le! la mère et l'enfant restent confondus
Un léger bruit qu'ils entendent les fait seielourner, ils voient la fée Darbotte , elle-même, tout de au milieu de la chambre. Mes amis, dit la fée ton grave et sérieux, je ne vous ai pas donné cet or pour satisfaire votre cupidité ou votre ambition. ]i ne doit servir qu'à vos besoins. Vous n'y prendrez, chaque jour, qu'un louis à la fois. Si vous afiez le malheur d'en vouloir détacher un second, le coiTre entier deviendrait une flamme ardente qui mettrait le feu à la maison. Telle est la nature de «os bienfaits qu'ils ont toujours une restriction, et la suite vous prouvera que celle-ci est pour votre intérêt. Adieu.
Elle disparut. La mère-grand a éprouvé tant d'effroi de cette apparition , qu'elle est prête à en perdre connaissance. Elle revient à elle cependant, et dit, en se résignant : Allons, il faut se contenter de ce qu'on vous donne, et en user sagement. S'il est impossible d'acheter une propriété qut coûterait peut-être deux cent mille francs, nous aurons toujours une existence honnête , en prenant tous les jours un louis, ce qui, si je sais bien compter, augmente notre revenu de huit mille sept cent soixante francs. Dame , mon garçon ! avec cela, il n'y a pas de quoi acheter grand'chose ; mais on peut vivre , j'espère? et des plus honorablement eucore. La grand'mère se consola.
Quelques moi* s'écoulèrent, et Théophile vit avec chagrin que sa bonne mère-grand changeait à vue éi ad. La buit, elle ne donnait pas; le jour, elle vu»
LA COQUILLE DE NOIX. ïi
quittait plus sa maison : elle fermait tout avec une précaution minutieuse, et le moindre bruit fa faisait tressaillir. Qu'avez-vous , lui dit-il un jour, ma bonne maman ? quelle peut être ia source de votre chagrin ! car vous en avez ; c'esi en vain que vou3 voudriez me le dissimuler.
Ah ! mon ami, répondit la vieille dame, tu ne sais pas ce que c'est que posséder un trésor 1 on craint toujours qu'on ne vous l'enlève. Depuis que ce coffre est ici, je maigris à vue d'œil ; j'y pense jour et nuit ; je tremble quand le vent siffle dans les cheminées ; enfin, je suis rongée d'une secrète inquiétude qui abrégera mes jours, si je n'y trouve un remède. — Oh ciel ! s'il est un moyen dites le moi bien vite; car il n'y aurait pas de trésor qui pût me consoler de votre perte ! — Tu m'aimes donc bien, mon Théophile? — Et comment n'aimera-is-je pas une tendre mère qui remplace les auteurs de mes jours? — Tu (jçux me le prouver. — Quelque chose que vous exigiez, je suis prêt à vous satisfaire; parlez. — Eh bien ! te voilà grand et fort ; tu vas sur seize ans ; tu es un homme. — Je saurais an moins en remplir les devoirs. —Il faut, pour me co'n tenter, que tu veilles toutes les nuits auprès de ce coffre. Je t'ai acheté un fusil, des pistolets, de la poudre, du plomb, une carabine, un couteau dediasce, un sabre, une épée, àeux gros bâton? et une forte serpe. Tu auras tout cela prè* Je toi, et le jour pendant que tu te reposeras dans ton iii des fali* gués de la nuit, je ferai sentinelle, à mur» tour. Je ne t'ai pas dît pourquoi j'avais renvoyé la servante , ï'wst que je veux que nous ne soyons que nous deux
42 CONTES DES FÉrS.
ici, qu'il n'entre personne , et que tout soit cxicteme ot fermé. O mon Dieu ! si l'on savait que nous Cachons derrière cette tapisserie un pareil trésor, on viendrait nous couper le cou pour l'avoir. Veux-tu céder à mes désirs ?
Théophile chérissait trop sa nonne maman pour lui trouver un ridicule, il ne savaitquelui obéir. Il lui promît donc de faire tout ce qu'il lui plaira it. Mais la garde assidue de Théophile ne guérit pas les alarmes de sa grand'mère. Elles redoublèrent ; la bonne dame s'imaginait, les nuits, qu'on venait attaquer son petit-fils ; elle ne rêvait plus que voleurs, combats, assassinats ; elle croyait entendre le cliquetis des armes; et si elle s'assoupissait, elle se réveillait en sursaut, en lui criant : Hein ! est-ca toi qui tires un coup de pistolet ?
