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CHAPITRE XIII

Le Réveil de lîathalius.

Un soleil matinal brillait sur les carreaux et jetait ses rayons dans la chambre de Nalhalius, qui était sans mouvement et comme mort sur son lit, pendant qu'à ses côtés Joséphine semblait être l'image vivante du chagrin.

Soudain la porte fut violemment heurtée , et une voix connue dit : — Ouvrez, ouvrez, c'est moi!

Joséphine ouvrit la porte. C'était Marie !

Elle était vêtue niaguifiquemeot, et son air était superbe,

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comme si elle eût voulu humilier sa pauvre el malheureuse sœur.

— Que veux-tu, Marie?

— Je veux vous parler, répondit-elle , pendant que, restant sur le seuil de la porte, elle jetait un regard de mépris dans la chambre.

Ce mépris affecté indignait Joséphine; elle dit avec calme et dignité :

— Rapproche-toi, ma sœur ; tu connais l'appartement. Marie entra avec précaution et comme si elle avait peur

d'abîmer ses souliers; piiis^ après avoir regardé les meubles pauvres, mais exempts de soui!lure, elle éclata de rire et dit:

— Ah! que tout est changé ici I

Ce fut comme un coup de poignard dans le cœur de Joséphine; elle répondit:

— Tu as raison, chère Marie; mais nous, nous n'avons pas le cœur de voler nos parents pour vivre dans le luxe.

— Ne sois pas si hardie, pudique Lucrèce; lorsqu'on est mariée au treizième arrondissement on se contente de ce qui reste de la bénédiction paternelle.

— Es-tu venue ici pour minsulter? Je croyais cependant que j'avais des droits pour compter sur ta reconnaissance.

— Reconnaissance? tu as deviné! Tenez , pauvre petite, vous faut-il quelque chose pour apaiser votre faim?

— Laisse-nous avec ton aumône, Marie, tu me fais mal ! Et elle jeta la bourse aux pieds de sa sœur en lui montrant la porte.

— Je ne partirai pas encore, ma petite ligresse, je veux auparavant parler au traître, à l'infidèle Natlialius!

— Tais-toi, Marie ! il est trop saint pour subir tes oifenses!

Laisse la haine et ta passion. Viens, regarde; auras-(u encore la hardiesse et le courage d"insiilter le plus noble cœur qui ait jamais battu !

Et elle tira brusquement sa sœur près du Ut de mort, dont elle écarta brusquement les rideaux.

Marie se recula en poussant un cri.

— Mort! mort! dil-cile.

— Non, endormi eu Dieu!

— Ainsi, mort! — Oh ! maintenant, ma sœur Josrphino, je ne le hais plus! S'il vivait, je te haïrais éternellement. El un sourire de satisfaction passa sur la figure de Marie.

— Ah! tu es joyeuse de sa mort! G mon Dieu, si tu nous abandonnes de nouveau, j'espère qu'il se lèvera pour me dire : Je t'aime toujours, Joséphine!

— Epargne tes vœux, ma sœur; tout est bien, maintenant! En vérité, c'était un niisérabloqui avait de cœur joie trompé deux filles innocentes!

— Tu mens toujours , Mai ie ; la mort même n'est pas sainte pour toi. Quant à moi, je suis innocente, Dieu merci; et toi, tu l'as plutôt séduit qu'autre chose. Laisse-moi, vat'en, je reste chez lui.

Marie la regardait conune une statue de marbre; sa haine contre Joséphine et contre Nathalius était éteinte ; elle ne pouvait nier la vérité, mais elle voulait savoir pourquoi Joséphine voulait absolument rester , et elle recommença à l'interioger avec bonté.

Joséphine, qui ne supposait rien, lui répondit franchement et lui raconta sa promesse.

— Ainsi , dit Marie, ce serait un bienfait pour toi si je coupais de suite ses artères , et elle s'empara d'un couteau

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et s'approcha du lit. Joséphine se jeta au-devant de sa sœur et s'écria avec effroi et angoisse :

— Non, non, cruelle ! C'est moi d'abord qu'il faut tuer, si tu es altérée de sang.

Marie, furieuse, voulait écarter sa sœur, que la misère et les longues veilles avaient affaiblie , et la porte d'entrée s'ou^rit et madame Fielding parut sur le seuil.

Madame Fielding était venue a^ec Marie pour chercher Joséphine ; Marie seule était montée pendant que madame Fielding attendait chez la concierge; en ne la voyant pas redescendre, elle avait gravi les étages qui conduisaient à l'appartement de Nathalius, où elle arriva au moment que nous avons décrit ci-dessus.

Elle demeura un instant stupéfaite ; mais croyant que Marie voulait tuer sa sœur , elle se précipita sur elle , lui arracha le couteau et s'écria :

— Malheureuse enfant !

Pendant ce temps elle embrassait Joséphine de toutes ses forces en versant un torrent de larmes.

