L4 MAISON VOTANT
nu't votre maison prendra des ailes pour s'envoler au lieu que vous aurez choisi. Si vous avez besoin de moi, vous jetterez toute votre poudre dans le feu, et je paraîtrai.
La fée sortit.
ISî. Dufour, bien étonné de cette aventure, se dit : Elle se moque de moi. Comment me persuadera-t-elle qu'une maison prenne des ailes et s'envole ? ne tient-elle pas à la terre par ses fondations ? Cependant le pouvoir des fées n'a print de bornes, à ce qu'on dit. Pour moi, voilà la première que je rencontre, et si je m'avise de douter de sa puissance, elle pourra bien m'en punir. Essayons son talisman, quoique je n'y croie pas, et voyons.
Le soir, M. Dufour écrivit : Je déïire habiter le sommet d'une montagne d'où je puisse jouir de la plus bel!e vue.
Il mit sur son papier un peu de la poudre d'or enchantée, et il se coucha, persuadé qu'il se retrouverait, le lendemain, dans !e même endroit.
Quelle fut sa surprise, à son réveilj de voir que, bien qu'il eût fermé ses rideaux, sa chambre brillait d'un éclat tout nouveau de lumière !
Il ouvre ses fenêtres et voit qu'il est en effet sur le sommet à pic d'une haute montagne. Sa maison, qu'il pai court, ses dépendances, son jardin lui-même et jusqu'à ses caves, tout s'y trouve transporté ! Il retrouve ses tonneaux, son vin, ses provisions rangés dans le même ordre où il les a pinces, et iJ n'y a pas une bouteille, je ne dis pas cassée, mais seulement dérangée
C'est bi>n commode, se dit-il en riant; et voila
0f CONTES DES FEJES.
une .singulière voiture qui vohs transporte, ton! '
0*8 voolea. Voyons, examinons la vue superbe je jouis maintenant. Ah, quel horizon ! qm e ïq de bois, que de coteaux ! A droite, à ., eu; face, derrière moi tout est à perte de Vi v-, tout est varié ! c'est admirable ! Ah 1 voilà ce que je désirais depuis longtemps ! je vais vivre heureux ici comme un sage, comme un véritable philosophe, et c'est pour le coup que je n'ai plus de voeux à former. Sachons maintenant comment on peut s'approvisionner pour la nourriture, sur ce roc qui me parait bien escarpé.
M. Dufour n'avait point de domestique; habitué à une vie frugale, il allait chertfier ce qui lui convenait et raccommodait lui-même à sa guise. En remariant d'en haut, il remarqua au pied delà montagne un joli village, et persuade qu,;i y trouverait boulanger, boucher, tout ce quM I uit. il y descendît ; mais le chemin était si mauvais, si rocailleux, si raide surtout, qu'il manqua vingt lois de se rompre le cou. Il revint peu content, fit ton peîil dîner, et oublia bientôt le mauvais chemin ca jouissant de la plus belle vue possible.
Cela alU assez bien pendant à peu près six mois ; lirais au bout de ce terme il se repentit de son changement. D'abord, .es chemins qui montaient à son rocher devinrent impraticables. En second lieu, ses arbres," ses légumes, ne trouvant plus qu'une terre aride, sablonneuse, bien loin de lui rapporter, comme auparavant, des fruits déiicie-ix, des graines nourricières, un petit vin blanc pétillant vin de Champagne) crevèrent tous, «1 ton
LA MAISO'N VOLANTE. 91
dio de douze arpens devint une véritable plaine Mutsi sèche, aussi stérile que celles qui couvraient le plateau de la montagne.
Oh ! que j'ai mal tait ! s'éeria-t-if. J'ai tout perdu, sans en trouver d'autre dédommagement que cette -prétendue superbe vue qui, dans le fond, est toujours la même chose. Qu'est-ce qu'on voit Ià-ba3, toute l'année, des plaines, des collines, des forêts, et continuellement des forêts, des collines et de3 plaines ! Quand on a contemplé cela plusieurs fois, ou en a pour la vie à les connaître, et rien n'est plus monotone que de voir sans cesse les mêmes objets. CY't de plus une nature morte; car tout cela est si éloigné que la meilleure lunette d'aj>proclie ne vous y ferait pas distinguer un être vivant. Et puis pour avoir cette froide jouissance, il faut vous nicher sur «les montagnes escarpées, où vous êtes rôti l'été, g^lé l'hiver. Le vent du midi brûle tout, le veut du nord brise tout. Ces deux mauvais aquilons dévorent mes plantes, déjà desséchées par un terrain sec et dénué de sève. Que vais-je devenir pendant cet hiver qui eummence déjà à se faire sentir ? Je ne pourrai aller cUei < her la nourriture la plus indispensable; il me sera impôts Lie tle me chauffer, faute de bols qu'on ne peut faire monter jusqu'ici qu'à force de chevaux et dV> irais. D'ailleurs j'y suis aussi dans une trop graoffi solilr.de. Quelque ami qu'on »oît de la fran-
[ë\ un aine a h m hntrci des figtin s J'y ai plus d'une lois regretté de ne : nseï
bons paysans, leurs ânes, leurs chevâox, \ems mu-
•2 contes des rniîs.
Oh I que je suis heureux ée n'avoir pas bâti ma demeure dans ce désert ! heureusement je puis l'en retirer. Allons, allons, à ce soir, à ce soir.
Quand la nuit fut venue, il écrivit : Je préfère une riante prairie, coupée d'une jolie rivière et boisée en bocages frais, d la porte d'un Aameau.
Il jette dt, la poudre d'or, et se promet cette fois de ne pas se coucher pour être témoin du voyage de sa maison et jouir des effets de son vol hardi. En conséquence, il se mit à la fenêtre , mais bientôt le sommeil s'empara tellement de ses sens, qu'il n'eut que le temps de se jeter dans un fauteuil, où il s'endormit profondément.
Il fut réveillé par le chant doux et varié d'une multitude d'oiseaux ; il ouvrit ses yeux et crut qu'il ne faisait pas encore jour, tant le ciel lui parut •ombre; mais il remarqua bientôt que ses croisées étaient obstruées par des arbres serrés et touffus. Il regarda dehors, et s'aperçut que sa maison était maintenant placée dans une plaine qu'ornaient ça et là des arbres fruitiers. Le murmure des eaux l'avertit qu'il était près d'une rivière. Une petite rivière, en effet, serpentait dans la plaine, venait traverser son jardin ; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce jardin avait recouvré ses arbres, ses plantes, ses berceaux, ses vignes, tout ce qu'il possédait auparavant.
0 fée Bonace! s'écria-t-il, je te reaierde, tu ai comblé mes vœux!
Il sortit visiter la plaine, qui était des plus agréables, et « la porte d'un bourg rempli de châteaui