‹ Contes des féesChapitre 11 sur 14 · LA MAISON VOLÀÎ1TE · texte numérisé non relu

LA MAISON VOLÀÎ1TE

et de maisons de campagne qui se le disputaient les unes les autres, en beauté, en variété. A la bonne heure, se dit M. Dufour ; je vivrai parmi des vivants. Oh ! je su's au comble de la joie.

il ne [arda pas à revenir de cette ivreâse. D'abord, ou était dan- le temps des chasses; les daims, les cerfs sautaient dans son jardin ; les grands seigneurs qui occupaient les châteaux voisins, euiraieut, sans demander peruiissiou, chez lui avec leurs chevaux, leurs chiens, leurs valets, et pour attraper leurs bêtes ils y faisaient un dégât épouvantable. En vain se plaignait-il de ces excès, on lui riait au nez. Il avertit un jour ces pillards qu'il tuerait toutes les bètes fauves qu'il trouverait che* lui , on le menaça de." galères, et il n'osa plus rieu dire.

Après ces chagrins, il en eut d'autres. Sa rivière déborda, mit dans l'eau son jardin, ses caves et jusqu'au rez-de-chaussée de sa maison ; il fallut qu'il se retirât dans les combles, la plaine n'offrant plus qu un vaste lac. Il passa encore la-dessus, espérant que l'été lui ramènerait des jouissances. Il lut humide, froid, venteux et empêchant la terre de produire; «1 bien que, par la raison inverse de sa -montagne, M. Dulcir ne récolta rien, ou que peu de chose. Avec cela, tous les habitants du bourg le regardèrent comme un ours, qu'ils se moutrèrent au doigt. Il devint la risée même des domestiques, qui se moquèrent de lui parce qu'il mettait son pot au feu lui-même, et n'avait pas de- cuisinière. Les chasses recommentèrent, et ce fut bien pis, car étant très-près d'un château royal , où le souverain

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•rlta pas^r un mois, tous les grands de la cour Tinrent visiter les seigneurs du bourg, et ceux-ci, se mettant en troupe, ne laissèrent rien sur pied dans la maison de M. Dufour, pas plus que dans la plaine, qui se trouva dévastée.

Allons, se dit notre homme, ce n'est pas encore là l'asile du sage. A ce soir !

Il écrivit : Toute réflexion faite, la montagne tfi avide, la plaine est humide ; sur l'une on ne voit personne, dans l'autre, o/t est gêné, tourmenté par trop de monde ; je renonce à la campagne, je retourne a la ville. Placez-moi, bonne fée, au bout d'une file de maisons', que j'aie des voisins, des amis, des connaissances au moiîis ; c'est le dernier vœu que je forme.

Après avoir usé de son précieux talisman, il se mit dans son lit, s'inquiétant peu maintenant du vol de sa maison, présumant que la fée l'endormait à n nom qu'il n'en fût ras témoin. Il s'endormit en effet sur-le-champ et profondément. A peine avait— il f.iit son premier somme, aue vingt horloges hretû l'une après l'autre l'heure à' ses oreil- V ou i a page succéda le bruit des passants, des chiens, des chevaux, des voitures; eoun, le cri des ramoneurs, des marchands ambulants ; tout l'avei lit qu'il était dans uoe ville. Il se leva, remarqua des rt." ei bi n s qui commençaient à s'ét indre, et se dit : Ah I tant mi' ux, me voilà enfin en viile; là on peut rester autant iuconnu qu'on veut l'être. Point d'inondation, ou du moins rarement. Point de cerfs, de daims, de grands et dfi chasseurs qui bouleversent votre maison,' Jo verrai mes ancien; coBfr.ères:

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