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CONTE DE LA GASCOGNE

Il y avait une fois une yeuve qui avait un fils innocent. Cette veuve demeurait avec les parents de son mari; mais ils la méprisaient, elle et l'enfant.

— Quelle charge pour nous que ces deux créatures ! Nuit et jour, la mère esta soigner cet imbécile d'enfant. Et dire qu'il nous faudra les nourrir à rien faire jusqu'à la mort. Si le bon Dieu était juste, nous serions vite délivrés de ces sangsues.

La pauvre veuve ne répondait rien, et continuait à soigner son fils ; mais le chagrin la rongeait, si bien qu'un jour on l'emporta, les pieds en avant, jusqu'au cimetière.

— Allons, la mère est partie. Quand viendra le tour de l'enfant ?

Mais le pauvre innocent n'avait pas l'air de vouloir mourir. Nul ne songeait à le tenir propre ; et on lui donnait toujours de quoi ne pas crever de faim. Pourtant il était gras et frais, avec du linge blanc, les mains et le visage nets, et les cheveux bien peignés.

Les gens de la maison n'y comprenaient rien.

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— Imbécile, comment fais-tu pour être toujours si bien portant et si propre ?

— Chaque nuit, pendant que vous dormez, ma pauvre mère vient me trouver. Elle m'apporte de la soupe, du pain et du vin, elle me lave, me peigne, me change de chemise.

Les parents de l'innocent, épouvantés, s'en allèrent trouver le curé de la paroisse.

— Bonjour, Monsieur le Curé. Nous avons une morte qui revient chaque nuit à la maison. Voilà de l'argent. Dites des messes, s'il vous plaît, pour que le bon Dieu tire la morte du purgatoire, et pour qu'elle nous laisse en repos.

— Mes amis, vous aurez contentement.

Les parents de l'innocent s'en retournèrent chez eux. Mais chaque jour le pauvre enfant se levait mieux portant et plus propre que jamais.

— Imbécile, comment fais-tu pour être toujours si bien portant et si propre ?

— Chaque nuit, pendant que vous dormez, ma pauvre mère vient me trouver. Elle m'apporte de la soupe, du pain et du vin. Elle me lave, me peigne, et me change de chemise.

Les parents de l'innocent, épouvantés, revinrent chez le curé de la paroisse.

— Bonjour, Monsieur le Curé. La morte revient toujours chaque nuit à la maison. Voilà de l'argent. Dites d'autres messes, s'il vous plaît, pour que le bon Dieu tire la morte du purgatoire, et pour qu'elle nous laisse en repos.

— Mes amis, que vient faire la morte, chaque nuit, dans votre maison ?

— Monsieur le Curé, elle vient faire manger et nettoyer son fils, qui est innocent.

— Mes amis, reprenez cet argent. Je ne dirai pas de messes. Faites le travail de la morte, et elle ne reviendra plus.

Les parents de l'innocent firent comme le curé avait dit. Ils soignèrent le pauvre enfant et la veuve morte ne revint plus.

J.-F. Bladé, Sehe superslilions, n" x.

LU

LES DEUX FIAxNGES

(COXTE DE I,A HAUTE-BRKTAGNli.)

Un garçon et une jeune fille qui se faisaient la cour depuis longtemps avaient promis de se marier ensemble, et de s'être fidèles même après leur mort.

Quelque temps après cette promesse, le jeune homme, qui était marin, partit en voyage, et il mourut sans que sa bonne amie lut informée de sa mort.

Un soir, il sortit de sa tombe, prit dans l'écurie des parents de la jeune fille une jument blanche, et monta dessus pour aller la nuit chercher sa fiancée, qui était servante dans une ferme à quelque distance de là.

Le mort arriva à la porte de la maison et y frapi)a :

— Qui est là ?

— C'est un jeune homme qui est venu chercher la fille d'ici de la part de ses parents.

— Ah ! dit la fille qui reconnut la voix, c'est mon bon ami, sans doute c'est maman (pii r(Miv()i(\

— Oui, répondit le mort, ce srra demain nos fianrailles.

Elle monta en croupe derrière lui sur la jument, et ils partirent.

Pendant la route, le jeune homme lui disait :

— La lune t'éclaire ; la mort t'accompagne ; n'as-tu pas peur?

— Non, dit-elle, je n'ai pas peur avec toi. Il se plaignit d'avoir mal à la tête.

— Noue ton mouchoir autour de ton front, lui ditelle.

Il répondit qu'il n'en avait pas, et la jeune fille lui prêta le sien qu'il s'attacha autour de la tête.

Ils arrivèrent à la porte de la maison de la jeune fille, elle descendit de cheval et frappa pour se faire ouvrir.

— Qui est là '?

— C'est moi, votre fille, que vous avez envoyée chercher,

— Et par qui ?

— Par mon futur époux. Je suis montée en croupe -derrière lui ; pendant la route, il m'a dit qu'il n'avait pas de mouchoir de poche, et je lui ai prêté le mien. Il est, j'en suis sûre, dans Técurie à ôter la bride à notre jument blanche.

Ils allèrent dans l'écurie et ne trouvèrent point le fiancé ; mais la jument était baignée de sueur.

Quand la fille vit que son amant était disparu, elle comprit qu'il était mort, et elle mourut aussi elle.

On déterra le corps de son fiancé pour les enterrer ensemble, et il avait sur la tête le mouchoir blanc que lui avait donné la jeune fille.

Paul SÉBiLLOT, Littérature orale de la Eaiite- Bretagne.

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