DE LA SOEUR HEVTKIV
Non loin de l;i plus haute cime du Jura, mais en redescendant uu peu sur son versanl occidental, on ninniquoii encore, il y ;i pies d'un demi-siècle, nu amas de ruines qui avoil appartenu à l'église et au monastère de Voirie Daim <lt-~ I pints- Fleuries. C'est ;i l'extrémité d'une gorge étroite et profonde, mais beaucoup pins abritée du côté du nord , ri qui produit tous les .mis. grâce '■> la faveur de cette exposition, 1rs Oeurs les plus rares de la contrée. A une demi-lieue de là, l'extrémité opposée laisse voir aussi 1rs débris d'un antique manoir seigneurial qui a disparu comme la maison de Dieu. On s.iii seulemenl qu'il étoil occupé par une famille trèsi euommée dans les armes, et que le dernier des nobles chevaliers donl il porloil le nom mourut à la conquête du tombean de Jésus-Christ, sans laisser d'héritier i*>ur perpétuer sa race. La veuve inconsolable n'abandonna p:s des lieux si propres .1 entretenir s;i mélancolie, mais le bruil de sa piété se répandii au loin avec ses bienfaits, et une tradition glorieuse consacre a jamais s,i mémoire aux respei 1- d< - g< oéi ationa chrétiennes. Le peuple, qui a oublié tous ses autres titres, l'appelle encore la Sainte
1 n de ces jours où l'hiver, pus de finir, se relâche tout à coup de si rigueur seins las influences d'un ciel tempéré, la Sainte se promenoit, comme d'habitude, dans la longue avenue de son château, l'esprit occupé de pieuses mi • Elle
arriva ainsi jusqu'aux buissons d'épines qui la terminent encore, et elle ne fut pas peu surprise de voir qu'un de ces arbustes s'étoil chargé déjà de toute sa parure du printemps. Elle se hâta de s'en approcher pour s'assurer que cette appareuce n 'étoil p.is produite par un reste de neige rebelle, et, ravie de le iroir co iné en effet
d'une multitude innombrable de belles petites étoiles blanches à rayons incarnats, elle en détacha soigneusement un rameau pour le suspendre dans son oratoire à une image de la sainte Vierge qu'elle avoit depuis son enfance en grande vénération, et s'en revint joyeuse de lui porter cette offrande innocente. Soit que ce foible tribut fût réellement agréable à la divine mère de Jésus, soit qu'un plaisir particulier qu'on ne saurait définir soit réservé à la moindre effusion d'un cœur tendre vers l'objet qu'il aime, jamais l'âme de la châtelaine ne s'étoit ouverte à des émotions plus ineffables que dans cette douce soirée. Aussi se promit-elle avec une joie ingénue de retourner tous les jours au buisson fleuri , et d'en rapporter tous les jours une guirlande nouvelle. On peut croire qu'elle fut fidèle à cet engagement.
Un jour , cependant , que le soin des pauvres et des malades l'avoit retenue plus long-temps que d'ordinaire , elle eut beau se presser de gagner son parterre sauvage; la nuit y arriva avant elle; et on dit qu'elle commençoit à regretter de s'être engagée si avant dans ces solitudes, quand une clarté calme et pure, comme celle qui descend du jour naissant , lui montra soudainement toutes ses épines en fleurs. Elle suspendit un instant ses pas, à la pensée que cette lumière pouvoit provenir d'une halte de brigands , car il étoit impossible d'imaginer qu'elle fût produite par des myriades de vers luisants , éclos avant leur saison. L'année étoit encore trop éloignée alors des nuits tièdes et pacifiques de l'été. Toutefois, l'obligation qu'elle s'étoit imposée venant se présenter à son esprit et ranimer un peu son courage, elle marcha légèrement , en retenant son haleine , vers le buisson aux blanches (leurs , saisit d'une main tremblante une branche qui sembla tomber d'elle-même entre ses doigts, tant elle fit peu de résistance , et reprit le chemin du manoir , sans oser regarder derrière elle.
Durant toute la nuit suivante, la sainte dame réfléchit à ce phénomène, sans pouvoir l'expliquer; et, comme elle avoit à cœur d'en pénétrer le mystère, dès le lendemain, à la même heure du soir, elle se rendit aux buissons, en compagnie d'un serviteur fidèle et de son vieux chapelain. La douce lumière y régnoit ainsi que la veille , et sembloit devenir, à mesure qu'ils approchoient , plus vive et pi us rayonnante. Us s'arrêtèrent alors et se mirent à genoux, parce qu'il leur sembla que cette lumière venoit du ciel; après quoi le bon prêtre se leva seul, fit quelques pas respectueux vers les épines fleuries, en chantant une hymne de l'église , et les détourna sans efforts, car elles s'ouvrirent comme un voile. Le spectacle qui s'offrit en ce moment à leurs regards les frappa d'une telle admiration, qu'ils restèrent longtemps immobiles, tout pénétrés de reconnoissance et de joie. C'étoit une image de la sainte Vierge, taillée avec simplicité dans un bois grossier, animée des couleurs de la vie par un pinceau peu savant , et revêtue d'habits qui ne révéloient qu'un luxe naïf; mais c'étoit d'elle qu'éinanoit la splendeur miraculeuse dont ces lieux étoient éclairés. <■ Je vous salue, Marie pleine de gràcis, » dit enfin le chapelain prosterné; et au