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CONTE CORSE

Avant rinvasion des Sarrasins, il était six frères et leur sœur, très pauvres, très pauvres, leurs parents étant malades et ne pouvant travailler.

Un jour qu'ils avaient été chercher des châtaignes dans le bois voisin et qu'ils n'en avaient presque pas trouvé, le plus petit dit à ses autres frères :

— Je veux aller par le monde afin de voir si je puis faire fortune. Au bout de la semaine je viendrai vous dire ce qui m'est arrivé.

Et le petit frère partit.

Il marchait depuis plusieurs jours lorsqu'il vit une petite maison au milieu d'une forêt.

— Enfin, se dit-il, je pourrai me reposer quelques instants et manger un morceau de pain. Pan, pan !

— Qui est là?

— C'est moi.

Voyant que c'était un homme, la maîtresse de la maison, qui était fée, laissa tomber son anneau comme par mégarde.

Le petit frère le vit et le mit à son doigt en disant :

— Ah ! le bel anneau !

Mais aussitôt son corps se couvrit de poils, deux cornes lui poussèrent, ses oreilles s'allongèrent et ses deux mains se changèrent en pieds de bouc.

11 venait en effet d'être transformé en bouc.

— Bée, bée, bée! faisait le petit frère; mais rien ne put le faire revenir à sa forme primitive.

La fée le lia, le fit entrer dans la cave et lui donna de riierbe bien fraîche.

Voyant que leur frère n'arrivait pas, les cinq autres voulurent aller à sa recherche.

Ils partirent successivement, mais, arrivés à la maison de la fée, tous ayant mis au doigt l'anneau qu'elle leur jetait, eurent le même sort que leur cadet.

La sœur voulut partir, elle aussi.

Elle était belle et bien faite, les yeux bleus et les cheveux noirs; elle s'appelait Milia.

Chemin faisant, la petite sœur rencontra un grand oiseau; entré dans un buisson, il n'en pouvait plus sortir, malgré tous ses efforts.

La jeune fille prit son couteau, coupa les ronces et délivra l'oiseau qui se mit à voler en disant :

— Merci, merci, Milia ; merci, merci, Milia.

Celle-ci continua sa route ; comme la nuit commençait à tomber, elle s'assit sous un arbre pour manger un morceau de pain.

Pendant son léger repas, elle vit venir une pauvre vieille femme qui avait grand'peine à se traîner. Milia courut à sa rencoiitre en lui disant :

— Ma bonne mère, appuyez-vous sur moi; venez vous reposer un instant et partager le peu de pain qui me reste encore.

A peine avait-elle achevé ces mots que Milia resta éblouie. La vieille femme s'était transformée subitement en une belle fée, parée d'un admirable collier de

perles fines et vêtue (rune magnifique robe bleue et rose, toute brochée d'or.

— Que veux-tu? je suis puissante, demande et tu seras satisfaite.

— Je voudrais savoir où sont mes frères; sont-ils morts ou vivants ?

— Tes frères vivent encore, mais il te sera bien difficile de les reconnaître. Pour les trouver tu n'as qu'à continuer ta route, droit devant toi. Ils sont enfermés dans la première maison que tu trouveras sur ton chemin.

— Merci, bonne fée.

Et Milia partit.

Après avoir marché des heures et des heures, la petite sœur aperçut une maison.

— C'est là qu'ils sont, sans doute, pensa-t-elle, et elle marcha plus rapidement.

Milia n'en était plus à cinquante pas que la méchante fée l'aperçut.

Vite elle jeta son anneau.

Mais un grand oiseau passa et l'emporta dans son bec.

C'était l'oiseau que la jeune fille avait délivré.

— Pan, pan!

— Entrez.

Milia entra.

— Asseyez -vous un instant, que j'aille vous chercher à manger ; vous devez être fatiguée, lui dit la vieille ; puis elle sortit.

L'oiseau vint alors frappera la fenêtre.

— Milia, n'accepte rien de cette méchante femme ou tu seras changée en statue. Tes frères, métamorphosés en boucs, sont enfermés dans la cave.

