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UN COIN DE L'UNTERWALDEN

Alphonse Karr l'a dit, il y a longtemps déjà : « On n'a pas un chien, c'est le chien qui vous a et qui vous mène. » J'en fais en ce moment l'expérience. On m'a donné un aimable petit chien, gros comme les deux poings et appartenant, je crois, à l'espèce toy-terrier. Avec ses pattes élégantes et menues, son corps mince, son poil fauve et doré, sa tête fine aux oreilles hautes et mouflues, il ressemble à un chevreuil lilliputien. Ses yeux pareils à deux cerises noires, son nez couleur de truffe, sa bouche spirituellement fendue, lui donnent une espiègle frimousse d'écureuil. Avec cela, il 9u l'humeur enjouée, le cœur tendre, et je me suis rapidement attaché à lui. Il répond au nom d' « Ami », et il est vraiment un ami

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pour moi. Pendant ces dernières semaines de violentes chaleurs, l'étouffante atmosphère parisienne avait fort éprouvé sa constitution délicate; le vétérinaire consulté ayant ordonné pour Ami l'air des montagnes, nous nous sommes décidés à partir pour le lac des Quatre-Cantons, et nous sommes arrivés, un beau matin, à Lucerne, l'un portant l'autre.

Si vous possédez un chien aimé, défiez-vous de ces grands hôtels à l'américaine, qui dressent leurs prétentieuses façades sur les bords du lac. En ces somptueux caravansérails, où tout est merveilleusement organisé pour rançonner le voyageur, on est barbarement inhospitalier pour les représentants de la race canine. Au Luzernerhof, lorsque nous avons, Ami et moi, pénétré dans la salle du restaurant, un garçon au correct habit noir et à l'obséquieux sourire nous a impitoyablement arrêtés sur le seuil : « Il n'est pas permis d'introduire les chiens dans la salie à manger. — Mais celui-ci est si petit et si peu gênant ! — Impossible, c'est la règle. — Je ne puis pourtant pas le laisser mourir de faim? — On le servira en haut, dans sa chambre. »

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Mais voilà : Ami abhorre la solitude ; dès qu'il se voit seul, entre quatre murs, il pleure de grosses larmes et pousse des cris de détresse qui me fendent le cœur. Réduit à cette dure extrémité, je le prends dans mes bras, je sors furieux de l'hôtel et nous errons à travers les rues, en quête d'un restaurant oîi nous puissions déjeuner librement tous deux. La môme scène s'étant renouvelée à l'heure du dîner, j'ai pris le parti d'émigrer à la campagne, et, le lendemain matin, j'ai demandé ma note. Si, au Luzernerhof, les chiens sont considérés comme de pures « encombrances », en revanche, on leur fait payer cher l'hospitalité qu'on leur donne si chichement. La note portait sans vergogne :

Appartement 8 fr.

Chien 2 f . .

Deux francs pour le gîte d'Ami; c'était juste le prix que je payais pour moi à Stanz, quand je. vins la première fois, en touriste, dans rUnterwalden ! Je me rappelai du même coup que Slanz se trouvait de l'autre côté du lac et ce souvenir me poussa à aller revoir ce bourg pastoral où j'avais séjourné, il y a

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