Théophile, voyant la maigreur et la faiblesse extrême de cette vieille dame, lui dit un matin : Maman, vous ne dépensez certainement pas, par jour, le louis que je prends dans ce coffre ?— Que dislà ! je n'en ai pas dépensé la huitième partie. Au contraire; je ne mange plus , je ne m'habille plus, et toi, qui metienssi fidèle compagnie, tu ne prends aucune espèce de plaisir ; cela fait que, depuis huit mois, j'ai là plus de cinq mille francs dlépargnes. — Cinq mille francs , bonne maman ! eh mon Dieu! il ne vous en laut pas davantage pour le moment ; par la suite, je puis utiliser mon talisman d'une autre manière. Permettez-moi de le briser?— Je crois que tu as raison , mon garçon ; car il me ferait mourir.
Théophile n'attendit pas que sa mère se rétrac
f,A COQUILLE DE NOrX. 13
tât ; i! donna l'ordre au coilre de disparaître, et a l'instant la coquiliese retrouva à sa place. Sa mèregrand iui dit : Tu as blt:\ fait, mon ami; et d'ailleurs il ne nous en sera';., -esté guère davantage, si nous avions acheté la propriété en question. J'ai appris hier, qu'à la suite d'une grêle qui avait ca.-.-.é six arbres, la foudre étâi* tombée sur le château, les bâtiments, la grange , etr. , et avait tout réduit en cendres ; ce qui prouve que la fée a eu bien raison, quand elle nous a dit que c'était pour notr< propre intérêt qu'elle nous empêchai* de l'acheter. Allons, serre bien ta coquille et reprenons la santé, la gaité , ainsi que nos anciennes habitudes.
Il se passa quatre années sans qu'il arrivât riea de nouveau à Théophile. Il avait caché soigneuse ment sa coquille , et il la réservait pour de grande* occasions. Théophile travaillait chez son marchand, et il connaissait parfaitement le commerce. Le marchand avait une fille très-sage , mais excessivement laide. Le père de cette fille dit un jour à Théophile : Mon ami, si tu avais quelque pacotille àtransporter iians les îles tu y ferais fortune ; et, à ton retour, je te donnerais ma fille en mariage.
Théophile estimait cette jeune personne ; mais il ne l'aimait pas assez pour en faire sa femme. L'avis du marchand n'en excita pas moins son ambition. Depuis longtemps il brûlait du désir de voyager, et il saisit cette occasion. Mousieur, répondit-il au marchand, je me trouve très-flalié de cet honneur. Je pars à l'instant , si vous me promettez d'avoir soin de ma bonne mère-grand , qui est bien à^ée, mais dont la santé, qui s'améliore de plus en plu>,
i4 CONTES DES FÉES,
me permet de voyager sans inquiétude pendant
quelques mois.
Le marchand lui promit de prendre sa^grand'mère dans sa propre maison, ce qu'il fit, et Théo phile partit.
Arrivé au premier port de mer, il attendit la nuit ; puis, jetant sontalisman dans l'élément perfide, il s'écria : Coquille de noix, deviens un vaisseau chargé de marchandises.
A sa grande satisfaction, la coquille se changea, à sa vue, en un joli vaisseau, dont le capitaine s'approchant de lui, le prit par la main sans prononcer une seule parole, et le conduisit dans la cale, où Théophile vit en effet des ballots de toutes espèces. Quand il fui remonté à la proue, dans la chambre qui lui était destinée, il s'aperçut que le vaisseau avait déjà quitté le rivage, et qu'il était en pleine mer. Il se coucha et s'endormit.
Le lendemain il fut bien surpris de voir que le capitaine et ses matelots se contentaient de le saluer sans lui dice un mot. Il les questionna , même silence. En un mot, ils lui obéissaient en tout, mai» ils ne lui parlaient point. Apparemment, se dit-il , que ce sont les gens de la fée Barbotte , et qu'elle leur a défendu d'ouvrir la bouche. Ils ne rouvrirent pas en effet, même pour manger. Ils servaient Théophile à table et ne prenaient , eux , aucune, nourriture.
