‹ Contes dialogués de Crébillon-filsChapitre 3 sur 18 · I. Histoire des membres de l'Académie française, morts · texte numérisé non relu

I. Histoire des membres de l'Académie française, morts

et les Œuvres de Crébillon fils, xiii

Crébillon fils est à la littérature ce que Lancret. Latour. Pater j ff^alteau. Fragonardj Debucourt ou Baudouin sont à l'art de son temps^ t c'est !e Boucher du roman »^ a dit Justement quelqu'un; c'est mieux encore^ c'est le peintre des fêtes galantes qui projette des rayons de gaieté et de soleil, et qui secoue de la poussière d'or de ses ailes de papillon; c'est bien l'écrivain du rococo : il contourne sa manière, balance son esprit avant de le fixer , enguirlande sa plume comme une houlette . et se complaît aux voluptés rêveuses , aux badinages effrontés . aux déshabillés fripons^ aux nudités roses des alcôves. Moins paien que Grécourt, il dérobe des traits à La Fontaine et à Béroalde de Verville. Il éprouve souvent pour les femmes la malice cruelle^ mais si étincelante de La Bruyère ^ il évoque Boccace et fait pressentir Rivarol et Chamfort.

Son style a trop souvent V obscurité de sa profondeur et le maniéré de ses théories^ sa morale ne manque pas de sens; mais on peut supposer qu'il manque de sens moral^ car il a le convenu de son époque, l'esprit froid et pratique j le machiavélisme du sentiment. Si la langue qu'il parle ne rentre pas entièrement

depuis 1700 jusqu'à 1771, par M. D'Alembert. Paris, 1778, t. I". — Ou également : Eloge de M. Crébillon, S.-L. 1762, in-80.

XIV Nocice sur la Vie

dans le grand courant des belles-lettres^ c'est que l'afféterie du milieu où. il a vécu a amignoté ses allures. C'est le langage éphémère de la galanterie qu'il est parvenu à transcrire ; le temps en a bien un peu absorbé l'arôme en estompant la légèreté des tons ; mais pour ceux qui^ par le souvenir^ ont assisté aux petits levers des jolies femmes à la mode, pour tous les connaisseurs et amoureux du siècle dernier, il conserve et conservera longtemps encore comme un parfum inquiétant^ pénétrant et rare, comme une odeur exquise qui émane d'une tiède atmosphère de boudoir étouffé, discret, voluptueux.

Aussi, en remettant au jour ces délicates productions d'une littérature au pastel, n' essaierons-nous pas de réfuter les inqualifiables appréciations que des critiques de bonne foi, aussi bien que des Zoiles, ont faites sur Crébillon fils; la plupart proviennent d'une vue courte ou d'un jugement étroit et colletmonté ; ce sont des lieux communs, des satires timorées et fades qui n'atteignent à peine l'homme sans anéantir l'œuvre. On a voulu retirer à Crébillon sa qualité de peintre des mœurs, en invoquant le mauvais goût de ses tableaux, qui ne représentent que des travers passagers accrédités dans des sociétés légères ; on lui a reproché l'immoralité de sa mise en scène, son scepticisme outré, la gloriole de ses vices et la froi-

et les (Ruvres de Crébillon fils, xv

deur de ses sujets. On verra par la suite quelle fut la vie modeste de cet écrivain et combien peu il prêchait d'exemple. On ne nous taxera certainement pas d'une tendresse exagérée pour l'auteur des Egarements du cœur, lorsque plus tard nous aurons fait nos réserves. Nous ne réhabilitons pas^ nous époussetons une mémoire, car en admettant que Crébillon fils n'ait peint que les exceptions de son siècle, il n'en serait pas plus coupable à nos yeux. Toutes les passions sont exagératriceSy et elles ne sont des passions que parce qu'elles exagèrent. « Supprimei l'adultère, écrivait sagement le coloriste Théophile Gautier, supprimej l'inceste, le meurtre. Adieu les drames, les poèmes et les romans * / » L'histoire des gens vertueux ne demande qu'une ligne ^ les règnes des bons rois tiennent une, page ; sans les Césars^ Suétone resterait ignoré.

Voici, d'après les documents authentiques que nous fournit Al. Amédée Jal ^, de quel roman moral Claude-Prosper Jolyot fut le dénouement prévu.

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