I.A NEUVA1NE DE LA CH Whl.l i:i !i
colonel d'artillerie , demeurai)! à Monlbéliard, département du Mont-Terrible. I d'elle que je te parlnis.
Je tombai aux pieds de mou père dans un étal d'agitation impossibli : je les couvris de mes baisers, de mes larmes; \< nr^icmps sans retrouver la parole ni la voix. Mon père , inquiet , me releva , me pi essa contre son cœur, m'interrogea dix fois avant que j'eusse la force de nie f ■ entendre.
— Cécile Savernier ! (.'est elle, c'est elle,, mon prie! enai-jc enfin d'une voix étouffée. C'est elle que je vous demandois à geiu ux !
— En vérité, répliqua-t-il. Alors, tes vœux seront facileujenl exaucés, puisque l'affaire est presque ton le faite; mais le crois tu bien assuré de cette résolution? Sur quoi est-elle fondée? Où peux in avoir vu Cécile? Où peut-elle l'avoir connu? Monlbéliard est la seule \ ille de l'rancc où elle ail pain depuis s<m retour de I éli auger , el , quand tu traversois ce pa\s , il y a deux ans , je suis positivement certain qu'elle n\ étoil pas encore.
Je rougis. Celle question touchoil de trop pies à un secret que je n'avois pas la (i de révéler, e( dans lequel mon père pouvoit ne voir qu'une illusion ou uu mensonge.
-^- Croyez, lui répondis-je, que j'ai vu Cécile, el que je suis autorisé à penser qu'elle ne repoussera pas mon amour. Sur les circonstances ou l'événement qui nous ont rapprochés un instant , soyez assez bon , je nous pi ie , pour ne pas m'en demander davantage.
— Dieu m'en garde! reprit-il en ra'embrassant. Je respecte trop ce genre de mystère pour l'enlever le mérite de la discrétion. // est des »" uds secrets, if est dis sympathies qui ne sont connues que îles amants, el qu'on devine mal à mon âge. Celle-ci répond si bien à mes désirs que je n'ai aucun intérêt à m'infcu nier de son origine. Pourquoi, d'ailleurs, ajouta-t-il en rîant, la sainte influence qui se fail sentir depuis quelque temps dans les affaires de ma famille n'y auroil-elle pas ménagé deux mariages au lieu d'un? Occupons-uous seulement du lieu, qui s'accomplira remise aussitôt que tu scras-gradué. — Ce délai paroîi l'effrayer, mais il n'csl
long que m l'imagines, les succès dans les écoles [ont depuis plusieurs années mou bonheur et ma gloire , el le temps que ta maladie t'a fail perdre sera promptemenl regagné. Tu conçois qu'il te coin ii ndi oit mal de te pi éseuter à l'ai te le plus soleunel de la vie* sans 3 porter en dol un titre honorable el sérieux. Ne l'alarme pas, au reste , des rigueurs d'une séparation donl j'éloigne un peu le terme . el qui rendra ta félicité plus parfaite; car le bonheur qu'on espère esi le bouheur le plus sur de la vie. Il est d'ailleurs loul .1 fail confoi aux bienséances que lu voies la future cl ion
père avant de pousser plus loin les (luises, cl que lU obtiennes nu aveu plus j
encore que celui dont nous nous nattons ions deux. Puis |uc voilà la convalesi en bon train , j'espère qu'un mois de séjoui .1 Monlbéliard 11c peut que l'affermir , 1 1
lu assisteras à la noce de (.luire en passant ; car elle se fait à uioitié chemin, dans sa jolie maison du bois d'Arcey. Qu'en dis-tu? Cet arrangement te convient-il?
Je me jetai dans sis bras; il me baisa fur le front, rentra dans son cabinet , et en sortit bientôt avec une lettre à l'adresse du colonel Savernier.
Je partis le lendemain pour Monlbéliard, plus heureux qu'on ne peut le dire. — Qu'est-ce, mon Dieu, que les joies de l'homme?
J'ai dit que l'étrange illusion qui remplissok toute ma vie , qui absorboit toutes mes pensées , depuis la nuit de la Chandeleur, étoit devenue équivalente pour moi aux vérités les plus positives. Le résultat de mes recherches lui avoit donné une extrême vraisemblance. Le concours inattendu des projets de mon père avec l'époque et les circonstances de mon rêve, le faisoit sortir delà classe des rêves ordinaires. Ce n 'étoit plus un rêve, c'étoit une révélation; Dieu lui-même, touché de la soumission de mes prières, m'avoit choisi l'épouse quej'allois chercher. Cette idée augmentait mon bonheur de toute la sécurité dont le bonheur passager des hommes a besoin four être réellement quelque chose. Disposé par caractère h recevoir facilement l'impression du merveilleux, je m'abandonnai sans résistance à celle-là. Les cœurs qui ressemblent au mien n'auront pas de peine à me comprendre.
J'embrassai pour la première fois la pensée d'un bonheur dont rien- ne paroissoit devoir troubler la sérénité; je volois vers Cécile dans toute la confiance , dans tout l'abandon de mon cœur ; et, par une singulière rencontre qui me sembloit faite exprès pour moi , la fin de ce doux hiver avoit pris tout à coup les grâces et jusqu'à la parure du printemps. Les frimas avoient disparu de la base à la cime des montagnes , un air tiède et embaumé circuloit à travers les massifs toujours verts des sapins; les pousses précoces des autres arbres commençoient à se colorer de ces nuances d'un rouge vermeil qui peignent les bourgeons pressés d'éclore ; et de petites (leurs inconnues de la saison émailloient la mousse comme une semence de perles. Nous n'étions cependant qu'à la fin de janvier , et je fus frappé d'un étrange saisissement , quand je remarquai que le jour de la noce de Claire étoit précisément le jour de la Chandeleur. J'arrivai à temps pour assister à la célébration : une joie modeste et religieuse , sans mélange d'aucune inquiétude, remplissoit tous les esprits ; la physionomie des mariés exprimoit un contentement parfait, mais céleste, car il étoit calme et recueilli. Le jeune homme étoit beau, plein de tendresse et de prévenances, et toutefois sérieux; de sorte qu'on l'auroit moins pris pour l'heureux fiancé de la veille que pour un ange envoyé, comme témoin, par le Seigneur, au mariage d'une chrétienne. Lorsque la cérémonie fut achevée, je m'approchai de ma cousine, et je lui dis doit-