LA SOURIS GRISE CI
ce qu'elle ait dix-huit ans accomplis, la fée aura le pouvoir de lui faire du mal.
Ils arrivèrent à la cabane, et le bûcheron offrit à son hôte de manger un morceau; à peine étaient-ils entrés qu'ils virent dans Taire une souris grise qui trottinait en faisant :
Kuit! huit!
— Voici la méchante fée, dit l'homme — c'était le fils du roi; — elle s'apprête à nous jouer de mauvais tours; jetez-lui un morceau de lard ; si elle mord dedans, elle ne pourra plus nous nuire.
Le bûcheron laissa tomber tout doucement à terre un petit morceau de lard; la souris grise tourna trois fois autour en disant :
Kuit! kuit! elle le mordit, aussitôt il se forma autour d'elle une petite tente qui l'enveloppa. Le fils du roi la ferma avec un cadenas, et il en remit la clé au bûcheron, en lui recommandant de mettre la petite tente en lieu sûr et de ne jamais l'ouvrir.
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La femme du bûcheron mourut en donnant le jour à une fille qui vint à merveille, et arriva à l'âge de dix-sept ans sans avoir jamais été malade.
La petite tente où la souris était enfermée était ramassée dans la maison, et le père avait souvent défendu à sa fille de l'ouvrir, en lui disant que si elle désobéissait, il serait perdu. Un jour qu'il était à travailler dans la forêt, elle eut envie de voir ce qu'il y avait dans la tente, et comme elle savait où la clé était cachée, elle l'ouvrit. Il en sortit une souris grise qui se promenait dans la maison et tournait autour d'elle en mordant son cotillon et en disant : Kuit! huit!
Elle prit son balai pour la chasser, mais, dès que le balai eut touché la souris, il se changea en une barre de fer rouge qui lui brûlait les mains. Elle alla chercher son chat pour la manger, mais dès qu'il l'eut appro-
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chée, il fut transformé en un gros crapaud, qui sortit clopin-clopant de la maison.
Son père arriva et lui dit :
— Pourquoi la maison est-elle ainsi en désordre? où est ton balai?
— Il était si vieux que je l'ai jeté au feu.
— Où est le chat?
— Il est parti je ne sais où.
Cependant la souris grise continuait à mordiller le cotillon de la jeune fille.
— Qu'est-ce que cette souris grise qui est toujours après moi ? demanda-telle à son père.
— Ah ! s'écria le bûcheron, tu as ouvert la tente : la méchante bête va essayer de te faire faire plusieurs choses; mais ne lui obéis pas, ou tu es morte.
La fille sortit de la maison; mais la souris grise la suivait comme son ombre. Et la fille était à la veille d'atteindre ses dix-huit ans.
Elle rencontra une femme qui avait un panier dont le dessus était recouvert d'une vitre, et qui lui dit :
— Il ne faudra pas découvrir ce panier-là, sinon tu es morte.
Comme elle avait faim et soif, la femme lui dit :
— Je vais te chercher à manger, mais garde-toi de toucher au panier.
La souris grise mordait dans le panier, tournait tout autour, sautait par-dessus, comme pour inviter la fille à regarder dedans, mais celle-ci disait :
— Non, tu as beau faire, je ne toucherai pas au panier.
La souris courait, courait en disant : Kuitl kuit! mais la fille répétait : Non! non!
L'heure où elle atteignait ses dix-huit ans arriva ; alors la souris grise cessa de tourner et lui dit :
— Tu es délivrée: tu vas être mariée avec un prince, et moi j'ai encore mille années à rester en souris.
N, i, ni Mon petit conte est fini.
(Conté en 1880 par Joseph Macè, de Saint-Cast, mousse, âgé de 14 ans).