‹ Contes des provinces de FranceChapitre 47 sur 76 · LÉGENDE CORSE · texte numérisé non relu

LÉGENDE CORSE

La mère de saint Pierre avait été si méchante pendant sa vie, que Dieu ne voulut pas la laisser entrer au Paradis après sa mort.

Saint Pierre en fut bien attristé : il ne mangeait plus et maigrissait à vue d'œil.

Le Seigneur s'en aperçut et lui dit :

— Pierre, pourquoi donc es-tu si triste ? Et Pierre lui répondit :

— Seigneur, ne voyez-vous pas tous les supplices que ma mère endure aux enfers ?

— J'en suis bien désolé, mais elle n'a que ce qu'elle mérite. Dis-moi, Pierre, a-t-elle seulement fait une bonne action pendant sa vie? Cherche, et si tu en trouves une, si petite quelle soit, je te promets de la faire entrer au ciel.

Saint Pierre se mit aussitôt à feuilleter le livre ou était écrite toute la vie de sa mère.

Il tourne et retourne les pages, mais pas la moindre bonne action. Enfin, à force de chercher, il réussit à trouver qu'un jour elle avait donné une feuille de poireau à un malheureux qui mourait de faim.

Triomphant, plein de joie, saint Pierre courut vers le Seigneur :

— Seigneur, Seigneur, elle a donne une feuille de poireau.

— Eh bien ! ce sera cette feuille de poireau qui la sauvera.

A rinstant, saint Pierre prit une feuille de poireau qui s'allongea, s'allongea tant et tellement qu'elle arriva jusqu'aux enfers.

La mère du saint s'y suspendit sans perdre de temps. La voyant monter au ciel, un premier damné s'accrocha à elle, un second suivit, puis un troisième, puis un quatrième, etc.

La feuille de poireau enlevait tout le monde.

En chemin, la méchante femme s'aperçut qu'on la suivait. Furieuse elle donne de grands coups de pieds,

— Làchez-moi, ce n'est pas pour vous que mon fils a envoyé cette feuille.

— Laissez-les monter, ma mère, disait saint Pierre; ne soyez pas si ingrate.

Mais sa mère n'écoutait rien et continuait à donner de grands coups de pieds afin qu'aucun malheureux ne pût se sauver avec elle.

— Eh bien ! Pierre, dit alors le Seigneur, que dis-tu de cela ?

Pierre baissa tristement la tète ; puis, lâchant la feuille de poireau, il laissa retomber sa mère au fond des enfers.

Ortoli, Contes pujnilaires de l'île de Corse.

SAIiM YVES

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