‹ Contes de PerraultChapitre 15 sur 20 · Riche ou foiii · texte numérisé non relu

Riche ou foiii

Aussitôt il se jeta à ses pieds, lui déclara qui il était, et lui dit que la réputation de sa beauté et ses portraits l'avaient engagé à quitter une cour délicieuse pour lui venir offrir ses vœux et sa foi. Nonchalante fut d'abord si éperdue qu'elle ne pouvait répondre au prince, qui était toujours à genoux ; mais comme, en lui disant mille douceurs et lui faisant mille protestations, il la conjurait avec ardeur de le recevoir pour époux dès ce moment-là même, sa mollesse naturelle ne lui laissant pas la force de disputer, elle dit nonchalamment à Riche-Cautèle qu'elle le croyait sincère, et qu'elle acceptait sa foi. Elle n'observa pas de plus grandes formalités que celles-là dans la conclusion de ce mariage ; mais aussi elle en perdit sa quenouille : elle se brisa en mille morceaux.

Cependant Babillarde et Finette étaient dans des incpiiétudes étranges : elles avaientgagnéséparémentleur chambre, et elles s'y étaient renfermées. Ces chambres étaient assez éloignées Tune de l'autre; et comme chacune de ces princesses ignorait entièrement le destin de ses deux sœurs, elles passèrent la nuit sans fermer l'œil. Le lendemain, le pernicieux prince mena Nonchalante dans un appartement bas (pii était au bout du jardin ; et là cette princesse témoigna à lliche- Cautèle l'inquiétude où elle était de ses sœurs, quoiqu'elle n'osât se présenter devant elles, dans la crainte qu'elles ne blâmassent fort son mariage. Le prince lui dit qu'il se chargeait de le leur faire approuver ; et, après quelques discours, il sortit, et enferma Nonchalante sans qu'elle s'en aperçût ; ensuite il se mit à chercher les princesses avec soin.

11 fut quelque temps sans pouvoir découvrir dans quelles chambres elles étaient enfermées. Enfin, l'enviequ'avait Babillarde de toujours parler étant cause que cette princesse parlait toute seule en se plaignant, le prince s'approcha de la porte de sa chambre et la vit par le ti'ou de la serrure. liiche-Cautèle lui parla au travers de la porte, et lui dit, comme il avait dit à sa sœur, que c'était pour lui offrir son canu' et sa foi (pi'il avait fait l'entreprise d'entrer dans la tour. Il louait avec exagération sa beauté et son esprit; et Babillarde, qui était très persuadée qu'elle possédait un mérite extrême, fut assez folle i)our croire ce que le prince lui disait : elle lui répondit un flux de paroles qui n'étaient pas trop désobligeantes. Il fallait (pie cette princesse eût une étrange fureur de parler pour s'en acquitter comme elle faisait dans ces moments, car elle était dans un abattement terrible, outre qu'elle n'avait rien mangé de la journée; par la raison qu'il n'y avait rien dans sa chan)bre propre à mangei*.

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