‹ Contes de Charles NodierChapitre 41 sur 59 · INÈS DF. LAS SIERB *S · texte numérisé non relu

INÈS DF. LAS SIERB *S

tricc, après Inès de Las Sierras, mais je me croyois sur, ce jour-là, de ne voir el do D'entendre qu'Estelle.

Je tins longtemps parole, el je serais fort embarrassé de dire ce qu'on joua d'abord. Le bruit môme qui avoil annoncé l'entrée de la Pedrina n'étoit pas parvenu à m'émouvoir; je restois calme el les yeux a demi voilés de ma main, quand le si! profond qui avoil remplacé cette émotion passagère fui rompu toul à coup par une voix qu'il ne m'étoil pas possible tir méconnoilre. La \oi\ d'Inès n'avqil jamais i de résonnera mon oreille ; elle me poursuivoil dans mes méditations , elle me bi dans mes songes; et la voix que j'entendois, c'étoit la voix d'Inès!

Je tressaillis, je poussai un cri , je m'élançai sur le devant de la loge , les regards arrêtés sur le théâtre. C'étoil Inès, Inès elle-même !

Mon premier mouvemenl fui de cbercbci , de n i ueiffir autour de moi toutes les circonstances, ions les faits qui pouvoienl me conQr rdans l'idée que j'étois à Barcelone, que j'étois à la comédie, que je n'émis pas comme tons les jours, depuis deux ans, la dupe de mon imaginaiion ; qu'un de mi n rêves habituels ne m'avoil surpris. Je m'efforçai de me ressaisir à quelque chose qui pût me convaincre de la réalité de ma sensation. Je trouvai la main d'Estelle, el je la pressai avei force.

— Eh bien ! dit-elle en souriant , vous étiez si sûr d'être prémuni contre les séductions d'une voix de femme ! la Pedrina prélude à peine, et vous voilà hors de vous '...

— Êtcs-vous certaine, Estelle, répliquai-je, que ce soit ici la Pedrina? Savezvous précisément si c'esi une femme , mie comédienne, ou si c'est une apparition ?

— En vérité, reprit-elle, c'est uw femme, uw comédienne extraordinaire, une chanteuse connue on n'en a jamais entendu peut être, mais je n'imagine pas que ce soit rien déplus. Votre enthousiasme, prenez-j garde, ajouta-t-elle froidement, a quelque chose d'inquiétant pour ceux qui vous aiment. Nous n'êtes pas le premi r, dit-on, que sa vue auroit rendu fou, el cette faiblesse de cœur ne flatterai! probablement ni voire femme, ni votre maîtresse.

En achevant ces paroles, elle retira lotit à fait sa main, et je la laissai échapper; la Pedrina chantoil toujours.

Ensuite elle dansa , ei ma pensée , emportée avec elle . se livra sans défense à toutes les impressions qu'elle vouloil lui donner. L'ivresse universelle cachoil la mienne, mais elle l'augmentoil encore; toul le temps qui s'étoit écoulé entre nos deux rencontres a\oit disparu à nos veux, parce qu'aucune sensation du m m.- genre cl de la même puissance n'étoit venue me rappeler celle là; il un' sembloil que j'étois eu

au c liàteau de Ghism lo; mais au château de Guismondo agrandi, décoré, peuplé

d'une foule immense , et les .m lamations, qui s'élevoienl de toutes parts, bruissoienl dans mes Brailles comme des joies de démons. I t la Pedrina . possédée d'une fi i sublime que l'enfer seul pcul inspirer et enli. tenir , conlinuoit à dévorer le parquet de ses pas, à fuir, à revenir, à voler, chassée on ramenée par des impulsions inviii

;>.>s CONTES CHOISIS.

cibles, jusqu'à ce que, haletante, épuisée, anéantie, elle tomba entre les bras des comparse^ , en proférant avec une. expression déchirante un nom que je crus entendre et qui retentit douloureusement dans mon cceur.

— Sergy est mort ! m'écriai-je en pleurant h chaudes larmes , les bras étendus vers le théâtre...

— Vous êtes décidément fou , dit Estelle en me retenant à ma place , mais calmezvous enfin ! elle n'y est plus.

— Fou ! repris-jeà part moi... cela seroit-il vrai? aurois-je cru voir ce que je n'ai pas vu? ce que j'ai cru entendre , ne l'entendois-je pas en effet ? Fou , grand Dieu! séparé du genre humain et d'Estelle , par une infirmité qui me rendra la fable publique ! Château fatal de Ghismondo , est-ce là le châtiment que tu réserves aux téméraires qui osent violer tes secrets ? Heureux mille fois Sergy d'être mort dans les champs de Lut zen!

Je m'abimois dans ces idées quand je sentis le bras d'Estelle se lier au mien pour sortir du spectacle.

— Hélas! lui dis-je en tremblant, car je commençois à revenir à moi, je dois vous faire pitié, mais je vous ferois plus pitié encore, si vous commissiez une histoire qu'il ne m'est pas permis de raconter ! Ce qui vient de se passer n'est pour moi que la prolongation d'une illusion terrible, dont ma raison ne s'est jamais totalement affranchie. Permettez-moi de rester seul avec mes pensées, et d'y remettre, autant que j'en suis capable , un peu d'ordre et de suite. Les plaisirs d'une douce conversation me sont interdits aujourd'hui ; je serai plus calme demain.

— Tu seras demain comme il te plaira , dit Pablo , qui venoit de saisir ces dernières paroles en passant auprès de nous, mais tu ne nous quitteras certainement pas ce soir. Au reste, ajouta-t-il , je compte plus, pour t'y décider, sur les instances d'Estelle que sur les miennes.

— Seroit-il vrai , reprit-elle , et consentiriez-vous à nous donner le temps que vous destinez sans doute à vous occuper de la Pedrina ?

— Au nom de Dieu, m'écriai-je, ne prononcez plus ce nom, chère Estelle, car le sentiment que j'éprouve ne ressemble à aucun des sentiments que vous pourriez soupçonner , si ce n'est peut-être à la terreur. Pourquoi faut-il que je ne puisse pas m'expliquer davantage ?

Il avoit fallu céder. Je m'étois assis au souper sans y prendre part , et , comme je m'y attendois , on n'avoit parlé que de la Pedrina.

« L'intérêt que cette femme extraordinaire vous inspire , dit tout à coup Pablo , a quelque chose de si exalté, que l'on comprendrait à peine la possibilité de l'augmenter encore. Que seroit-ce donc pourtant , si vous commissiez ses aventures, dont une partie s'est, à la vérité, passée h Barcelone, mais dans un temps où la plupart d'entre

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