LA VACHE DE LA VIEILLE FEMME
— Par la grâce de Dieu, grand'mère, qui vous la donne.
— Que la bénédiction de Dieu soit sur vous, mes bons seigneurs! Je prierai Dieu pour vous, matin et soir.
Et les trois voyageurs se remirent en route.
La vieille, restée seule, ne se lassait pas de contempler sa vache : — La belle vache, disait-elle, et comme elle a du lait! Mais comment est-elle venu ici et d'où? Si je ne me trompe, un de ces trois étrangers l'a fait sortir de la pierre du foyer, en y frappant un coup avec mon bâton... Le bâton m'est resté; la pierre du foyer aussi est toujours là. Si j'avais une autre vache comme celle-ci!... Peut-être, pour cela, me suffiraitil de frapper de mon bâton sur la pierre du foyer, comme l'autre?... Je veux essayer.
Et elle frappa un grand coup de son bâton sur la pierre du foyer en prononçant quelques mots qu'elle croyait peut-être latins, mais qui n'étaient d'aucune langue. Et aussitôt apparut un énorme loup qui étrangla la vache sur la place.
Et la vieille, tout effrayée, de courir après les trois voyageurs, en criant : — Seigneurs! seigneurs!... — Comme ils n'étaient pas encore loin, ils l'entendirent et s'arrêtèrent pour l'attendre.
— Que vous est-il donc arrivé, grand'mère ? lui demanda notre Sauveur.
— Hélas ! mes bons seigneurs, à peine étiez-vous sortis qu'un grand loup est arrivé dans ma maison, et il a étranglé ma belle vache mouchetée !
— C'est que vous avez appelé vous-même le loup, grand'mère. Retournez à la maison, et vous y retrouverez votre vache en vie et bien portante. Mais soyez plus sage, à l'avenir : contentez-vous de ce que Dieu
VOUS envoie, et n'essayez pas, une autre fois, de faire ce que Dieu seul peut faire.
La vieille retourna chez elle et retrouva sa belle vache mouchett^e en vie et bien portante ; et alors seulement, elle reconnut que c'était le bon Dieu lui-même qui avait éiô dans sa maison.
F. -M. LuzEL, Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne.
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