La vieille fée entrait au même instant.

— Tenez, mangez un morceau de ce gâteau et buvez un peu de ce vin exquis.

— Merci, Madame, je n'ai ni faim ni soif.

— Comment, après un si iong voj'age ?

— Je n'ai besoin de rien ; si vous voulez me faire plaisir, laissez-moi dormir tranquillement dans ce coin.

— A votre aise, ma bonne enfant.

Cependant la fée pensait :

— Il ne faut pas que cette petite m'échappe, je veux l'avoir à tout prix.

Et elle alla chercher un collier d'or et des robes changeantes comme. le ciel.

— Puisque vous ne voulez rien accepter pour manger, prenez au moins ces objets, pour qu'il ne soit pas dit qu'on s'est reposé chez moi sans emporter quelques marques de ma bonté.

— Que voulez-vous qu'une pauvre fille fasse de toutes ces merveilles ? Robes et collier seraient bien vite déchirés au milieu des buissons qu'il me faudra traverser.

Voyant toutes ses ruses déjouées, la fée perfide s'étendit sur son lit et s'endormit profondément. L'oiseau revint frapper à la fenêtre.

— Milia, réveille-toi ; réveille-toi, Milia.

— Que veux-tu ?

— Tue cette méchante fée, autrement elle trouvera bien le moyen de te faire périr. Prends ensuite la chemise qu'elle porte, mets-la sur toi, et tu auras la puissance de cette magicienne.

Milia se leva doucement et, prenant un couteau qui était sur la table, coupa la gorge à la méchante femme; ensuite elle la déshabilla, prit sa chemise et s'en revêtit.

Son esprit s'éclaircit à l'instant. Une foule de choses, qu'elle pensait être des mystères impénétrables, lui furent expliquées.

Avant d'essayer de sa puissance, Milia visita toute la maison.

Dans une salle étaient quantité de statues, parmi lesquelles deux étaient dans une niche.

C'était un roi et une reine enchantés par la magicienne.

Puis Milia descendit à la cave.

Elle y vit six boucs d'une maigreur extrême, bien qu'ils eussent à manger en abondance.

— Ah ! les pauvres bétes ! et dire que voilà mes frères !

Et Milia, la bonne sœur, se prit à pleurer. A l'instant elle aurait voulu les faire revenir à leur premier état, mais elle ne savait comment s'y prendre.

Elle se souvint heureusement que sur la chemise de la fée était écrit :

Chemise, chemise, jusqu'à la mort, En ce que je veux, obéis-moi.

Milia dit ces mots, puis pensa :

— Chemise, chemise, fais que ces boucs redeviennent hommes comme par le passé.

Et aussitôt les boucs perdirent leur poil, leurs cornes tombèrent et leurs pattes se changèrent en deux mains et en deux pieds d'homme.

Jugez de la joie de Milia. Elle sauta au cou de ses frères, qu'elle reconnut bien vite, et, pendant longtemps, ils s'embrassèrent avec transport.

— Où est la vieille fée qui nous a changés en bètes '/

— Elle est morte, et j'ai toute sa puissance.

— Comment cela ? En quoi consiste ce pouvoir ?

— Je ne puis vous dire mon secret. Je vais délivrer, maintenant, tous ceux qui sont dans ce château.

Cela fut bien vite fait.

Le roi, la reine et toutes les autres personnes remercièrent bien Milia, comme vous le pensez ; ils voulaient lui offrir des châteaux et des villes, mais celle-ci refusa. N'avait-elle pas la chemise de la fée pour posséder tout ce qu'elle désirait ?

Grâce à son pouvoir, la jeune fille fit sortir de terre de beaux carrosses dorés et les distribua à toutes les personnes qui se trouvaient là, afin qu'elles pussent retourner à leur maison.

Elle-même s'en offrit un et y attela deux beaux chevaux, plus rapides que le vent.

Elle arriva ainsi chez ses parents, qui furent émerveillés, la voyant avec ses frères en pareil équipage.

— Ah l mon Dieu, mon Dieu, notre fille a la fortune, se disaient-ils.

Et ils étaient contents.