— Ma mère! ma mère! s'écria Joséphine comme touchée de la foudre, et elle sanglotait et riait à la fois; elle voulait l'embrasser, mais la force l'abandonnait. Le chagrin et le malheur l'avaient bien abaltue, mais pas encore autant que cette joie inopinée , et elle tomba évanouie aux pieds de sa mère.

Lorsqu'elle fut revenue à elle, les explications suivirent.

— Maintenant, je te connais, dit madame Fielding à Marie. Suis-moi, Joséphine. De ce jour, tu es le plus cher enfant de tes parents. J'ai une voiture avec moi , je vais te conduire de suite à ton père, il connaîtra ton innocence et lu le rendras heureux.

— 0 ma mère , il faut que tu me laisses encore quelque temps ici; j'ai hâle de voir mon père et d'entendre sa voix, lorsqu'elle prononce ces mots : Ma fille! Je pleure déjà de joie. C'est une douleur pour moi d'attendre , mais je ne pourrai l'embrasser aujourd'hui^ demain, ni après-demain; dans quatre jours seulement, je quitterai ces lieux, et alors je reverrai mon père!

— Que dis-tu, chère enfant? tu rêves encore, je pense. Ne veux-tu donc pas venir avec moi chez ton père?

— Non , ma mère , je ne le puis. Voyez , là repose mon Nathalius, je lui ai promis de ne pas labandonncr avant que ses restes ne reposent dans la tombe. J'ai fait un serment, mon amour et mon devoir nie forcent de rester ici.

Toutes les prières de madame Fielding furent inutiles; et lorsque Marie employa la force pour l'emmener, elle se jeta à genoux, se cramponna au lit d'une main, pendant qu'elle tendait l'autre vers sa mère.

La pauvre femme fut alors obligée de laisser son enfant chéri avec son triste compagnon.

Quinze jours étaient écoulés , et le corps glacé de Nathalius ne donnait pas encore un seul signe de vie. C'était l'heure où le crépuscule tombe sur la terre, et dans le cœur de Joséphine tout espoir était anéanti.

Joséphine, pleine de douleur, termina sa prière, qui avait duré bien lougternps ; elle baisa enc<)re une fois la main froide de Nathalius et murQiura ces paroles :

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— Ainsi, c'est donc la volonté de Dieu que tu reposes si jeune dans la tombe! Tu ne me réponds pas, lu ne vois pas mes larmes; mais, j'en suis sûre, tu m'entends; ton âme est là! Oh! si tu pouvais m'emmener avec toi. Cai je veux remplir tes dernières volontés! — Demain , hélas, ce corps froid reposera dans la tombe.

Elle prit le même couteau dont Marie s'était emparée quelques jours auparavant, et avec la même prudence que si elle eût craint de réveiller un homme endormi, elle voulut couper la ceinture qui entourait le corps de son bien-aimé; mais la force l'abandonna , sa main trembla , sa tète fut toute troublée^etle couteau fit, malgré elle, une légère blessure dans le flanc de Nathalius. Les deux bouts de la ceinture coupée se retirèrent avec effort et laissèrent voir la blessuie, d'où le sang commençait à couler en même temps que de la bouche de Nathalius s'exhala une bouffée d'air qui ressemblait à un soupir longtemps contenu.

En voyant le sang couler, Joséphine lâcha le couteau avec effroi, elle fixa sur les lèvres de Nathalius un regard effrayé et plein de doute ; une inexplicable terreur s'empara d'elle, elle sentit ses cheveux se dresser sur sa tète ; elle voulait crier, mais sa langue était paralysée ; elle voulait reculer, mais elle était clouée sur le sol, elle regardait toujours la figure de son bien-aimé , enfin elle fut prise d'un frémissement salutaire ; une seconde elle recouvra la parole , et s'écria :

— Au secours! Bertrand! au secours! il vit! Puis elle retomba évanouie par terre.

Bertrand et plusieurs voisins accoururent ; on trouva Joséphine sans connaissance et Nathalius avec quelques signes

de vie. — Joséphine revint prompteinent à elle et s'écria comme une folle :

' — Il vit! il vit! Oh ! je suis heureuse , Dieu est grand !

Le médecin aida Nathalius à revenir à la vie à l'aide de toutes les ressources de son arl^ et peu de temps après, le convalescent ouvrait les yeux dans les bras de Joséphine.

Les premières paroles qu'il prononça furent :

— Merci, mon ange ! Tu m'aimes et je t'aime !

Je passerai prompteinent sur le temps de la convalescence. Joséphine ne quitta pas son bien-aimé tant qu'il eut besoin d'une assistance continue. Leur bonheur mutuel et la satisfaction de leurs parents et de Bertrand élaient grands ; mais Joséphine ne voulait entrer dans la maison paternelle qu'appuyée sur le bras de sou mari.

— Je reste ici, dit-elle à Nalhalius, >oici ma chambre; ici et sur cette porte je suspends mon crucifix. Le Sau\cur du monde entier est aussi le sauveur de la vertu ; souvienstoi du serment que j'ai fait à ma mère.

— Oui, répondit Nalhalius; si je l'oubliais, Dieu m'oublierait 1

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