‹ Contes de Pantruche et d'ailleursChapitre 6 sur 13 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

La scène représente la terrasse d’un café du boulevard, vers six heures du soir. Muche, dit Théodore de Soupières, est assis devant une table. Il a demandé « de quoi écrire » et consulte fébrilement sa montre. Théodore de Soupières est l’auteur du roman la Duchesse Poison, qui paraît en feuilleton, avec un grand succès, dans le Cri nationaL Passe un confrère et ami, le petit Duflel.

Difiel. — Embêté?

Soupières. — Très embêté. J'ai mon feuilleton à écrire pour tout à ITieure. J’ai déjà manqué un jour, hier, et aujourd’hui je suis obligé de le faire, absolument. Et ' ii rendez-vous dans un quart d’heure avec une femme tout a fait épatante, qu’il me sera impossible de lâcher de la soirée. Est-ce que tu suis mon feuilleton ?

CONTKS DE l>ANTlU;cifK ET D'AILIJU US

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Dufiel. — Oui, assez régulièrement.

Soupières. — Je ne te demande pas d’appréciation... ïu pourrais me rendre un sacré service. Fais-moi mon feuilleton d’aujourd’hui. Tu n’as rien à faire.

Dufiel. — Tu es dur. D’ailleurs je n’ai rien à faire. C’est malheureusement juste.

Soupières. — Ça va, hein? Tu es vraiment chic. D’ailleurs, je touche cinq louis par feuilleton. Ça te fera cinq louis de bon.

Dufiel. — Ça ira complètement si tu peux m’avancer les cinq louis, qui seraient bien reçus à l’heure actuelle. Tu dois être galet tcux.

Soupières. — Les voilà. Travaille, mon vieux. Mais ne fais pas bouger l’action. Piétine surplace... Allons! tu es vraiment chic. Tu connais Coude, le secrétaire de rédaction du Cri national? Porte-lui la copie comme si je t’en avais chargé, et corrige toi-meme les épreuves. Le correcteur est un peu loufoc et Coude passe son temps à faire des i*éussites avec des dominos. Au revoir, vieux, tu es un chic type!

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