Malheureusement la chemise devint si sale, si sale, que Milia voulut un jour la donner à laver.

On rétendit au soleil pour la faire sécher.

Un vagabond l'aperçut, s'en empara et prit la fuite.

On eut beau chercher bien longtemps, jamais on ne put le retrouver.

Milia mourut désespérée d'avoir perdu la précieuse chemise à laquelle était attachée toute sa puissance.

Quant à ses frères, qui s'étaient mis à la recherche du voleur, on n'en eut jamais de nouvelles. Si j'apprends quelque chose sur leur compte, tenez pour certain que je vous le raconterai.

Ortoli, Contes de l'Ue de Corse.

(CONTE DE MARIN

De même que beaucoup d'autres en ce monde, il y avait un capitaine marin. Il avait eu dans sa vie beaucoup de pertes et de mécomptes, aussi il ne voyageait plus : mais tous les jours il allait sur le bord de la mer pour son plaisir, tous les jours il y rencontrait un gros serpent, et tous les jours il lui disait :

— Dieu t'a donné aussi la vie ; vis donc.

Ce capitaine vivait de ce que sa femme et sa fille gagnaient en cousant. Un jour le serpent lui dit :

— Ya t'en trouver tel constructeur, et commandelui un navire de tant de tonneaux, demande-lui son prix et offre lui le double de ce qa'il te demandera.

Le capitaine fit ce que le serpent lui avait dit, et le jour suivant il vint sur le rivage et dit au serpent qu'il avait exécuté ses ordres. Alors le serpent lui commanda de choisir douze matelots, tous hommes vigoureux, et de leur donner un salaire double de celui qu'ils demanderaient. Après l'avoir fait, le capitaine revint trouver le serpent et lui dit qu'il avait ses douze hommes. Le serpent lui donna alors tout l'argent nécessaire pour payer le navire, et le constructeur fut bien

étonné de voir qu'une si forte somme d'argent lui était payée à l'avance par cet homme pauvre ; toutefois il se hâta de terminer son ouvrage aussi promptement que possible.

Le serpent ordonna encore au capitaine de pratiquer à fond de cale un grand espace vide, d'avoir un grand coffre et de le lui apporter lui-même. Il le fit et le serpent y entra. Le navire était prêt, il embarqua le coffre, et l'on mit à la voile.

Le capitaine allait tous les jours voir le serpent, mais les matelots ne savaient pas ce qu'il allait faire dans la cale, ni ce que contenait le coffre. Le navire avait déjà fait de la route, mais personne ne connaissait sa destination. Un jour le serpent dit au capitaine qu'il allait arriver une si terrible tempête que les nuages et la terre se confondraient, et qu'à minuit un grand oiseau noir passerait sur le navire et qu'il fallait le tuer, et il lui dit d'aller demander à ses matelots s'il y avait parmi eux quelque bon tireur.

Le capitaine demanda à ses hommes s'il y avait parmi eux un bon tireur.

— Oui, répondit l'un d'eux, je puis tuer une hirondelle au vol.

— Très bien ! très bien ! cela nous servira, dit le capitaine.

Il revint dire au serpent qu'il y avait un tireur capable de tuer une hirondelle au vol. Et au même instant le ciel devint noir comme la nuit, la terre et les nuages se confondirent, et chacun tremblait de frayeur. Le serpent donna au capitaine un breuvage fortifiant pour le tireur, et on l'attacha au màt. A minuit on entendit un cri perçant : c'était l'oiseau qui passait au dessus du navire, et notre chasseur eut la bonne fortune de le tuer. Au même instant la mer devint

calme. Le capitaine alla dire au serpent que l'oiseau avait été tué.

— Je le savais, lui répondit le serpent. Lorsqu'ils furent arrivés un peu plus loin sans aucun

incident, le serpent dit un jour :

— Ne sommes-nous pas prêts -de tel port ?

— Oui, répondit le capitaine, il est en vue.

— Très bien, alors, nous allons y aborder.

Et il lui dit d'aller demander à ses matelots s'il y avait parmi eux un bon coureur. Il le fit et l'un d'eux répondit :

— Pour moi, je suis capable d'attraper un lièvre à la course.

