‹ Contes de Noël [microforme]Chapitre 23 sur 24 · RAR · texte numérisé non relu

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De son côté le papa très remué, mais voulant tenir décemment son rôle jusqu'au bout, va chercher une allumette, ayant laissé son cigare s'éteindre, et lève les épaules à l'effet de blâmer cette défaite à laquelle il ne prend aucune part.

Il fallut donc apporter à l’évènement tout le soin que nécessitent les résolutions importantes.

— Depuis quand, monsieur le papa vous qui avez lu l’histoire, depuis quand le progrès surgit-il ainsi spontanément, sans efforts, du terrain des mauvaises habitudes et des abus ?

Citez-moi une réforme qui ait pous-

sé, de même qu'un champignon sur

une terre inculte, sans être amenée, conduite, préparée par une main habile et patiente!.…..Paris ne s'est pas fait en un jour!

Telles sont les ressources de la

diplomatie maternelle et le résumé de

son plaidoyer en faveur d'un atermoie-

ment.

Bébé a deux ans et demi du reste et sa mère qui lit en son petit cerveau comme dans un AB C ouvert, y voit déjà un embryon de logique. Aussi est-ce ce bon sens en herbe qu’elle compte exploiter pour accomplir la réforme projetée.

Bébé reçut un jour une superbe

poupée bleue, Bébé fut ravie, folle

de joie, et ne voulut plus quitter cette poupée, pas plus à table qu’à la promenade ou au bain. Il la lui fallut même pour dormir. Mais voilà! la nouvelle venue est l’ennemie déclarée des suçons !

Que faire alors ? Jeter le suçon au minou ?

——Jeter à minou, fait le petit singe.

En effet, la maman ouvre la fenêtre et Bébé lance elle-même son meilleur ami dans la cour.

Une fois blottie dans son lit blanc avec la précieuse poupée bleue, l'heure du dodo venue, la pauvre petite s'aper-

çut bien qu’il lui manquait pourtant

quelque chose, car deux fois, elle rap-

pela sa mère qui l'avait ce soir-là bordée longuement, se sentant tout attristée, le cœur fondu de compassion devant l’ingénuité de ce sacrifice sans murmures ; elle demanda du lait et voyant la tasse fraîchement vidée, reprit avec un soupir:

— Bonsoir, maman.

Une prière, une seule, se pressait sur ses lèvres qu’elle n’osait formuler, la sentant déraisonnable,

À la fin, trouvant un ingénieux prétexte pour trahir son gros regret :

— N'en a plus. Donné au rat! fit

sa douce voix, du même ton insidieux

et enjôieur qu’on le lui avait répété

tout le jour en vue du succès final,

Le tyran dans son antre, oubliant de lire son journal, attendait avec impatience la fin de l’aventure.

— Eh bien! dit-il, dès qu'il la vit revenir, allant à pas de loup, marchant avec précaution comme si le moindre souffle eût pu compromettre la victoire espérée.

Bébé ne pleura pas, mais elle s’endormit fort tard, et au petit jour elle s’éveilla en larmes demandant le suçon, puis s’avisant aussitôt de l’absurdité de sa requête, elle se mit à

crier plus fort.

— Quelque chose de bon!

Son innocente lâcheté avait encore

sa pudeur.

Ce fut la réaction; et les évènements ne tardèrent pas à justifier les prévisions de la claivoyance mater-

nelle, Au bout d'une semaine ce gros

chagrin était oublié … et puis quoi !..

Eh bien Bébé ne s’en trouva pas plus mal, au contraire, puisqu'on ne l’'empoisonnait plus, et ce furent pour les sages les regrets:

Cette importante réforme si habilement obtenue, cet avancement notable de l'enfant, ce progrès fameux, qu'était-ce en effet ?...,

La dernière étape de cet âge ex-

quis de la première entance où notre

chéri n’est qu'un poupon gras et rose qui tient tout, comme une petite boule, dans la corbeille que lui font nos bras.

C'est le commencement de cet autre où l’on devient conséquent, où l’on comprend, où l’on souffre,

Y a-t-il vraiment là de quoi être fier ?

C'est bien la peine de sevrer les pauvres innocents de leurs pures joies! Par quoi les remplace-t-on ?

Par les enseignements maussades de la raison, de l'expérience — cette marâtre qui ne sait corriger qu’en châtiant.

Pauvre bébé, cher petit mouton

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