Au bout de huit jours, un vaisseau plein de pirates vint fondre sur celui de Théophile. Le pauvre jeune homme eut beau ordonner à son équipage de »e défendre, tout le monde resta les bras croiséi
•ulour de lui, en sorte que le chef des pirates brûla le méchant navire qui l'avait amené, trouvant celui de Théophile bien/plus commode pour lui, et il mit le jeune homme dans les fers, à fond de cale.
Théophile se prit à pleurer, à gémir, à appeler en vain la fée Barbotte à son secours. Sa terreur redoubla quand il entendit le chef des pirates, Mahmou-Assa, dire à ses gens : Courage ! mes amis ; demain nous arriverons à la terre de Feu , et si le gouverneur ne veut pas me donner sa fille , je l'enlèverai ; je la transporterai dans ce charmant navire jusqu'en mon palais, et là, je ferai du jeune Tnéophile le gardien de mon sérail. "
Je suis bien bête ! s§ dit Théophile à ces mots ; je puis à l'instant même punir l'insolence de ce forban, et j'aime mieux mourir dans les flols que de subir l'esclavage affreux qu'il me réserve.
Il ordonna à son vaisseau de redevenir coquille,' et la métamorphose se fit si promptement que Théophile eut le temps de voir les pirates et leur chef couler jusqu'au fond de la mer.
Quant à lui, il se trouva couché tont de son long dans la coquille , qui, saus changer son bois, si sa couleur, avait seulement pris la forme d'un esquif de la taille juste de son maître.
Elle le transporta doucement jusque sur une plage déserte, où reprenant sa première dimension , elle permit ^ Théophile de la mettre dans sa poche.
Il se trouva justement dans là terre de Feu, dont le gouverneur avait une très-jolie fille que le pirate Wahmou-Assa convoitait.
Vous dire, mes enfants, comment Théophile
parvint à se faire aimer de ce gouverneur et de sa fille, la belle Déborah, serait étendre mon récit déjà trop long.
Qu'il vous suffise de savoir qu'au moment où il allait épouser Déborah, le méchant pirate, qui s'était sauvé des flots, reparut avec une nombreuse armée, livra bataille au gouverneur, et parvint, dans la mêlée, à enlever sa fille, qu'il transporta, sur sa petite flotte, jusqu'à Pile de Feu où était situé son palais.
Le malheureux gouverneur était au désespoir. Séchez vos larmes , mon père , lui dit Théophile j je pars , et je vous ramènerai votre fille , naon épouse.
Il dit , ordonna a sa cSquille de t!evenir char aérien, se place dedans, et arrive au palais du pirate avant l'arrivée du forban et de sa proie. Comme il avait ordonné à son char d'être invisible, il le déposa dans un coin de la vaste cour du palais , et ne tarda pas à voir revenir en triomphe le pirate , tenant dans ses bras Déborah fondant en larmes. Comme Théophile, en opérant la métamorphose du char, s'était, trouvé habile en chef de pirates, bienfait qu'il devait encore à la bonté de la fée; il s'approcha du char de Déborah , la prit par la main , sans paraître suspect au ravisseur, qu^crut que c'était un des siens. Théophile alors dit à l'oreille à Déborah qui il était, et la conduisit vers le char pour l'y placer près de lui.
Mais, ô douleur! le char était redevenu coquille de noix ; le quatrième vœu de Théophile était accompli ; tout reprenait sa forme naturelle. Lui»
même avait vu disparaître ses habits de forban , et le pir?«e ravisseur le reconnut !
Ali, .^Ji ! s'écria ce dernier : voilà donc le jeune téméraire, et s?n talisman que je puis enfin lui rav ir ! Déborah, sans vouloir me diT2 de qui il le tenait, m'a confié qu'il possédait cette précieuse coquille ; elle est à moi, et je vais lui ordonner d'envoyer ici sur le champ une légion de tigres qui dévorent c mes yeux ce eouple téméraire !
Pendant qu'on charge de chaînes noire imprudent jeune homme, le pirate ramasse la coquille , mais il n*a pas le temps d'achever Coquille deviens
Le talisrfian se br?se avec un fracas épouvantable. Le palais s'écroule; le feu dévore, et brûle dans des tourments inouis, le forban et les siens... Fuyons, Déborah, s'écrie Théophile , fuyons ce spectacle Horrible!