— Très bien ; très bien ; cela nous servira, dit le capitaine.

Et il alla dire au serpent qu'il y avait un de ses matelots qui attrapait les lièvres à la course.

— Vous débarquerez le coureur au port, dit le serpent, et vous lui direz d'aller au sommet d'une petite montagne ; là se trouve une petite maison, où demeure une vieille, vieille femme. Il y a aussi un briquet, une pierre à fusil, et une boîte à amadou ; il faudra qu'il rapporte à bord ces trois objets, mais un par un, en prenant ciiacun d'eux un jour différent.

Notre coureur fut débarqué ; et il alla à cette maison. Il vit la vieille femme qui avait des yeux rouges et qui filait sur le seuil de sa porte. Il lui demanda une goutte d'eau en lui disant qu'il avait fait une longue route sans en trouver, et qu'elle serait bien bonne de lui en donner une petite goutte. La vieille répondit non; mais il la supplia de nouveau en lui disant qu'il ne connaissait pas les routes du pays, et qu'il ne savait où aller. La vieille femme tenait constamment les yeux sur la tablette de la clieminée; à la fin elle lui dit :

MAHISTRUBA, LE CAPITAINE MARIX 167

— Alors, je vais vous en donner un peu.

Pendant qu'elle allait à sa cruche, notre coureur enleva le briquet de la tablette de la cheminée et se mita courir à toutes jambes, aussi vite qu'un éclair; mais la vieille femme était sur ses talons. Juste au moment où il était sur le point de sauter dans le navire, la vieille l'atteignit, lui arracha un morceau de son habit, et avec lui un lambeau de la peau du dos. Le capitaine alla trouver le serpent et lui dit :

— Nous avons le briquet ; mais notre homme a la peau du dos emportée.

Le serpent lui donna un remède avec un breuvage puissant, et lui dit que l'homme serait guéri le lendemain, mais qu'il fallait retourner encore à la cabane.

L'homme répondit :

— Non, non, que le diable emporte cette maudite vieille s'il le veut ; mais pour moi, je n'y retournerai plus.

Mais comme le lendemain il était guéri par le breuvage qu'il avait pris, il descendit à terre. Il s'habilla d'un vêtement sans manches, de vieux pantalons déchirés, et arriva chez la vieille femme. Il lui dit que son navire avait été jeté à la côte, qu'il errait ça et là depuis quarante-huit heures, et il la pria de le laisser entrer pour allumer sa pipe au foyer.

— Non, répondit-elle.

— Aj^ez pitié de moi ; je suis si malheureux ; c'est ane bien petite faveur que je vous demande.

— Non, non, j'ai été trompée hier,

— Tout le monde n'est pas trompeur, répondit le marin ; so3'ez sans crainte.

La vieille se leva pour aller au feu et pendant qu'elle se penchait pour prendre un tison, il s'empara de la pierre à fusil et se mit à l;uir, courant comme s'il vou-

lait se casser les pieds. Mais la vieille femme courait aussi vite que notre coureur ; toutefois elle ne l'atteignit qu'au moment où il s'élançait dans le navire ; elle lui déchira son habit, et avec lui la peau du dos et celle du cou, et il tomba dans le navire.

Le capitaine alla tout de suite dire au serpent :

— Nous avons pris la pierre à fusil.

— Je le sais, répondit-il.

Il lui donna une médecine et un breuvage bon et puissant, pour guérir l'homme et le mettre en état de recommencer le lendemain. Mais le matelot dit que non, et qu'il ne voulait plus revoir cette vieille aux yeux rouges. On lui dit que la boîte à amadou restait encore à prendre. Le lendemain on lui donna encore un bon coup à boire. Cela lui donna du courage, et il eut envie de retourner.

Il s'habilla comme s'il avait fait naufrage, et descendit à terre à moitié nu. Il alla trouver la vieille femme et lui demanda un peu de pain, parce qu'il n'avait pas mangé depuis longtemps, et il la pria d'avoir pitié de lui, parce qu'il ne savait que devenir.

