‹ Contes de Noël [microforme]Chapitre 22 sur 24 · NET EE PERTE EE · texte numérisé non relu

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avec de caressants murmures, toutes

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ces nouveautés ravissantes qui se Lé \ A Cd éd

révèlent à leurs regards étonnés,

tiennent hors du nid les têtes curieuses

" de ces êtres naissants.

L'horizon empourpré, la source éblouissante qui bondit sur le flanc de la montagne, les flocons blancs dans le bleu du ciel, tout cela a des tons chatoyants et séducteurs, des appels gros d’attraits et de promesses pour les nouveaux éclos.

Et c’est un murmure continu, un concert de petits cris joyeux. Qu'ils sont heureux de vivre!... Oiselets d'un jour, ils ont le présent harmonieux et ensoleillé ; et l'avenir !..... l’avenir! Quand les plumes dorées auront poussé, quand ies ailes diaprées se déploieront avec la vigueur de la

jeunesse! l'avenir ne se prépare-t-il

pas pour eux plus doux que le nid,

plus vermeil qu'un reflet de crépuscule dans le ruisseau limpide ?

Les petits serins ont crû. Ils ont atteint la taille ordinaire des oiseaux

de leur espèce ; mais l’un d'eux surtout est un prodige, l’orgueil de la famille, la gloire de la nichée. |

Quand sa voix vibrante et modulée éveille les échos matinals, plus d’une jeune serine sent palpiter son cœur d'oiseau, et joint une note émue à ses trilles éclatants.

Les êtres ailés, moins méticuleux !

que les hommes, reconnaissent sans

formalité et acceptent sans élections, |

| le souverain que Dieu semble leur

désigner dans celui d’entre eux qu'il dote de plus de charmes. Ceux du vieux chêne avaient voué un culte d'admiration et d'hommage à leur superbe compagnon.

Mais lui, indifférent à ses honneurs et à son prestige, ne formait dans sa tête altière que des projets aventureux de fuite et de voyages,

Un jour — aussi puissant que beau — il s’élança d’un seul trait, de la cime du grand arbre au sommet de la montagne lointaine. Puis, intrépide, il alla se percher sur une branche morte accrochée au milieu de la

cascade fougueuse. De là il envoya

au ciel sa chanson triomphale.

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Ses parents effrayés avaient essayé de le suivre, mais tristement ils étaient revenus au chêne, l’épier de loin, le cœur serré par un funeste pressentiment,

D'un vol aussi rapide le téméraire enfant était revenu ; toute la tribu en émoi l’attendait anxieuse.

Au lieu de regagner le nid paternel où ses petites sœurs attendries l’appelaient de toutes leurs clameurs, le jeune héros, comme pour lui faire hommage de ses premiers lauriers, alla droit chez sa voisine, la plus jolie serine du monde, secouer 5es ailes étincelantes des gouttelettes diamantées de

la source, et roucoulcr la plus suave,

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la plus délicieuse, la plus enchanteresse des mélodies que Dieu ait enseignées à ses créatures.

Les humains qui l’entendirent crurent que les accords d’une musique mystérieuse, s’échappant des sphères célestes, étaient parvenus à leur oreille privilégiée,

Les échos émerveillés la répétèrent avec enthousiasme, Tout le vieux chêne tressaillit, et un concert de louanges s’en éleva comme une fusée vibrante et prolongée,

Ces joyeux accents avaient regaillardi toute la peuplade. Chacun, sous

la feuille qui labrite, s’endormit

paisible, rêvant de douces choses.

Seule, la belle serine avait compris le mot d’adieu caché sous la chanson brillante.

Tristement sa petite tête veloutée

s'enfonça sous le duvet de l'aile

maternelle. Qui dira combien d’é-

toiles s'étaient allumées au firmament, combien de soupirs avait poussés la brise à travers les feuilles frémissantes avant que le repos vint clore sa paupière !

Le lendemain — toutes les fêtes ont un lendemain — les premiers reflets de l’aurore avaient effleuré la cime de l'arbre séculaire, le roi du jour, disant adieu à d’autres peuples, apparaissait,

s'élevait majestueux de son bain de

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flammes. Toute la nature chantait l'hymne matinale à sa manière, et le vieux chêne était muet — muet, mais plein de consternation, d’agitation et d’effroi :—L'idole, le serin adoré, le beau charmeur des bois s'était envolé, laissant l'angoisse au nid, le deuil à la voisine éplorée.

Elle, puisant une énergie désepérée dans l’agonie de son cœur, étendit toutes grandes ses ailes frêles et timides, et disparut, La beile idolâtre, n’écoutant que son amour, volait sur la trace du cher infidèle.

Trois longs jours de recherches et de souffrances s'étaient éternisés pour l’infortunée voyageuse. L'ouragan avait soufflé, la tempête avait mugi.

EE Le matin du quatrième Jour les

arbres, courbés par la tourmente, redressaient leurs panaches ruisselants. Le soleil revenait sécher les pleurs de la nature qui souriait à travers ses larmes en revoyant son radieux époux.

La pauvre serine épuisée, affaissée sur une branche, buvait languissamment des gouttes de pluie qui tremblaient sur une feuille de peu-

plier... Soudain, elle se redresse et bondit. Elle a entendu. Oui, ce ne peut. être que lui! Un petit cri bien faible, presque imperceptible ; mais pourquoi son cœur s’est-il arrêté à cette voix, pourquoi bat-il maintenant à se briser! Elle attend inquiète,

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le cou tendu, le regard intense, plein d’anxiété et d'espoir. Le cri se répète, doux, navrant, prolongé, Rapide comme léclair, la serine franchit l’espace qui la sépare de son bien-aimé — oh bonheur! il était là, elle le retrouvait! Mais non. L’espérance un moment ravivée allait s’éteindre à jamais. Hélas! le roi du vieux chêne est blessé. Son aile rompue palpite de douleur, Une fièvre brûlante l’agite et le consume, Il souffre. Ilse meurt. Ah! pourtant il ne peut périr, puisque le dévouement et l'amour subsistent

encore pour lui en un cœur féminin!

