SECONDE LETTRE
D^Ach/net â Atalide.
Tu le veux, belle Atalide, je vais te rendre com.pte dutemsque je passe loin de toi. Le plaisir n'en occupe qu'une partie. Je consacre l'autre à la connoissance des ridicules de ta Nation. Ce n'est pas une petite étude. Quelle variété dans les caractères et dans les mœurs ! source inépuisable de réflexion pour moi.
Cette grande Ville n'est peuplée que de Comédiens, qui se donnent sans cesse en spectacle les uns aux autres. Les maisons, les promenades, les rues, voilà les théâtres que je fréquente le plus : chaque jour y fait voir à mes yeux de nouvelles scènes, et des plus intéres-
i6o Contes de Godart d'céucoiir.
santés. La Comédie n'en est qu''une image imparfaite. Si Tennui m'y conduit quelquefois, pour voir jouer les précieuses ou les coquettes, en tournant le dos aux Acteurs, j'en trouve dans les loges de bien plus ridicules encore : joue-t-on le fat? j'en vois dix sur les gradins * et dans les balcons, cent fois plus fats que celui que l'on représente. L'art n'imite qu'imparfaitement la nature. Suis -je à l'Opéra? même spectacle. J'aime mieux entendre la conversation de ce qu'on nomme ici un petitmaître, que la voix la plus brillante. Qu'apprendrai-je, en écoutant ces voluptueuses Syrenes ? quelques fadeurs sans cesse rebattues ; mais si je prête l'oreille à ce qui se dit à mes côtés, je connois en un moment le caractère et les aventures d'une douzaine de femmes. Je sais que dans la loge vis-à-vis la mienne, est une fille sans nom, entretenue par un Seigneur de la Cour; qu'il lui donne cent louis par mois, qu'elle a le secret de doubler par les infidélités qu'elle lui fait.
« Ah! voilà Madame d'Armel, s'écrie un jeune étourdi : cette vieille folle continue toujours d'entretenir le petit Marquis. Le voilà avec cette créature que j'ai moi-même entretenue autrefois. Il la fait, dit-on, passer pour une femme du bon ton : elle est vraiment gentille. Je Tavois prise, après cette Danseuse sémillante