Tous deux se sauvent dans un bois voisin , où l'ombre ainsi que l'air pur et frais leur permettent de s'asseoir, de respirer, de se reposer. Une marre fangeuse est auprès d'eux ; mais ils n\ pensent pas, tant ils sont effrayés de ce qu'ils viennent de voir... A l'instant une petite femme, toute couverte do bourbe, sort de cette marre. C'est la fée Barbotte: nos deux amant» se jettent à ses genoux, qu'ils en> brassent, quelque crottés qu'ils^ soient ; mais la fée les relève et dit : Théophile tu m'as bien secondée dans les tentatives que j'ai faites pour me délivrer de mon ennemi. Tu viens de me venger de l'enchanteur Miaulant, à la méchanceté duquel je devais cette triste métamorphose. Pour que je n'y fusse plus as-
M CONTES DES FÊE*.
sujétie, le destin, voulait que je trouvasse le moyen . de taire tomber un de mes talismans dans les mains de cet enchanteur, par une tierce personne qui I forçât à s'en servir lui-même. Il u'est point mort comme tu pourrais te l'imaginer j mais le destir. Pa condamné, à son tour, à devenir chat pendant cent ans. Tu vois qu'il aura Je temps de miauler ... Tiens, le voilà .mi passe sous cette forme. Vois-tu ce gros chat noir? Eh bien! c'est lui. Il s'arrête devant nous, comme il nous regarde 1 quels yeux il nous fait ! va-t'en, gros vilain matou !
L'enchanteur-chat , à cet ordre supérieur au» quel il ne pouvait résister, se sauva, eu miaulant comme si on avait jeté sur lui de l'huile bouillante.
La fée redevint belle, jeune, brillante d'atours, et elle dit à Théophile, ainsi qu'à Déborah : Comme c'ert à vous que je dois le bonheur dé rester toujours telle que vous me voyez, je veux vous combler des marques de ma juste reconnaissance.
11 parut soudain un ballon enlevé par deux aiglons et portant une jolie nacelle dans laquelle mxs trois amis se placèrent. Ils arrivèrent bientôt à la terre de Feu , chez le gouverneur auprès duquel Théophile eut le bonheur de. retrouver sa mèregrand , que la fée avait transportée d'une manièi e magique. Les noces de Théophile et de Déborah se firent de suite avec la plus grande pompe, et ce couple heureux vécut longtemps riche, puissant, . honoré de la protection de l'excellente iee Barbo te, «lui ne les quitta plus que pour remplir les dtf ira du éle* <!e fi'ie.
Là COQUILLE DE NOIX. * 49
Telle fut, mes enfants, la récompense du respect pour l'âge et le malheur. S'il se fût moqué de la iée, comme ses camarades, le premier jour qu'il la rencontra, s'il ne l'eût pas aidée à sortir de son bourbier, elle ne l'aurait pas distingué comme un hou cœur, comme un petit garçon sensible, humain et généreux.
Amis, rendons service chaque fois que l'occ»s jon s'en présente.
LE GÉANT PÉRIFÉRIGÉRILÉRIMINI
COMTE
pux petites filles et leur jeune frère, nommés Suzette, Isaure et Chariot, demandèrent un joue ,à leur». /aman la permission d'al»
1 1er se promener dans la grande rue. Je le veux, bien, leur dit leur maman, mais c'est à condition que vous n'entrerez pas dans le bois qui est au bout, car vous savez, on vous Ta souvent dit, qu'il apparaît quelquefois, dans ce bois, un géant terrible, Dominé Périlérigéi ilérirain-i, qui emporte les petits enfants dans Èon antre sauvage, où il les mange. Prenez-y bien garde; vous me promettez de ne pas entrer dans ce bois dangereux.
Les trois enfants répondent ensemble : Ohl oui, maman.
La mère ajoute: Isaure, toi qui es la plus grande, je te recommande de veiller sur ton frère et ta sœur, — Oh 1 oui, maman. — Allez et ne soyez pas longtemps. — Oh! non, maïkan.