La jolie serine se fait sœur de cha-

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rité. Muitipliant les soins au bienaimé malade, elle vole au torrent, en rapporte dans son bec trois gouttes fraîches pour les couler sur la blessure, Elle remet doucement le membre

cassé dans sa position normale, lisse

de son aile de velours les plumes

hérissées autour de la plaie, verse dans la gorge altérée du cher blessé une eau rafraîchissante, Elle voltige, sautille sur le gazon d’une façon embesognée, va et vient, s’oubliant elle-même, s'épuisant pour faire revivre ses amours.

À la fin l’héroïsme eut sa récompense.

Par la plus belle et la plus radieuse

des matinées, le couple mille fois heureux revint au pays. Le fiancé était si rayonnant qu'on ne s’aperçut pas qu'il boitait un peu.

Il y eut noce complète au vieux chêne. De la base à la cime il retentit tout le jour de chants d’allégresse,

Le beau serin resta le roi.

L'année suivante, en cédant le sceptre à son héritier, il lui donna ce sage conseil... Au fait, que croyezvous qu'il lui dit? De toujours rester

au nid natal, prudemment abrité sous l'aile maternelle ?.. Oh non!

—Mon fils, lui dit-il, quand la mousse du nid, quand la tendresse de

ta mère ne suffront plus aux aspira-

tions de ton cœur troublé, va, mon enfant, au sein de la tempête, recueillir

une précieuse blessure; le ciel alors

t’enverra un messager béni qui te

fera revivre deux fois !.. Mon fils, un

pareil trésor vaut bien une aile brisée.

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On avait dit à bébé : — C'est fini maintenant! Vous êtes trop grande.

Il faut jeter cette affreuse chose au chat, Au (ar, répétait-elle, captivée par le souvenir du favori, Et c’est tout ce qu'elle retenait de ce grave sillogisme.

Or voici ce qui en était:

La question avait été agitée en famille à l'heure du couvre-feu, au

moment où bébé en camisole blanche,

les gros petons nus, distribuait les

bonsoirs, embrassant à grandi bruit sa

menotte étendue, à l'adresse de chacun.

Toutes les têtes levées, fascinées par ce jésus potelé aux boucles blondes, souriaient, lui renvoyaient les baisers; mais... la bonne se penche, et, à demi-voix : — Faut-il le lui donner ? — Ah c’est vrai! fait la maman subitement rembrunie, prise de lâcheté devant la grandeur du sacrifice, puis cédant tout-à-fait :

— Si, pour ce soir. Alors le père, sans quitter sa gazette, mais enlevant son cigare, prononce avec énergie ; — Ne lui donnez pas cette horreur! je vous en prie!

Là! il proteste. (Ça luiest bien facile à lui.

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— On ne peut pas, fut-il objecté, tout d’un coup, comme cela...

Mais lui l'interrompant :

— Je te dis que vous l’empoisonnez !

Vous l’empoisonnez ! voilà bien les pères. Ces stoiciens de la théorie, ces braves d’arrière-plan qui commandent la manœuvre d'une voix de tonnerre et s’enferment dans leur cabinet pour ne l'entendre pas exécuter.

—Eh bien! essayez, avait dit la maman avec résignation, intimidée

par tant de fermeté.

Mais vous ne savez pas encore le

sujet du litige, ; L'article en question, l'objet des

foudres paternelles, c’est une petite chose informe, d’une teinte grisâtre, brouillée, inquiétante ; un lambeau de caoutchouc, déchiqueté par des dents aigües; c’est un vestige du dernier biberon de bébé, aussi méconnaissable qu’une balle dont on retrouve le plomb fondu et mâché; une chose, enfin, peu appétissante, d’un parfum...

étrange, et à laquelle le petit monstre tient plus qu’à tout au monde,

Aussi est-on décidé à en finir. Ce matin encore, comme le papa, fier de surprendre son réveil d'oiseau, la pre-

nait dans son nid, toute chaude, les

yeux souvrant clairs et grands à la

joie du matin, et allait l'embrasser avec

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ferveur, elle lui entra cet objet dans la bouche. Ilen cracha pendant cinq minutes, très en colère, jurant.... d'opérer des réformes radicales, de trancher dans le vif, bref, de faire un coup d'éclat.

Et tout ce témps la pauvre insouciante victime de demain, la mignonne rose savourait l’horrible suçon.

Après le départ de la bonne, il s'était fait un silence, gazette et livre s'étant relevés.

Au bout d’une minute pourtant, la voix du tyran se fit entendre, mais sans cet accent invincible de tout à l'heure, une voix très mitigée, où l’on

sentait poindre un attendrissement.

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— Ne ferais-tu pas mieux d’y aller ?

— Non, ce serait pire.

Nouveau silence, puis soudain, le choc attendu; une explosion de larmes là-haut,

Il s'en suivit un tumulte, une envolée de feuillets, !....….

— Attends! dit le maître, tu vas tout gâter !

L'obéissance la ret'ent un moment, mais les cris continuant elle se précipite, et du bas de l'escalier :

— Marie! Marie ! s’écrie-t-elle, donnez-lui! donnez-lui !.….

Elle revient, le calme aussitôt rétabli, tout émue encore et murmurant :

—— L'idée de le lui enlever ainsi, sans

préparation! Pauvre chou!

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