A FORCE DE LE DIRE
montent vers les voûtes, s'entrecroisent entre les arceaux. Dans la grande salle de fête, toute resplendissante d'or et de pourpre, une foule de seigneurs s'assemblent, se confondent en un cliamarrement de soie et d'argent. Les couleurs vives s'allient au flamboiement des armures qu'incendient les flammes des vitraux. Les étendards, les oriflammes flottent légèrement sur le fond d'azur que découpent les hauts portails.
A chaque instant, de nouveaux arrivants viennent se mêler aux groupes déjà serrés vers les gradins où ils prennent place. Tout d'un coup, un appel de sonnerie fait éclater des cuivres. Les trompettes imposent le silence, annonçant le Roi.
Un murmure s'étouffe. Heureux de constater que tous les vassaux obéirent à la voix qui les convia, le Roi s'avance vers le trône. Parmi l'élite qui le suit, derrière les chevaliers de la couronne, Yolanthe, sa fille, marche lentement, entourée d'un radieux cortège de femmes et de pages.
Comme des archets invisibles exhalent une symphonie séraphique, elle prend place aux côtés de son père.
Une lassitude trahit de lourds ennuis dans ses yeux, sans pouvoir pourtant ternir sa beauté, puisque tous les princes la contemplent et vont convoiter sa main.
Le vieux monarque lui-même, oubliant les soucis d'un règne agité et l'injure du temps qui appesantit ses épaules, semble rassénéré. N'a-t-il point remarqué que tous les
CONTES DE POUPtES
grands du royaume, !«*$ suzerains qui lui doivent respect ou merci, les puissants des contrées proches, ont répondu à son appel ? 11 s'est levé, renouvelant la parole impérieuse que portèrent les héraults, conjurant tous ceux dont les ancôtres préconçurent la gloire, ceux dont les combats valurent renommée et grandeur, ceux dont les empires commencent à l'aurore et finissent au crépuscule. 11 les invite en ce premier jour de printemps à venir disputer en mérite et en noblesse, le diadème scintillant au front de sa précieuse enfant. Une émotion étreint les poitrines, quand selon l'usage et les rites consacrés, chacun doit s'humilier d'une génuflexion aux pieds de la ravissante princesse.
Inerte, lasse, elle les voit ainsi que dans un songe, semblables aux chev^liers dont les images ornent les pages des grands livres qui racontent l'histoire du passé. Ils défilent imploreurs, et les plus nobles sont ceux qui impriment leur face sur les dalles. Il est de vieux capitaines dont l'humble sollicitation affirme Ja promesse d'un amour paternel. Il est des seigneurs décrépits qui délaisseraient volontiers les coussins d'antiques douairières pour conter madrigaux et sornettes à jeunesse tôt éclose. Des héros valeureux ayant sacrifié toute joie pour l'ambition de l'épée voudraient retrouver les couplets oubliés naguère aux lèvres de fiancées figées dans les tombeaux.
Des jouvenceaux à la chevelure ardente furent troublés par sa candeur angélique ; d'autres étalant cyniquement leurs richesses passèrent dans un rayonnement de pier-