LE VAISSEAU NOIR I4I
— C'est demain que nous signons l'écrit ; ainsi il ne faudra pas vous absenter.
Voilà le diable bien content : il alla se coucher,, pour être levé de bonne heure le lendemain. Dès le matin, il entra dans la cabine du capitaine et lui dit :
— Hé bien ! c'est à présent qu'il faut signer.
— Laissez-moi dormir ; il n'est pas encore jour ; c'est tantôt que nous signerons.
Dès la pointe du jour, le missionnaire arriva, apportant ses ornements sacerdotaux. Il dit au capitaine :
— Je commencerai ma messe à neuf heures :
en attendant, je me cacherai quelque part, et, quand le diable viendra pour vous faire signer, je me montrerai et je le chasserai.
Le diable, qui ne savait pas qu'il y avait un prêtre à bord, vint dire au capitaine :
— C'est à présent que vous allez signer !
— Signer quoi ! s'écria le missionnaire en sortant de sa cachette.
— Cela ne vous regarde pas.
— Si, répondit le missionnaire, car je suis venu ici pour servir de témoin, et il faut que je sache ce dont il s'agit.
— C'est un pacte que j'ai fait avec le»capitaine : avec mon vaisseau noir je l'ai mené à l'île couverte d'or, où il a fait le chargement de son navire. Il m'avait promis de signer le pacte en arrivant à Saint-Malo, puis il est venu me dire qu'il voulait bien signer
— A bord de quel navire êtes-vous arrivé dans ce port ?
— C'est le capitaine qui m'a amené dans son navire.
— Puisqu'il vous a mené ici, c'était pour vous récompenser de l'avoir conduit à l'île ; il ne vous doit rien.
— Il me doit son âme ! cria le diable.
— S'il faut qu'il vous paye pour l'avoir conduit à l'île couverte d'or, combien lui donnerez-vous pour vous avoir mené ici ?
— Ce qu'il voudra ! répondit le diable.
— Pris au mot ! dit le capitaine, pour me