‹ Contes de la familleChapitre 19 sur 31 · LE* ROI BKC-DE-GRIVE · texte numérisé non relu

LE* ROI BKC-DE-GRIVE

me verront assise auprès de mes pots, comme ils vont se moquer de moi !

Elle eut beau dire, il fallut se résigner, ou mourir de faim. Le premier essai réussit ; on vint acheter à la jeune femme, parce qu'elle était jolie ; plusieurs même lui donnèrent leur argent et lui laissèrent ses pots. Notre couple vécut pendant un certain temps du profit de cette première vente : puis le musicien fit une nouvelle emplette de poteries , et la princesse dut aller une seconde fois au marché; pour le coup elle se plaça dans un coin, rangea sa nriarchandise autour d'eBe et attendit les acheleàrs. ' s

Or, voilà qu'arrive tout à coup un hussard ivre qui pousse son cheval au milieu des pots et les fait voler en pièces. La princesse se mit à pleurer, ne sachant dans son trouble quel parti prendre :

— Hélas! que va-t-il m'arriver? s'écria-t-elle; que dira mon mari !

Elle courut au logis et raconta son malheur au mur* sicien.

— Mais aussi, qui a jamais eu Tidée d'allar se placer dans un coin du marché avec des poteries? s'écria-l-il d'un ton de colère; épargne-moi tes pleurs; je vois trop que tu ne peux te rendre utile en rien; aussi, me suis-je présenté au palais de notre roi, pour m'informer si Ton n'avait point besoin d'une servante de cuisine; on m'a promis de te pr^dre et de te nourrir en échange de tes services.

La princesse était donc devenue servante de cuisine ; elle dut obéir aux ordres du cuisinier et faire la besogne la plus dégoûtante. Elle fixa fortement un pot dans chacune de ses poches, et elle y mit avec soin tous les restes qui lui étaient donnés pour sa part : elle les rapportait au logis, et telle était la nourriture de la pauvre princesse et du musicien.

n arriva qu'on dut célébrer le mariage du fils aîné du roi. La malheureuse princesse monta l'escalier du château, se plaça en face de la porte d'entrée de la grande salle, et ouvrit de grands yeux. Quand les lustres furent allumés, les convives briUans de velours et d'or arrivèrent en foule, et l'infortunée servante, à la vue de tant de richesse et d'éclat, se mit à penser tristement à son sort misérable, et à maudire son orgueil et sa sotte vanité qui l'avaient précipitée dîais l'abaissement et la pauvreté. Les domestiques qui apportaient des mets précieux dans la salle, avaient soin de lui en donner parfois quelques morceaux qu'elle plaçait aussitôt dans les pots de ses poches. Tout à coup, le fils du roi portant au cou sa chaîne d'or s'avança de ce côté , et apercevant la belle jeune femme qui était là debout sur le seuil de la porte, il la saisit par la main et voulut danser avec elle ; elle s'y refusa et se prit à frissonner, car elle venait de reconnaître le roi Bec-de-grive qui l'avait demandée en mariage et dont die s'était moquée. Elle eut beau se défendre, il l'en- |jtraîna au milieu de la salle; mais le cordon qui retenait

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