‹ Contes des provinces de FranceChapitre 15 sur 76 · L HISTOIRE DU P TIT COLINET · texte numérisé non relu

L HISTOIRE DU P TIT COLINET

Colin y consentit volontiers. Il y avait à peu près douze mois qu'il vivait avec son nouvel ami, se conduisant aussi sagement et aussi tranquillement qu'il le pouvait, lorsqu'une nuit, il arriva à son maître de s'en revenir tard de la paroisse de Saint-Sauveur, et comme il passait devant une grande pierre appelée la Rocque-où-le-Coq-chante, il entendit une voix qui disait :

— Jean de Marecq ! Jean de Marecq ! dites-donc au petit Colin que le grand Colin est mort.

Le pasteur fut très surpris et très effrayé ; dès qu'il fut de retour à la maison, il appela l'enfant et lui dit :

— Colin, j'ai entendu cette nuit une voix qui me disait : « Dites-donc au petit Colin que le grand Colin est mort. »

— Ali ! s'écria aussitôt l'enfant ; alors, adieu, maître, il faut que je parte.

— Partir ! pour aller où? demanda le maître.

— Je ne puis vous le dire, répondit Colin ; adieu, ne me retenez pas.

— Bien, répondit le pasteur ; mais je vous dois des gages ; attendez que je vous les paie.

L'enfant se mit à rire ;

— Ne vous embarrassez pas de cela, dit-il ; où je vais, on n'a besoin ni d'argent, ni d'or.

Et s'élançant par la porte, il disparut dans l'obscurité de la nuit, laissant le bon pasteur dans une grande perplexité.

La même nuit, Lizabeau s'éveilla, et vit auprès d'elle son fils adoptif qui pleurait. Elle tressaillit et lui dit :

— Colinet, mon fils, pourquoi avez-vous du chagrin?

— Ah 1 répondit-il, c'est qu'il faut que je m'en aille bien loin, et jamais je ne verrai plus ma mère ter-

restre : et je sais que dans le pays où je vais, ni l'or ni l'argent ne pourraient me donner une affection comme la tienne. Donne-moi ta béhédiction, ma chère mère, car il faut que je parte.

Alors, si promptement qu'elle n'eut pas le temps de penser à lui répondre, il s'évanouit et elle ne le vit plus. Lizabeau pensa qu'elle avait rêvé ; mais dès qu'il fît jour, elle alla à la maison du pasteur et demanda où était son cher enfant. Il n'était plus là, ei il ne revint jamais. Sa mère nourrice le pleura peu de mois ; car bientôt elle mourut, et à son lit de mort elle raconta comment il lui avait été confié.

Traduit de Louisa Lane Clarke.

L'auteur a recueilli ceUe légende, probablement vers 1850, la 2* édition du Royal gvÀde to Guernesey and Jersey étant de 1852. La grotte où pénétra Lizabeau se nomme le Creux des Fées ; elle s'étend, diton, jusque sous l'église de Saint-Sauveur, à deux milles de son ouverture.

Sur la côte de la Mancbe bretonne se trouvent aussi des grottes portant le nom de Houles, qui sont aussi l'objet de nombreuses légendes . M. Sébillot en a raconté une trentaine dans ses trois séries des Contes populaires de la Haute-Bretagne.

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