‹ Contes dialogués de Crébillon-filsChapitre 9 sur 18 · I. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire · texte numérisé non relu

I. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire

LTi Notice sur la Vie

de maître Prosper Jolyot de Crébillon ci de défunte Marie-Charlotte Péagetj épousa â Arcueil près Paris^ haute et puissante Dame Henriette-Marie de Stafford^^ âgée de trente-quatre ans. fille de défunt Jean de Stafford. chambellan de Jacques second^ Roi d'Angleterre, et de Thérese-Brigite de Strickland. m — La signature de Crébillon père ne figure pas au bas de cet acte^ le mariage en effet était presque secret et nous ne croyons pas nous tromper en avançant qu'il existait alors un léger dissentiment entre les deux Crébillon. Depuis le commencement de Vannée tj^'i, miss Stafford vivait dans un commerce amoureux avec le fils du tragique et le z juillet 17 '{C . un

1. Les Souvenirs apocryphes de la marquise de Crécjuy donnent sur le mariage de Crébillon et les noms de famille de sa femme, les plus fausses indications. « Un jour, il (Crébillon) voit arriver une belle personne dans son cabinet de censeur. (Notez que Crébillon ne fut censeur qu'en 1759.) Elle lui dit qu'elle avait lu le Sopha, qu'elle éprouvait pour son auteur un sentiment d'admiration, d'estime et d'amour, qu'elle arrivait d'Angleterre afin de le demander en mariage et qu'elle était la fille aînée de mylord Halfort. Elle devint Milady Crébillon; il la rendit aussi heureuse que peut l'être une Anglaise avec des révérences. » Elle se nommait, ajoutent ces Souvenirs, lady Anna Black de Halfort. fille d'Edward lord Halfort et de très honorable Su^anna Russel. — L'acte que nous venons de transcrire fait bonne justice de ces erreurs faites à plaisir.

et les Œuvres de Crébillon fils, lui

enfant était issu de cette union ^. Le bruit public commençait à commenter ce mystérieux concubinage d'un homme de lettres parisien avec une noble étrangère ^ et Crébillon devait à l'honneur de sa maîtresse et à l'avenir de son fils la légitimation de ses vaniteuses amours.

Le 2y janvier 17^0, il eut la douleur de perdre l'enfant unique qu'il avait eu de Ji"*= Staffbrd. Ce fut un grand chagrin pour lui, et nous le voyons des lors, quitter Paris, parcourir l'Angleterre et, de retour en

I. Sur le registre des naissances delà Madeleine, en la Cité, nous trouvons l'acte de baptême, à la date du 13 novembre 1749, d'un enfant mâle, nommé Henri-Madeleine, fils de Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, et de dame Henriette-Marie StafFord, sa femme. Crébillon avait donc attendu la consécration de son mariage pour faire baptiser son fils qui avait été ondoyé à la maison paternelle. Son parrain était « milord Guillaume, comte de Stafford, pair de la Grande-Bretagne ; et sa marraine, Madeleine Angélique de Villeroy de Boufflers, veuve de monseigneur Joseph-Marie, duc de Boufflers. » Cet acte est signé : Stafford, Villeroy de Boufflers, Jolyot de Crébillon et Stafford de Crébillon, Les Souvenirs de Créquy commettent une nouvelle méprise en faisant de ce fils une fille. « Il est a remarquer, y est-il dit, que l'auteur des Egarements du cœur a marié sa fille unique avec un pair d'Angleterre. » Or Crébillon n'eut qu'un fils, qui mourut à deux ans.

a. Plusieurs critiques prétendent que Crébillon s'exila en Angleterre, sur un avertissement qu'il devait être arrêté pour la publication des Égarements du cœur.

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France, vivre pendant plusieurs années enBourgogne. tantôt à Sens, tantôt à Dijon, produisant beaucoup encore, mais d'une façon plus lourde , moins brillante . provinciale en un mot. On sent que le papillon s'est fixé; le mariage lui a retiré le poétique velouté de ses ailes; il se traîne, il languit dans ce tête-à-tête conjugal; à Paris j on s arrache encore ses œuvres^ mais on n'y retrouve plus le Crébillon d'autrefois, on cherche vainement ces paradoxes étincelants, cette philosophie légère et cette arrogance de tnauvais sujet : — l'écrivain est marié, l'écrivain se meurt. — Quelques années plus tard, il aura encore un regain de talent, ce sera l'été de la Saint-Martin de sa plume; mais alors, Crébillon sera veuf * . il aura repris son indépendance, sa verve libre; il n'aura plus tous ces petits tracas du ménage, les coups d'épingles continuels de cette vie à deux. Les écrivains ne sont point faits pour le mariage, le cerveau les accapare ; lorsque leurs ailes ont de l'envergure, ce sont des oiseaux qu'on ne

