
— Ces explications, Fée aux Miettes, je les avois rêvées une autre fois, ou je les rêve maintenant.
— Oh ! que cela ne t'élonne pas , dit-elle ; tout est vérité, tout est mensonge.
La Fée aux Miettes ne me repoussoit plus, et je m'endormis, le front caché sous ses longs cheveux, comme il me sembloit in 'endormir dans mes songes des nuits précédentes sous les longs cheveux de Belkiss.
Je ne me réveillai qu'au bruit de la cloche du chantier, qui m'annonçoit ce jour-là l'heure de mon départ pour un long voyage, et ma vieille femme étoit accroupie déjà auprès de la bouilloire à terminer les préparatifs d'un déjeuner plus substantiel qu'à l'ordinaire.
Un moment après je l'embrassai tendrement, et je gagnai les bailleurs de la montagne pour me mettre à la recherche de la mandragore qui chante.