‹ Contes de La FontaineChapitre 83 sur 93 · QUE MOURIR DE FAIM · texte numérisé non relu

QUE MOURIR DE FAIM

Fabrice, dès long-temps,

Près d une belle dame,

Tir oit de la poudre aux moineaux;

Et quoiqu’il lit et festins et cadeaux, L’ingrate cependant se moquoit de sa flamme.

Exagérant sa forte passion,

L’excès de son ardeur, la grandeur de sa peine, Il la trou voit plus inhumaine,

Et son amour tournoit à sa confusion.

Un jour enfin, lassé de sa persévérance,

Voulant de son amour avoir la récompense,

C! iez elle il s’en alla pour la pousser à bouî,

Ma is il y rencontra seulement la Servante,

Qui, plus douce et plus indulgente,

37o IL VAUT MIEUX MANGER DU LARD

Facilement lui permit tout.

Ce doux combat, cette amoureuse lice Plut tant au vigoureux Fabrice Ou i! ne manquoit, ou de jour ou de nuit, Sous prétexte de voir son ingrate Maîtresse,

De faire naître avec adresse Un rendez-vous pour l’amoureux déduit ;

Mais, quoiqu’il eût les veux à Perte, L’affaire, par malheur, fut un jour découverte,

Et la maîtresse, avec juste raison :

Quoi! vous venez, o Fabrice, dit-elle,

Me faire tenir la chandelle Pour vos plaisirs, jusque dans ma maison ! Encore, si cette Servante Étoit d’une beauté charmante,

J’excuserois peut-être votre erreur;

Mais une petite souillarde,

Une laidron, une bavarde!

Il y va trop de votre honneur!

Fabrice, voyant donc qu’on lui chantoit sa gamme Poussé d’un dépit amoureux,

Répondit : Il est vrai, j’ai failli ; mais, Madame,

Ne suis-je pas bien malheureux?

Pour vos be aux yeux je soupire sans cesse,

QUE MOURIR DE E A l M

Sans obtenir une seule caresse ;

M avez-vous soulagé même d’un doux regard?

Tj o

Faisant ce que j’ai fait, l’offense est-elle grande? Et ne vaut-il pas mieux se repaître de lard,

Que de mourir de faim près dune bonne viande?

Page 1