I. Nous n'avons pu trouver l'acte de décès de M™* Henriette-Marie de StafFord de Crébillon en dépit de nos recherches les plus actives. La date de la mort de cette dame ne se trouve mentionnée dans aucune étude spéciale aux Crébillon. Nous lisons seulement dans une lettre de Crébillon père, à la date du 29 janvier 1761, dont copie a été transmise par M. Th. Foisset, de l'Académie de Dijon, possesseur de l'autogttiphe, la phrase suivante, qui est le

et les (Euvres de Crébillon fils. lv

peut mettre en cage. L'auteur du Sopha/z^/ bon époux. et nous ne voyons dans aucune chronique qu'il ait contrevenu aux lois de l'hyménée ; aussi ^ sommes-nous très surpris de voir M. Arsène Houssaye^ dans un article des plus légers ^, inventer des infidélités pour en doter Crébillon. Selon lui, M"'" de Stafford-Crébillonj indignement trompée par son mari, quitta pour Jamais celui-ci en laissant au volage ce billet empreint d'amertume : « Adieu, vous m'avei déjà oubliée; le bonheur n'a qu'une saison ; l'hiver est venu pour moi. je pars avec mon fils, peut-être reviendra-t-il à vous, mais il reviendra seul. » — Voilà qui est d'un joli sentiment, mais d'une fausseté par trop évidente. M. Houssaye serait fort embarrassé de nous montrer l'autographe de cette missive et même de nous fixer la date de cette rupture.

M, de Crébillon fils revint de son exil en Bourgogne

seul point sur lequel nous puissions nous baser. « Mon fils épousa M"" de StafFord, tante de milord StafFord, chef d'une maison que l'on peut regarder comme la première d'Angleterre. Son nom est Houvard; mon fils n'a eu de sa femme qu'un garçon, qui est mort ainsi que sa mère; voilà tout ce que je sais d'une famille qui va bientôt s'éteindre. » Crébillon fils était donc veuf en 1761; sa femme dut mourir en 17515.

I. L'Artiste du 19 décembre 18+7: Jean qui pleure et Jean qui rit.

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vers 17S5> ^'^^^ ^^''■^ cette époque que la faveur de M'"" de Pompadour s'étendant sur lui, il put obtenir (en 17 S9) une place de censeur royal pour les belleslettres. Il déploya à ce poste les aptitudes les plus heureuses; il se montra affable, bienveillant, mais toujours sincère et juste, dans tous les visas qu'il eut à donner. Les auteurs du temps nous fournissent de nombreux témoignages du bon sens et de la cordialité qu'il laissa paraître pendant son passage à la censure. Une anecdote qui se rattache au Ménage parisien*, oniieme roman de Restif de la Bretonne, fait infiniment honneur à la droiture de conscience du censeur. Dans cette satire asseï plate contre les gens de lettres, Crébillon fils était violemment maltraité; cet ouvrage tombait sous sa juridiction; d'un mot, d'un seul trait de plume, il pouvait l'interdire, mais après la lecture de l'article qui le concernait, il approuva l'ouvrage en entier et le parapha. Bien mieux., il se prit à en dire beaucoup de bien à ses amis et à l'auteur lui-même qu'il protégea par la suite, d'après ce que raconte

I. Le Ménage Parisien ou Déliée et Sotentout, imprimé à la. Haye (Paris), 1773, 2 vol. in-12. Voyez, Bibliographie de Restif de la Bretonne, par Paul Lacroix, 1875, in-S", p. 116. Voyez de même pour la date exacte à laquelle Crébillon fut nommé censeur, la liste des censeurs royaux donnée par Lattin de Saint-Germain, dans son Catalogue chronologique des libraires.

et les Œuvres de Crébillon fils, lvii

Restif dans Monsieur Nicolas ^ : « Je vis AI. de Crébillon, cet auteur léger me fit un accueil plein d'amitié : « Vous êtes l'auteur -du F^yScLn^ s'écria-t-il ; Je n'ai Jamais pensé que l'auteur du Paysan et celui du Ménage pav'isien pussent avoir rien de commun!.. » Une autre fois, J^y trouvai AI. Collé, qui cessa de parler... Crébillon, en me voyant, lui dit : « Parle! parle! c'est un des nôtres » ; et il me nomma. Collé vint m' embrasser , il me fit des compliments et surtout des amitiés. C'est ainsi que les gens de mérite me dédommageaient des tracasseries d'un commis, à la merci duquel me laissait le lieutenant de police. » Par la suite, et à propos de la publication d'un autre de ses livres, Restif exclame ainsi ses regrets : « Si le digne fils du grand Crébillon avait vécu, il se proposait d'aider fauteur de ses conseils pour refaire cet ouvrage et le rendre digne de l'attention du public ^. » C'est à Alercier principalement, à cet habile metteur en scène du xyiil*^ siècle, que nous devons le tableau mouvant de ce cabinet de censeur'^. Il faut l'entendre raconter, on dirait qu'il parle ; on voit tour à tour Crébillon sévère ou badin, aimable et accueillant, selon la perspicacité qu'on lui doit reconnaître :

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