LA MARRAINE DAMNÉE
elle-y-trouva des feuilles-de-chêne, comme quand on les voit tombées l'iiiver jaunes et sèches dans les bois. C'est-là la monnaie du Diable; il donne de grosses sommes, à ce qu'on croit, et on n'a que des feuillessèches.
La Petitefille fut-bien-étonnée ! Et elle ne voulait pas s'enaler. Si-bien que le Diable la retrouva. De tout-loin que la Jument le vit, elle dit à sa Filleule :
— S'il veut te toucher, fais le signe-de-la-croix.
Et voilà que le Diable vint bien-en-colère, en-jurant: si bien que la Petitefille se-mourait-de peur. Et il mit la main sur elle : la Petitefille, aulieu de faire le signede-la-croix, voulut se-sauver, si-bien qu'il la prit, lui lia les mains, la mit sur la Jument, et il l'emmenait enenfer, quand la Petitefille songea au signe-de-la-croix, qu'elle fit sur le dos du Diable, avec son pouce. Il fit un grand cri, et la Petitefille se-trouva-à-terre, auprès de la porte de défunte sa Mareine.
Et elle ala-dire tout-ça au Père-Prieur du Couvent des Bénédictins, qui la mit chés de bonnes Religieuses, où elle fit profession. Et elle est aujourdhui sainte.
Restif de la Bretonne, Les Contem2)oraines par gradation.
Bien que le présent recueil soit composé de contes recueillis a notre époque, j'ai cru devoir faire exception eu faveur de celui-ci, qui, de même que les quatre qui l'accompagnent dans le livre de Restif, est raconté d'une manière vraiment populaire, et où l'auteur a pratiqué l'art plus difficile qu'on ne croit, de s'effacer pour laisser parler la conteuse. Restif a même eu soin d'indiquer, comme on le fait aujourd'hui, par qui le conte a été dit.