LE VAISSEAU NOIR I
— Je t'ai amené en effet, dit le bonhomme, mais tu te souviens de ce que tu as promis.
— Oui, j'ai dit : si le diable voulait me faire aborder à cette ile, je me donnerais à lui.
— Hé bien ! il faut signer un écrit où tu reconnaîtras que tu m'appartiens.
— Je signerai quand je serai de retour à Saint-Malo, et vous ne serez pas longtemps à m'y remorquer, car vous avez un vaisseau qui marche bien.
— C'est vrai; mais avant que mon vaisseau ait bougé d'ici, il y aura longtemps que vous serez rendu à Saint-Malo ; car il met sept ans à virer de bord. Mais fais charger ton navire, je monterai k ton bord, et je te conduirai.
Le capitaine et ses matelots débarquèrent dans l'île; on n'y voyait ni maison, ni arbre, ni herbe, rien que des pièces d'or ; ils chargèrent le navire, et le lendemain ils se mirent en route pour Saint-Malo, après avoir embarqué le vieux, vieux bonhomme qui commandait le vaisseau noir.
Au bout de trois mois, ils eurent un coup de vent et ils furent obligés de relâcher dans un port chinois. Dès qu'ils y furent, il vint à bord un monsieur qui parlait français ; il dit au capitaine qu'il était missionnaire et lui demanda la permission de dire le lendemain la messe à son bord.
— Je veux bien, répondit le capitaine. Et il pensait que ce serait une bonne occasion de se défaire du vieux, vieux bonhomme qui était venu du vaisseau noir, et il raconta tout au missionnaire.
— Vous n'avez rien signé ? demanda celui-
— Non, j'ai promis simplement de me donner au diable.
— Vous a-t-il aidé à charger le navire ?
— Il n'y a pas mis la main.
— Hé bien ! vous allez lui dire que c'est demain que vous signez, et j'arrangerai tout cela.
Le capitaine alla trouver le vieux, vieux bonhomme, et lui dit :