I. \ LÉGENDE DE LA -U.l li BÉAI KIX
murmure harmonieux qui s'éleva dans lous les bois, quand il cul prononcé ces paroles, on auroil pu croire qu'elles étoii nt répétées par le i ho ur des angi s. Il i ensuite, avec solennité, ces admirables litanies où la foi a parlé sans le savoir le langage de la poésie la plus élevée, el , après de nouveaux actes d'adoration . il souleva la statue entre ses mains , afin de la transportai au château où elle devoil trouver un sanctuaire plus digne d'elle , pendant que la dame et le valet , les mains jointes et le front incliné, le snivoient lentement en s'unissanl .1 ses prii res.
Je n'ai pas besoin de dire que l'image merveilleuse fut placée dans une niche 616— gante , qu'elle fui entourée de flambeaux odorants , baignée de | arfums . chargée d'une riche couronne , el saluée, jusqu'au milieu de la nuit , du cantique d< s Gdèles. pendant, le matin, on ne la retrouva" plus, et l'ai e fui vive parmi tous ces chrétiens «pie sa conquête avoit comblés d'un bonheur si pur. Quel péché inconnu pouvoit avoir attiré cette disgrâce au manoir de 1 \ Sainte? Pourquoi la Vierge céleste l'avoit-elle quitté? Quel nouveau séjour avoit-elle choisi ? On le divine sans doute. la bienheureuse mère de .lésus avoil préféré l'ombre modeste de ses buissons favoris à l'éclat d'uni' demeure mondaine. Elle étoil retournée, au milieu de la fraîcheur des huis, goûter la paix de sa solitude et les douces exhalaisons de ses fleurs, tous les habitants du château s'y rendirent dans la soirée, et l'j trouvèrent , plus resplendissante que la veille. Us tombèrent il genoux dans on respectueux silence.
11 Puissante reine des aunes ! dii la châtelaine , c'esl il 1 la demeure que vous préférez. Votre volonté sera faite. »
Et peu de temps après, en effet, un temple embelli de tous les ornements que prodiguoil l'architecte inspiré en ces siècles d'imagination el de sentiment, s'éleva autour de l'image révérée. Les grands de la terre la voulurent enrichir de leurs dons, les rois l,i dotèrent d'un tabernacle d'or pur. La renommée de ses miracles se répandit au loin dans ioui le monde chrétien, el appela dan- la vallée une multitude de femmes pieuses qui s'j rangèrent sous la règle d'un monastère. La sainte veuve, plus touchée que jamais des lumières de la grâce, ne put refuser le lili supérieure de eeiie maison. Elle j inouriii pleine de jouis , après une vie de 1 œuvres, d'exempli - el de sacrifices, qui s'( xhala comme un parfum au pied < 1 1 s autels de la Vierge,
Telle est , suivant les chroniques manuscrites de la province, l'origine d< el du couvent de Notrc-Dame-dct Epines-Fleuri
Deux siéi 1rs s'étoienl écoules depuis la morl de 1 \ Sainti . el une jeune \de sa famille éloil encore, guivanl l'usage, soeui custode du saint qui
veut dire (pi 'elle en avoil la garde, ei que c'étoil à elle qu'il apparu noil d'ouvrir le tabernacle aux jouis solennels où l'image miraculeuse éloil offerte à ! pi< ( pie. C'esl elle qui avoil soin d'entretenir l'élégance toujours nouvelle de sa parure, d'en chasser la poussière ei les insectes malfaisants, de recueillit . poui coinposi
couronne ou pour orner son autel , les (leurs du jardin les plus gracieuses dans leur port et les plus chastes dans leur couleur, d'en former des festons, des guirlandes et des bouquets qui attiraient à leur tour, par le grand vitrail ouvert au soleil levant, une multitude de papillons de pourpre et d'azur, fleurs volantes de la solitude. Parmi ces innocents tributs, la fleur de l'épine étoit toujours préférée dans sa saison; et, contrefaite pour toutes les autres avec un art dont les bonnes religieuses avoient dés lors dérobé le secret à la nature , elle reposoit sur le sein de la belle madone, en touffe épaisse nouée d'un ruban d'argent. Les papillons eux-mêmes auraient. pu s'y tromper quelquefois, mais ils n'osoient s'arrêter sur ces (leurs célestes qui n'étoient pas faites pour eux.
La sœur custode s'appeloit alors Béatrix. Agée de dix-huit ans tout au plus, elle avoit à peine entendu dire qu'elle fût belle, car elle étoit entrée à quinze ans dans la maison de la sainte Vierge , aussi pure que ses fleurs.
Il y a un âge heureux ou funeste où le cœur d'une jeune fille comprend qu'il est créé pour aimer, et Béatrix y étoit parvenue; mais ce besoin , d'abord vague et inquiet , n'avoit fait que lui rendre ses devoirs plus chers. Incapable de s'expliquer alors les mouvements secrets dont elle étoit agitée, elle les avoit pris pour l'instinct d'une pieuse ferveur qui s'accuse de n'être pas assez ardente , et qui se croit encore obligée envers ce qu'elle aime, tant qu'elle ne l'aime pas jusqu'à l'enthousiasme et jusqu'au délire. L'objet inconnu de ces transports échappoit à son inexpérience; et parmi ceux qui tournoient, si l'on peut s'exprimer ainsi, sous les sens de son «âme ingénue, la sainte Vierge seule lui paroissoit digne de cette adoration passionnée, à laquelle sa vie pouvoit à peine suffire. Ce culte de tous les moments étoit devenu l'unique occupation de sa pensée , le charme unique de sa solitude ; il remplissoit jusqu'à ses rêves de mystérieuses langueurs et d'ineffables transports. On la voyoit souvent prosternée devant le tabernacle, exhalant vers sa divine protectrice des prières entrecoupées de sanglots, ou mouillant le parvis de ses pleurs; et la Vierge céleste sourioit sans doute, du haut de son trône éternel, à cette heureuse et tendre méprise de l'innocence, caria sainte Vierge aimoit Béatrix, et se plaisoil à en être aimée. Elle avoit lu d'ailleurs peut-être dans le cœur de Béatrix qu'elle en seroil aimée toujours.
H arriva clans ce temps-là un événement qui souleva le voile sous lequel le secret de Béatrix avoit été si longtemps caché pour elle-même. Un jeune seigneur des environs , attaqué par des assassins, fut laissé pour mort dans la forêt; et quoiqu'il conservât tout au plus les foibles apparences d'une existence prête à s'éteindre , les serviteurs du monastère le transportèrent dans leur infirmerie. Comme les filles des châtelains possédoient à cette époque , dès leur première jeunesse , le formulaire des recettes et l'art des pansements, Béatrix fut envoyée par ses sœurs au secours de l'agonisant. Elle mit en œuvre tout ce qu'elle avoit appris de cette utile science , mais elle comptoit davantage sur l'intercession de la Vierge miraculeuse ; et ses longues et