LUI
LA MARRAINE DAMNEE
(CONTE DU MORVAND.
Il y-avait une-fois une Petitefille, qui était chez sa Mareine; car elle était orfeline : et sa Mareine était une méchante Famme ; si bien qu'elle donnait de mauvais-conseils à sa Filleule, en-lui-disant de voler et de ne pas être-sage : dont Dieu la punit, car elle mourut.
Et voilà que la Petite fille pleurait sa Mareine, endisant :
— Helas-mondieu ! helas-mondieu! ma pauvre Mareine, qui me nourrissait ! Qui donc me nourrira '?
Quand il y-passa un gros Monsieu', qui avait un chapeau-bordé, avec un manteau-rouge, un habitrouge, des culotes-rouges, des bas et des souliersrouges, monté sur une grosse-Jument, noire comme de l'encre. Et le Monsieu' dit à la Petitefille :
— Qu'est-ce que tu as-donc à pleurer, la Petite ?
— Helas, Monsieu' ! j'ai-perdu ma Mareine, qui me nourrissait.
' J'ai conservé, sauf pour le titre, l'orthographe de l'auteur, qui avait un système orthographique particulier.
Le Monsieu' Toutrouge descendit de sa Jumentnoire, et il dit à la Petitefille :
— Tiens, voilà un fouet garni de-pointes-de-fer; je vais-attaclierlà ma Jument à cet aniieau; tu n'as qua la fouetter de toutes tes forces, sous le ventre, sur la tète, sur le dos. partout ; et à chaque coup où elle saignera, tu ramasseras un écu.
Et voilà que la Petitefille se mit à fouetter la Jument si-fort, qu'à cliaque-coup elle ramassait un écu : Et la pauvre Jument qui était-attacliée-bien près, fesait des soupirs : mais le Monsieu' disait à la Petite :
— Frappe ! frappe ! Et elle frappait.
Et il lui dit:
■ — Je m'en vais ici à deux pas, chés un de mes Amis; frappe-toujours, et je verrai-bien si tu as frappé, à tes écus.
Et quand le Monsieu' fut-enalé, et que la Petitefille frappait fort, voilà que la Jument noire lui dit :
— Helas ! mon Enfant ! tu decliires-de-coups ta pauvre Mareine !
Et le fouet tomba des mains de la Petitefille, qui se mit à pleurer, et à embrasser la Jument en-lui-disant :
— Ilelas-mondieu! ma pauvre Mareine, comme vous voilà !
— Je suis-damnée, mon Enfant, pour t'avoir-donné mauvais-exemple, pour t'avoir-donné mauvais-exemplel et je sers de Jument au Diable quand il va de-par-lemonde pour mal-faire. Ne m'imite pas, et fais tout le contraire de ce que je t'ai-dit : car si tu étais-aussidamnée par ma faute, à moi qui suis ta Mareine, ma peine en-serait double. Ainsi va-t-en, et n'attend pas le Diable : car les écus que tu as ramassés ne sont pas des écus, mais des feuilles-de-chêne.
Et voila que la Petitefille fouilla dans sa pochette, et