‹ Contes de Saint-LambertChapitre 8 sur 11 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

Ziméo est du faux le plus insipide et le plus puéril que je connaisse. »

// paraîtrait que Zimïo fut la cause d'une querelle et d'une brouille entre Saint-Lambert et Marmontel. « Vous savez, raconte Diderot, que Marmontel a fait un poème en prose, intitulé : Les Mexicains, qu'il se propose de publier l'année prochaine. Il y a, dans un des chants de ce poème, deux esclaves sauvages, ainsi que dans le conte de Saint-Lambert. Ces deux esclaves, qui s'aiment, sont embarqués sur un vaisseau portugais, dans le poème et dans le conte, Marmontel a fait éprouver au vaisseau un long calme suivi d'une famine, et Saint-Lambert en a fait autant. Les gens de l'équipage s'égorgent et se dévorent pendant ce calme y et ils s'égorgent et se dévorent dans lès deux ouvrages. Marmontel, plus sage et plus vrai que Saint-Lambert, montre les deux esclaves amants se tenant embrassés et attendant leur dernier moment, tandis que Saint-Lambert les livre à toute la violence de leur amour, et, courant après un de ces contrastes singuliers du terrible et du voluptueux, il peint une jouissance au milieu des horreurs qui désolent V équipage. Voilà la seule différence qu'il y a entre les deux fictions. Il s'agit de savoir s'ils ont imaginé la mime chose séparément, ou si M. de Saint- Lambert a eu quelque connaissance du chant de

x préface

Marmontel, qui était certainement composé avant que Ziméo parût. Non nostrum est tantas componere H tes. »

Le mot d'ordre était donné : on exalta, on applaudit le poème des Saisons, mats on ne parla pas des Contes qui l'accompagnaient. Voltaire, dans ses lettres à Saint-Lambert et à d'Alembert, ne tarit pas d'éloges sur les Saisons, qu'il compare aux Géorgiques de Virgile, mais il ne dit pas un traître mot des Contes. Fréron, dans {'Année littéraire de 1770, après avoir analysé et critiqué le poème, reconnaît que les Contes sont intéressants. Ces Contes sont, en quelque sorte, mis à l'index et condamnés sans appel. Il n'en est pas mime question dans les Mémoires POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE,

par Palissot, dans les Siècles littéraires , de l'abbé Sabotier, dans le Cours de littérature, de La Harpe, etc.

Saint-Lambert, blessé de cette coalition de ses amis et de ses ennemis contre ses Contes, essaya de les raviver, en cherchant une idée qui pût se rattacher à celle du délicieux conte de l'Abenaki, avec le titre des Deux Amis, conte iroquois ; au lieu de cinq ou six pages, il en écrivit quatre-vingt-cinq, et il les publia, en 1770, sans nom de lieu ni de libraire. Cette édition n'était faite que pour un petit nombre

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