Tous les enfants disent toujours: Oh! oui, wia- S
LE GEANT PÉRIFÉRIGÉRILÉMMIM. 21
tnan : oh! non, maman; mais ils sont disposés à désobéir. Ceux-ci firent comme les autres, ils virent, ce loin, le bois rempli de fraises et de roses de haie. Oh ! les bonnes -.raises, dit Isaure.
Oh! les belles roses! s'écria Suzette.
Moi, dit Chariot, je ne suis pas pour les rose», mais pour les fraises.
Isaure avait dix ans, Chariot neuf, et Suzette huit ; ils étaient bien jeunes et gourmands, ah î
Ils entrent dans le bois, ils cueillent, ils mangent; et, comme l'appétit vient en mangeant, ils s'enfoncent, sans s'en apercevoir, dans l'épaisseur du bois. Un géant leur apparaît, un géant d'au moins quarante pieds de haut, vçlu de feuillages et portant une longue massue faite d'un chêne tout entier.
Nos enfants jettept un cri et veulent fuir ; mais le géant, qui parcourt vingt pieds par chaque pas qu'il fait, les a bientôt attrappés. Je suis friand de1 petits enfants, dit-il d'une voix de tonnerre ; en voilà trois, c'est bon, ce sera pour mon diner et won souper.
En disant cela, il prend les trois enfants dans une main, les couvre de l'autre, comme s'il les mettait dans une boite, et les emporte dans son antre, où il les enferme.
Tandis que Suzette se contente de pleurer amèrement, sa sœur Isaure et le petit Chariot font mille reproches au géant, lui disent cent sottises et le menacent de le mordre, de l'égratigner, s'il ose les approcher.
Crois-tu que tu nous auras comme cela ? dit Chariot, vilain borgne (le géant n'avait qu'un œil).
u contes du nu*
Chariot prena un couteau de troif pledi âe taftg qu'il trouva sur une table; Isaure s'empare d'une paire de ciseaux de la même taille, et tous deux se préparent à une défense opiniâtre.
Le géant leur dit, en écumant de colère . vous allez voir, petits vermisseaux, si le géant Périféri-érilérimioi a peur de vous.
H les prend, leur coupe le cou, les déshabille et les met sur le gril.
Pendant qu'ils cuisent , Suzette , mourant de pnir, dit en feignant de sourire : Oh! monsieur la géant, j'espère bien que vous ne m'en ferez pas autant qu*à mon frère et à ma sœur ? — Tout autant, petite. Je vais diner avec eux; et, comme je marrge peu le soir, je te servirai pour mon souper. — Oh! vous n'auriez pas cette barbarie. — Pourquoi ? — C'est que je suis douce, moi ; je ne dis pas de sottises à personne, et je trouve tout uaturel qu'un seigneur tel que vous, qu» aime la chair fraîche des petits enfants, s'en régale, surtout quand ils ont mérité de mourir pour avoir désobéi à leui maman. — Ah ! vous avei désobéi ! — Moi un peu moins que mon frère et ma soeur. Je leur disais sans cesse: Prenez garde; vous pouvez être pris par le grand,le puissant, le très-haut seigneur Périférigéiilérimini. Il peut être indulgent pour l'enfaoce timide, douce, modeste ; mais, si voin lui manquez, si vous I insultez, ii vous croquera, et il fera bien.
le géant, à part. Hom ! cette petite fille est très-polie, très-honnète. (Haut.) Tu n'as donc pa» peu;' de moi?
atklTTi, Pa» la moiudre peur. Eh ! pourquoi me
éirtngeHez-.vous? Je ne vous ai fait aucun mal. Je n'ai pas pris des couteaux, des ciseaux, pour voua opposer uue défense aussi ridicule qu'inutile; «> , quand voua uie croqueriez, vous n'eu seriez gue; i plus gras.
le géant, à part. Elle a de l'esprit. (Huit.) Mais si c'est mou goût de manger les petits enfants ?...
suzette* Mangez ceux qui sont méchants} vou<ï n'en manquerez pas, ii y en a tant ! Vous ne sereji embarrassé que de savoir à quelle sauce les mettre.
le géant. Oh ! je les fais rôtir, c'est meilleur.
suzette. Je le crois; cela doit être tout à fafo îriand. Moi, je vous fera?* mû triste ragoût, je vous l'assure.
;.e géant. Pourquoi/
suzette. Je suis fade.