‹ Contes des féesChapitre 12 sur 14 · MAISON VOLANTE · texte numérisé non relu

MAISON VOLANTE

i dîner, souper en ville, au café, au spectacle. Ah ! il faut en rjv uir à cette vie-là ; c'est la seule qui soit variée, agréable. Mais ai-je toujours mon jtrdin ? (il regarde.) Oui, il: est entouré de grands bâtiments! Qu'est-ce que cela veut dire?

Il sort, s'aperçoit qu'ii est justement cl faubourg de la vilie, qu'il connaît ; il s'en réjouit parce qu'il n'en sera que plus près de ses amis.

Cependant, il es: entouré de manufactures, d'ateliers, d'usines; sa maison même est mitoyenne à une fonderie de suif, à gauche, aune manufacture de colle forte; son jardin est appuyé au nord à une distillerie d'esprit de vin, au levant, à un vaste atelier de charrounage, et uu couchant, à une manufacture d'eau de javelle, établie sur une petite rivière bontée a droite et à gauche de blanchisseuses.

M. Dufour esi empoisonné là par mille odeurs infectes, étourd' par des maillets, des marteaux, des battoirs. Il veut se dissiper en allant voir ses anciennes connaissances. Il en reçoit des dîners, il en rend ; il va au «aie, il perd aux dames, aux dominos, il se ruine peu a peu; ii commence enfin à faire de9 réflexions: la ville n'est bonne que pour ;î;< iit d'alV-ùres quelconques, ou qui ont une grande fortune pour se retirer. Je commence à legretter te premier village où j'ai fait bâtir ma maison ; j*y étais plus tranquille que partout ailleurs; ici je suis trop dissipé, enivré d'odeurs insupportables; et, pour comble de malheurs, la fum^e de toutes ces usines noircit mes arbres, les empêche de rapporter ; je ne récolte pas plus ici que dans la plaine et mr ia montagne : j'étais à mi-côte

et j'avais de tout! C'est, au me. al, le sort de l'liomme raisonnable qui sait se tenir entre le trop haut, le'trop bas, enfin, entre les deux excès eu tous genres. \

En réfléchissant ainsi, il se mit au lit ; mais des cris affreux au feu ! au feu ! l'en tirèrent bien vite. La fonderie de suif avait mis le feu à tous les établissements voisin?; sa maison, entre deux inecu dies, devenait déjà la proie des flammes; il veut courir à son secrétaire, écrire un mot pour la faire envoler... impossible! un tourbillon de fumée l'en empêche. Le secrétaire brûle, et par conséquent le précieux talisman qu'il y a renfermé. Cependant, on enfonce les portes ; vingt jets d'eau de pompes à incendie, dirigés sur la chambre, vont le noyer au milieu du (eu ; le pauvre M. Dulour s'écrie : 0 fée Bunace à mon secours !

Elle paraît. Elle lui dit : Où veux-tu aller? — • Eh ! mon Dieu, dans mon village, dans mon village 1 à la place où j'étais avant tous ces changements.

La fée le touche de sa baguette, il s'eudort et se réveille au lieu où il avait fait bâtir sa maison. Elle n'est nullement endommagée. Le secrétaire même s'y retrouve à sa place j les traces du feu sont effacées partout.

M. Dufour, au comble de la joie, se jette à genoux et s'écrie : O bonté suprême! tu m'as trop bien favorisé. Insensé que j'étais de vouloir changer une existence que ma modique fortune et la simplicité de mes goûts rendaient si doutes ici ! Je ressemblais à ces gens qui, ne se trouvant bien nulle part, vendent leur propriété pour en acheter une

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autre: revendent celle-ri, en r;!clietant une nouvelle; courent ainsi plusieurs contrées, et d'acquisitions en acqnisitioos, finissent par tout perdre ; soit par des dettes, des charges trop onéreuses, soit par des accidents, comme cet incendie qui a pen-a me priver de iron unique avoir. Quand nous sommes bien, tenons-nous-y, contentons-noro même d'être passablement. L'amour du changement ne mène à rien de bon ; le sage reste dans îa uojitioa >ù le ciel Ta piaeé» et \l eêt heureu*.

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