‹ Contes de la CascogneChapitre 16 sur 22 · LE DRAG · texte numérisé non relu

LE DRAG

voiture attelée de quatre chevaux blancs. Assis à la place du cocher, les deux frères conduisaient, chacun son tour.

La Marâtre avait son plan. Avant de partir, elle avait dit à sa Créature :

— Écoute. C'est toi qui épouseras le Fils du Roi de France.

A midi, la voiture arrivait au bord de la mer. Alors, l'aîné des deux frères dit :

— Belle Jeanneton, dans trois heures, nous serons au château du Fils du Roi de France. Belle Jeanneton, prends garde que le vent de la mer ne gâte pas ton beau visage.

— Marâtre, demanda la Belle Jeanneton, qu'a dit mon frère aîné ?

— Ton frère aîné a dit : « Donne tes souliers blancs à ta sœur. »

La Belle Jeanneton obéit sans se plaindre, et chaussa les savates de la Créature.

Une heure plus tard, le cadet des deux frères dit :

— Belle Jeanneton, dans deux heures, nous serons au château du Fils du Roi de France. Belle Jeanneton, prends garde que le vent de la mer ne gâte pas ton beau visage.

— Marâtre, demanda la Belle Jeanneton, qu'a dit mon frère cadet?

— Ton frère cadet a dit : « Donne ta robe blanche à ta sœur. »

La Belle Jeanneton obéit sans se plaindre, et se vêtit des loques rogneuses de la Créature.

Une heure plus tard, l'aîné des deux frères dit :

— Belle Jeanneton, dans une heure nous serons au château du Fils du Roi de France. Belle Jeanneton, prends garde que le vent de la mer ne gâte pas ton beau visage.

— Marâtre, demanda la Belle Jeanneton, qu'a dit mon frère aîné?

— Ton frère aîné a dit : « Donne à ta sœur ton voile blanc, et ta couronne de fleurs d'oranger. »

La Belle Jeanneton obéit sans se plaindre.

Que firent alors la Marâtre et sa Créature? Tandis que la voiture roulait, elles ouvrirent la portière doucement, bien doucement, et, sans être vues des deux frères, lancèrent la Belle Jeanneton dans un bourbier.

Depuis le lever du soleil, le Fils du Roi de France attendait en grande impatience, devant

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la maîtresse-porte de son château. Dès qu'il aperçut la Marâtre et sa Créature, il devint tout bleu de colère.

— Bourreau, cria-t-il, ces deux hommes m'ont menti. — Vite, enferme-les dans un cachot noir. Qu'ils y meurent de faim et de soif, rongés des vers et des rats.

Le bourreau obéit.

Alors, le Fils du Roi de France se tourna vers la Marâtre et sa Créature :

— Femmes, qui êtes-vous?

— Fils du Roi de France, je suis la mère de la Belle Jeanneton. Voici votre fiancée.

— Ça, la belle Jeanneton? — Valets, vite, un peigne. Vite, une aiguière.

Les valets obéirent.

— Souillon, peigne-toi.

La Créature obéit. — Mais ce n'était pas le blé, c'étaient les poux, qui tombaient de ses cheveux par boisseaux.

— Souillon, lave tes mains.

La Créature obéit. — Mais ce n'étaient pas des doubles louis d'or et des quadruples d'Espagne qui tombaient de ses doigts par douzaines. C'étaient la rogne et la crasse.

— Bourreau, commanda le Fils du Roi de France, enferme ces deux vauriennes dans un sac, et jette-les dans la mer.

Le bourreau obéit.

Pendant que le Fils du Roi de France commandait ainsi, la Belle Jeanneton gisait toujours dans son bourbier.

— Sainte Vierge, à mon secours 1 Sainte Vierge, ayez pitié de moi!

Vint à passer une brave jardinière.

— Sainte Vierge, à mon secours! Sainte Vierge ayez pitié de moi !

La brave jardinière arrivait à temps. Elle aida la Belle Jeanneton à sortir du bourbier, et la mena dans sa maison.

— Tiens, petite. Peigne-toi.

Tandis que la Belle Jeanneton se peignait le blé tombait de ses cheveux par boisseaux.

— Tiens petite, lave-toi.

Tandis que la Belle Jeanneton se lavait de la tète aux pieds, les doubles louis et les quadruples d'Espagne tombaient de ses doigts par douzaines.

— Tiens, petite, mets ces jolis habits de paysanne.

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