La vieille femme lui dit :

— Allez où vous voudrez, vous n'aurez rien de ma maison et personne n'y entrera. Tous les jours j'ai des ennemis.

— Mais qu'avez-vous à craindre d'un pauvre homme qui ne demande qu'un peu de pain, et qui s'en ira aussitôt après?

A la fin, la vieille se leva pour aller à son buffet, et notre homme lui prit la petite boite à amadou. La vieille se précipita après lui, désirant de tout son cœur l'attraper ; mais notre homme avait de l'avance. Elle l'atteignit juste au moment où il sautait dans le navire. La vieille femme le saisit par la peau du cou et la lui

déchira jusqu'à la plante des pieds. Notre coureur tomba et l'on ne savait s'il était mort ou en vie, et la •vieille cria :

— Je le maudis, lui et tous ceux du navire. Le capitaine alla trouver le serpent et lui dit :

— Nous avons la boite à amadou ; mais notre coureur est en grand danger. Je ne sais s'il vit encore ; il n'a plus un morceau de peau depuis le cou jusqu'à la plante des pieds.

— Consolez-vous, consolez-vous ; il sera guéri demain matin; voici la médecine et le breuvage. Mainte liant, vous êtes sauvés. Remontez sur le pont et laites tirer sept salves d'artillerie.

Le capitaine monta sur le pont, fit tirer les sept salves, puis il vint dire au serpent :

— Nous avons tiré les sept salves.

— Faites-en tirer encore douze ; mais n'ayez pas peur ; la police va venir ; on vous mettra les menottes et l'on vous conduira en prison, et vous demanderez comme une faveur de ne pas être exécutés avant que le navire ait été visité, afin de prouver qu'il ne contient rien qui mérite un tel châtiment.

Le capitaine monta sur le pont et tira douze salves ; aussitôt les magistrats et la police arrivèrent à bord ; ils mirent les menottes aux hommes, aux matelots et au capitaine, et ils les conduisirent en prison. Les matelots n'étaient pas contents ; mais le capitaine leur dit :

— Bientôt vous serez délivrés.

Le lendemain le capitaine demanda à aller parler au roi. On le conduisit devant le prince, qui lui dit :

— Vous êtes condamné à être pendu.

— Pourquoi, répondit le capitaine ; est-ce pour avoir tiré quelques coups de canon que nous devons être pendus ?

— Oui, oui ; car depuis sept ans nous n'avons pas entendu le canon dans cette ville. Je suis dans la peine, moi et mon peuple. Je n'avais qu'un fils et je l'ai perdu. Je ne puis l'oublier.

Le capitaine répondit :

— Je ne connaissais ni cette nouvelle ni la défense de tirer, et je vous prie de ne pas nous tuer avant d'avoir été voir s'il y a dans notre navire quelque chose qui puisse nous faire condamner en bonne justice.

Le roi se mit en route avec ses courtisans, ses soldats et ses juges, en un mot avec tout le monde. Lorsqu'il fut monté sur le pont, jugez de sa surprise ! Il y trouva son fils si tendrement aimé, qui lui raconta comment il avait été enchanté par une vieille femme ; il était demeuré sept années sous la forme d'un serpent. Chaque jour, dit-il, le capitaine venait se promener sur le rivage de la mer, et chaque jour il lui laissait la vie en lui disant : « Le bon Dieu t'a aussi créé, w Alors ayant vu le bon cœur du capitaine, je pensai qu'il m'épargnerait, et c'est à lui que je dois la vie.

On alla ensuite à la cour. Les hommes furent mis hors de prison, et l'on donna au capitaine une forte somme d'argent pour doter ses deux filles et un navire pour lui.

Pour les matelots, on leur donna à boire et à manger tant qu'ils voulaient pendant tout le temps qu'ils demeurèrent dans la ville, et à leur départ, on leur remit de quoi vivre à l'aise pour le restant de leurs jours.

Le roi et son fils vécurent heureux, et comme ils avaient bien vécu, ils moururent aussi heureux.

Traduit de W. ^'ebster, Basque Lcgends.

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