FEU ONDE
En cet état, privés de connoissance,
On 1 es portoit en d’agréables lieux.
Ombrages frais, jardins délicieux,
Là se trouvoient tendrons en abondance,
Plus que maillés, et beaux par excellence; Chaque réduit en avoit à couper.
Si se venoient joliment attrouper
Près de ces gens, qui, leur boisson cuvée,
S’émerveilloient de voir cette couvée,
Et se crovoient habitants devenus
Des champs heureux qu’assigne à ses élus Le faux Mahom. Loi s de faire accointance,
Tu rcs d’approcher, tendrons d’entrer en danse, Au gazouillis des ruisseaux de ces bois,
Au son des luths accompagnant les voix Des rossignols. 11 n’est plaisir au monde Qu’on ne goûtât dedans ce Paradis ;
Les gens trouvoient en son charmant pourpris Les meilleurs vins de la machine ronde,
Dont ne manquoient encor de s’enivrer Et de leurs sens perdre l’entier usage.
On les faisoit aussitôt reporter Au premier lieu. De tout ce tripotage Qu’arrivoit-il ? Ils croyoient fermement
OU LE PURGATOIRE
Que quelque jour de semblables délices Les attendoient, pourvu (jue hardiment,
Sans redouter la mort ni les supplices,
Us fissent chose agréable à Mahoin,
Servant leur Prince en toute occasion.
Par ce moyen leur Prince pou voit dire Qu'il avoit gens à sa dévotion,
Déterminés, et qu il n’étoit Empire Plus redouté que le sien ici-bas.
Or ai-je été prolixe sur ce cas Pour confirmer l’histoire de Féronde.
Féconde étoit un sot de par le monde,
Riche Manant, ayant soin du tracas,
Dixmes, et cens, revenus, et ménage D’un Abbé blanc, j’en sais de ce plumage Qui valent bien les noirs, à mon avis,
En fait que d’être aux maris secourables, Quand forte tâche ils ont en leur logis,
Si qu’il y faut Moines et gens capables.
Au lendemain celui-ci ne songeoit,
Et tout son fait dès la veille mangeoit,
Sans rien garder, non plus qu’un droit Apôtre N’ayant autre œuvre, autre emploi, penser autre, Que de chercher où gisoient les bons vins,
FERONDE
Les bons morceaux, et les bonnes commeres, Sans ou bl ier les gaillardes Nonnains,
Dont il faisoit peu de part à ses Freres.
Féronde avoit un joli chaperon Dans son logis, femme sienne; et dit-on Que parentelle étoit entre la Dame Et notre Abbé ; car son prédécesseur,
Oncle et parrain, dont Dieu veuille avoir l ame, En étoit pere, et la donna pour femme A ce manant, qui tint à grand honneur De l’épouser. Chacun sait que de race Communément lille bâtarde chasse.
Celle-ci donc 11e lit mentir le mot.
Si nétoit pas l’époux homme si sot Qu’il n’en eut doute, et 11e vit en l’affaire Un peu plus clair qu’il n étoit nécessaire.
Sa femme alloit toujours chez le Prélat,
Et prétextoit ses ail ées et venues Des soins divers de cet Economat.
Elle allé guoit mille affaires menues ;
C’étoit un compte, ou c’étoit un achat;
C’étoit un rien, tant peu plaignoit sa peine;
Bref il n étoit nul jour en la semaine,
Nulle heure au jour, qu’on 11e vit en ce lieu
OU UE PURGATOIRE
Ua Receveuse. Alors le Pere en Dieu Ne manquoit pas d’écarter tout son monde; Mais le mari, qui se doutoit du tour, Rompoit les chiens, 11e manquant au retour D’imposer mains sur Madame Féronde;
One il 11e fut un moins commode époux. Esprits ruraux volontiers sont jaloux,
Et sur ce point à chausser difficiles,
N’étant pas faits aux coutumes des Ailles. Monsieur l’Abbé trouvoit cela bien dur, Comme Prélat qu’il étoit, partant homme Fuyant la peine, aimant le plaisir pur,
Ainsi que fait lout bon suppôt de Rome.
Ce n’est mon goût ; je 11e veux de plein saut Prendre la ville, aimant mieux l’escalade;
En amour dea, non en guerre ; il ne faut Prendre ceci pour guerriere bravade,
Ni m’enrôler là-dessus malgré moi.
Que l’autre usage ait la raison pour soi,
Je m’en rapporte, et reviens à l’Histoire Du Receveur, qu’on mit en Purgatoire Pour le guérir; et voici comme quoi.
Par le moyen d’une poudre endormante,
U’ Abbé le plonge en un très long sommeil.